Cinéma français, respect !

L’année 2011 pour le cinéma français est une nouvelle fois, une année exceptionnelle. Malgré la multiplication des chaines de télévision, des offres VOD, du téléchargement illégal et le prix du ticket de cinéma qui ne cesse de s’envoler, les Français continuent de se rendre massivement dans les salles obscures. Retour sur une année incroyable…
Le phénomène Intouchables
Traditionnellement, le cinéma français hisse un ou deux titres parmi le quinté de tête annuel du box-office. 2011 ne fait pas exception à la règle et ce sont même deux productions françaises qui trustent les deux premières places : Intouchables et Rien à Déclarer. Si le film de Danny Boon a réussi à bénéficier de l’effet d’entrainement de Bienvenue chez les Ch’tis, il n’est pas parvenu à créer le même buzz. C’est un autre film, un peu sorti de nulle part, qui va créer la raz de marée. La comédie d’Eric Toledano et Olivier Nakache bâtie sur un casting impeccable, une histoire simple et forte et, n’en déplaise à Matthieu Kassovitz, une belle photographie et un réel effort de mise en scène emporte tout sur son passage. Les semaines défilent et la liste des spectateurs s’allonge pour atteindre le point où le rationnel bascule dans l’irrationnel et le film devient un phénomène de société.

Articulé autour de deux personnages principaux que tout oppose, et magistralement interprété par le duo Omar Sy/François Cluzet, Intouchables remplit sa mission, celle de nous amuser et de nous divertir. On y retrouve avec bonheur la magie des duos qui ont régulièrement peuplé le cinéma français. Qu’il s’agisse de Bourvil/De Funès ou Depardieu/Richard l’opposition de caractère en est le ressort comique. C’est évidemment ce qui fait l’essentiel de l’intrigue d’Intouchables à la différence qu’ici, les seconds rôles ne jouent pas les faire valoir. Il faut pourtant reconnaitre, que le succès du film, tient en majeure partie à l’incroyable prestation d’Omar.

Loin du jeu tout en contrôle cher à l’Actor’s Studio, Omar fait du Omar. Il y est aussi criant de naturel que lorsqu’il est sur un plateau télé. Il donne l’impression d’être en roue libre, ôtant tout filtre que pourrait amener la présence d’une caméra et d’un plateau de tournage. Il semble réellement s’amuser comme un gamin et nous communique largement cette joie de vivre.

Cela rappelle évidemment certaines des plus belles comédies de Claude Lelouch, qu’il s’agisse de La Bonne Année avec l’inoubliable rencontre entre Lino Ventura et Françoise Fabian,  Il y a des jours et des lunes et les mémorables prestations de Gérard Lanvin et Béatrice Dalle, Itinéraire d’un enfant gâté et la rencontre magique entre Richard Anconina et Jean-Paul Belmondo et enfin Tout ça… pour ça ! et le numéro époustouflant de Fabrice Lucchini et Francis Huster eux aussi, en roue libre la plus totale ! C’est évidemment ce qui avait été à l’origine du formidable succès de Bienvenue chez les Ch’tis !

Le cinéma français sait mieux que nul autre mettre en scène ces petites perles de comédie mais il lui manquait jusqu’à aujourd’hui, à emballer le tout dans un écrin de velours. La réalisation du duo Nakache/Toledano est à ce titre assez remarquable. Les compères nous avait déjà fait partager leur sens de l’image et de la narration dans leurs précédentes œuvres et il conviendra de (re)jeter un œil à Tellement Proches (2009) où Vincent Elbaz, Isabelle Carré, François-Xavier Demaison et Omar Sy livraient déjà une prestation assez incroyable, dans les non moins surprenants «Choux» de Créteil, ensemble architectural érigé par Gérard Granval entre 1969 et 1974 (voilà pour la note culturelle de ce papier). On reverra aussi avec un certain plaisir Nos Jours Heureux, réalisé en 2006. Inutile de dire que leur prochain film est attendu au tournant ;-)

Le cas Polisse
Autre succès critique et public, malgré un sujet délicat, Polisse de Maiwenn Le Besco s’affiche en digne représentant d’un autre pan du cinéma hexagonal, le film social voire sociétal. Assez éloigné dans l’esthétique du film social à l’anglaise dignement représenté par Ken Loach, le film de Maïwenn adopte l’esthétique et la filmique du documentaire, au plus près des personnages, caméra à l’épaule.

Pourtant, la réalisatrice impose sa rigueur et décide d’apporter un soin particulier à son cadrage et à ses images. La réalité n’ayant besoin d’être ni salie ni enjolivée. C’est sans doute, et bien que l’esthétique soit aux antipodes d’Intouchables, cet absence du filtre cinématographique qui donne au film et au jeu des acteurs toute leur force. Evidemment, la prestation de Joey Starr a suffi a elle seule à porter le regard curieux de la critique sur le film, mais si elle n’avait pas été convaincante, nul doute que l’accueil aurait été bien différent.

Pourtant, limiter Polisse à la seule prestation du rappeur est un brin réducteur. Le casting du film peut à lui seul faire rougir celui des Petits Mouchoirs de Guillaume Canet. On y croise Karin Viard, Marina Foïs, Audrey Lamy, Karole Rocher, Nicolas Duvauchelle, Sandrine Kiberlain, Anthony Delon ou encore Lou Doillon. Excusez du peu ! A l’image d’un Steven Soderbergh qui peut inviter à l’œil le tout Hollywood sur ses projets, Maïwenn, par ses choix judicieux risque bien de suivre le même chemin. Son précédent film, Le Bal des Actrices, lui aussi salué par la critique avait jeté les bases de son cinéma. Un cinéma fait pour des acteurs et par des acteurs, loin de se regarder le nombril et qui offre aux spectateurs, de purs moments de plaisir. C’est finalement la moindre des choses, quand on paye sa place près de 10€…
L’ovni The Artist
Si pour certains observateurs peu avisés, le succès des deux précédents films pouvait paraitre surprenant, cet analyse ne tient plus dès lors qu’on s’est un minimum penché sur le pédigrée de leurs auteurs. The Artist n’échappe pas à la règle. Après les succès des deux OSS 117 avec déjà, dans le rôle principal, Jean Dujardin, le nouveau projet de Michel Hazanavicius, réalisateur formé à l’école Canal+ suscite un peu plus de curiosité que les précédents. Film muet tourné en noir et blanc, le film s’annonce comme un ovni à l’heure où les productions récentes sont plutôt tournées vers la 3D et les effets pyrotechniques et spéciaux les plus délirants. Résultat, le public adhère à cette histoire, véritable déclaration d’amour aux grands classiques du muet américain.

The Artist est évidemment un hommage à Charlie Chaplin et à ses films Les Lumières de la Ville et Les Temps Modernes, derniers films muets sortis en plein essor du parlant. Mais il est bien plus que cela. C’est avant tout une fable, une rencontre entre deux personnages dont les destins vont se croiser et qui n’est pas sans rappeler certains films d’autres grands réalisateurs hollywoodiens tels que Capra ou Lubitsch qui ont eu aussi, commencé dans le muet. A ce titre, on n’hésitera pas à se replonger dans les chefs d’œuvre du genre et à revoir les films de Chaplin ou de Buster Keaton pour les plus connus, mais surtout dévorer l’intégrale de la collaboration Lon Chaney/Tod Browning, pour mesurer toute la force du cinéma muet américain.

Véritable film de cinéma sur le cinéma, il rafle les prix dans tous les festivals. Dujardin n’en finit pas de damer les pion aux stars américaines et Michel Hazanavicius savoure au soleil le succès international de son film qu’il a eu pourtant tant de mal à monter. En période de crise, on sait que la nostalgie est un sentiment qu’il est plus facile de flatter car il renvoie à nos souvenirs les plus heureux, surfant sur la vague du «c’était mieux avant» et cela a sans doute participé au succès du film, le charme désuet d’une époque révolue, les années 20, faisant le reste.

C’est une bien belle revanche sur la logique de production du cinéma actuelle qui font des télévisions les principaux pourvoyeurs de fonds et qui demandent en contrepartie, des films bêtes et méchants, les plus aptes selon eux, à contenter la ménagère de moins de cinquante an à 20h45 entre trois coupures de publicité ! The Artist est aussi l’incarnation de ce cinéma qui sait prendre des risques et qui reste malgré tout très marginal.
Et maintenant ?
Si ces trois films ont tenu le haut de l’affiche en 2011, il serait injuste de ne pas revenir sur quelques autres perles sorties cette année. Un Monstre à Paris d’abord, qui prouve une bonne fois pour toutes que si les grands studios d’animations américains pillent chaque année l’école des Gobelins, ce n’est pas un hasard. L’école d’animation française forme le gratin du genre et c’est naturellement qu’un de ses anciens élèves Bibo Bergeron, après avoir officié sur La Route d’Eldorado et Gang de Requins, nous livre un très réjouissant film d’animation bien français, à la réalisation magistrale et aux personnages attachants.

Le duel improbable ensuite, entre les deux remakes de La Guerre de Boutons d’Yves Robert qui s’est soldé par un match quasiment nul au box-office, mais qui ont réuni près de 1,5 million de spectateurs chacun. Deux film fleurant bon la nostalgie et les culottes courtes et qu’on apprécie un peu plus en période de morosité. Et puis une mention spéciale à un film charmant, Le Fils à Jo, premier film de Philippe Guillard (un des monsieur Rugby de Canal+) qui offre à Olivier Marchal et Gérard Lanvin l’occasion de nous livrer une partition toute en finesse alternant subtilement entre scènes touchantes et crises de rire. Le cinéma français excelle aussi dans ce genre de comédies, il ne faudrait pas l’oublier.

S’il est encore trop tôt pour se prononcer sur l’année qui vient de débuter, La Vérité si je Mens 3 ! et ses 3 millions de spectateurs semble lancer idéalement une année qui sera riche en événements ! On attend de pied ferme Cloclo, le biopic réalisé par le très talentueux Florent Emilio Siri, Sur la Piste du Marsupilami, le nouveau film d’Alain Chabat (les premières images ne présagent pourtant rien de très bon), Les Seigneurs, première comédie d’Olivier Dahan (Le Petit Poucet, Les Rivières Pourpres 2 et La Môme) ou encore le nouvel opus des aventures d’Asterix, projet chaotique mais toujours prompt à rassembler le public.

2012, en route pour de nouveaux records ?

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