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À l’INSERR, on apprend à conduire plus vert et pour moins cher

L’éco-conduite s’apprend en théorie et en pratique à l’Institut national de sécurité routière et de recherches à Nevers / Photo par Clément Millot
L’éco-conduite s’apprend en théorie et en pratique à l’Institut national de sécurité routière et de recherches à Nevers / Photo par Clément Millot

À l’heure où le prix du carburant s’est installé au-delà des 2 euros/litre, l’Institut national de sécurité routière et de recherches à Nevers propose des formations à l’éco-conduite qui permettent de réduire en moyenne sa consommation de carburant de 10 à 15 %. Une manière pour les entreprises et les collectivités de réduire leurs coûts de déplacements et de minimiser leur impact environnemental.

En partenariat avec l’Institut national de sécurité routière et de recherches

Quel meilleur endroit pour devenir un dieu ou une déesse de la conduite… qu’un ancien couvent ? C’est en effet dans ce qui fut le monastère des Soeurs de la Visitation à Nevers que l’Institut national de sécurité routière et de recherches (INSERR) a implanté ses locaux. Un vaste domaine surplombant la Loire toujours en ébullition. Et pour cause : c’est entre ces murs que sont formés les inspecteurs du permis de conduire, les médecins agréés mais aussi les animateurs et psychologues des stages de sensibilisation à la sécurité routière. 

Depuis une quinzaine d’années, l’Institut propose également une formation à l’éco-conduite. Le but : permettre à la fois de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, les risques d’accidents et… les dépenses. Et autant dire qu’à l’heure où le prix à la pompe fait dangereusement grimper la note des conducteurs, l’argument a de quoi faire mouche. 

« Notre clientèle est constituée d’entreprises qui veulent réduire significativement leurs frais de carburant », confirme Nathalie Bassot, directrice adjointe de l’INSERR. Si cette formation vise les sociétés souhaitant réaliser des économies d’échelle concernant les dépenses liées à leur parc automobile, elle a forcément des conséquences heureuses sur la conduite des salariés lors de leurs déplacements professionnels mais également dans le cadre privé. Et, ce matin, ce sont Camille et Léa, deux collaboratrices d’une PME neversoise qui viennent suivre le stage d’une journée sous la houlette de France Coué-Martens, formatrice en sécurité routière. 

Elle embraye directement en demandant aux deux jeunes femmes de définir leur profil de conductrice. Car le sujet est sensible : « On pense, c’est ma voiture, c’est un espace personnel, et, en même temps, on évolue dans cet espace collectif qu’est la route, rappelle-t-elle. D’autant que, en France, nous avons un rapport particulier à la conduite. Si, en Angleterre, le stade sert de défouloir, chez nous, c’est la voiture… » Bonne nouvelle : les deux jeunes femmes aiment plutôt conduire. Mais font-elles déjà de l’éco-conduite ? « Pas du tout ! », s’esclaffe Camille. Léa, elle, estime en faire un peu plus sur une hybride que sur une thermique où elle se comporte davantage en « excitée du volant ».

« Mon but est d’amener le stagiaire à comprendre l’intérêt d’adopter l’éco-conduite »

Après un test destiné à évaluer les connaissances de chacune en la matière, France Coué-Martens rappelle quelques chiffres qui remettent le levier de vitesse au milieu de la voiture. Les dépenses de transport représentent 14 % des frais d’un ménage. Et sur les émissions de CO2 concernant les moyens de déplacement, 54 % sont dues aux voitures de particuliers. Quant au fait de réduire sa vitesse de 10 km/h, cela permet d’économiser un litre de carburant tous les 100 km. Les enjeux sont posés d’entrée. Éco-conduire, c’est faire du bien à la planète comme à son porte-monnaie. « Mon but est d’amener le stagiaire à comprendre l’intérêt d’adopter l’éco-conduite, souligne la formatrice. Les motivations externes, cela ne fonctionne pas. Il faut aller chercher les motivations internes ».

Et pour convaincre les plus récalcitrants, rien ne vaut le terrain. Au cours de la journée, chaque stagiaire va ainsi conduire deux fois sur un trajet identique. Le matin selon ses habitudes, et, l’après-midi, guidé par France en mode éco-conduite. À chaque fois, la formatrice embarque un ordinateur de bord qui relèvera des données qui seront comparées en fin de stage. C’est donc parti pour la première session. Camille prend le volant et roule entre ville et campagne. La conduite est sportive. À l’arrière, les passagers ressentent les à-coups de la chaussée. Léa fait preuve de davantage de souplesse mais n’évite pas non plus quelques brusqueries.

De la théorie à la pratique

Après la pause-déjeuner, retour en salle de classe pour découvrir tous les secrets de la méthode. Après un point mécanique, quelques rappels de physique, avec des petits tests ludiques pour vérifier que tout le monde a bien compris, vient le moment des secrets de conduite. Comme le fait que d’être en 5e permet d’économiser 44 % de carburant par rapport à la 3e. Que la climatisation nous fait consommer jusqu’à 15 % d’énergie en plus. Qu’il vaut mieux utiliser le frein moteur plutôt que le point mort. Qu’on a tout intérêt à augmenter nos distances de sécurité avec les autres véhicules, « car plus je suis loin de l’autre, moins je subis ce qu’il fait », souligne la formatrice. Mais aussi limiter les décélérations et les freinages inutiles. « Mais ! On ne nous apprend pas ça à l’auto-école ! », s’exclame Camille. « Parce qu’avant de courir, c’est-à-dire d’éco-conduire, il faut apprendre à marcher, donc conduire tout court », explique France.

Retour dans la voiture pour la deuxième session de test. France guide Camille. « Mon pied a tout le temps envie d’aller sur l’accélérateur », prévient la jeune femme. De fait, éco-conduire pour la première fois fait appel à des gestes contre-intuitifs. Camille est perturbée. « Je suis venue contrer tes automatismes, ça désarçonne », admet France. Au tour de Léa qui, profitant du tour de chauffe de Camille, a glané quelques conseils. Ce qui ne l’empêche pas, elle aussi, d’être gênée. « J’ai l’impression de me traîner ».

45 secondes de plus qu’en conduite classique

Il n’en est rien. De retour en salle de classe, les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour le même trajet, Camille n’a mis que 45 secondes de plus qu’en conduite classique. Léa, elle, a davantage utilisé les 4e, 5e et 6e vitesses. Sa consommation au litre aux 100 a diminué. Et sa distance de freinage a été divisée par deux. 

Convaincues, elles vont tâcher, au quotidien, d’appliquer ces gestes. Petit à petit, quand elles le peuvent. « Il ne s’agit pas de changer de comportement, les rassure France. Plutôt d’adopter de nouvelles habitudes. Et vous verrez, à force de le faire de temps en temps de façon contrainte, cela va devenir naturel. » Et de conclure : « Éco-conduire, ce n’est pas ralentir, c’est avancer mieux ». 

Infos pratiques : pour plus d’informations sur les formations post-permis “prévention au risque routier”, “les fondamentaux de l’éco-conduite” et “conduite proactive”, rendez-vous sur inserr.fr ou contactez le 03 86 59 90 59

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