Kamel Daoud, auteur algérien, a eu l’idée géniale d’inventer un personnage prolongeant la victime anonyme de Meursault, une sorte d’hommage à l’écrivain Albert Camus, avec son premier roman, Meursault, contre-enquête. Philippe Berling s’est emparé de ce texte afin d’en créer une pièce donnant la réplique à deux brillants comédiens, Anna Andreotti dans le rôle de la mère et Miloud Khétib dans le rôle du frère de la victime de Meursault. Dans L’Étranger, Meursault, un trentenaire algérois, assassine en 1942, sans raison apparente ni réelle nécessité, un Arabe anonyme sur une plage, meurtre pour lequel il est jugé et condamné à la guillotine. Sur scène, le décor sobre, présente la cour d’une ancienne maison abandonnée par ses propriétaires en 1962. On peut y voir un citronnier et Haroun, un vieil algérien. Autour de lui, des présences comme des fantômes, dont un pied-noir qui pourrait être son double, beaucoup plus jeune. C’est Meursault. Haroun, frère de la victime de Meursault, affirme que cet Arabe anonyme avait bel et bien un nom, Moussa Ouled El-Assasse. Meursaults témoigne avec éloquence de la douleur de l’absence, la colère, l’absurdité de la condition humaine, la relation complexe et subtile entre une mère et son fils, dans l’Algérie post-indépendance. Un grand moment de théâtre sur le plateau de la Maison de la Culture de Nevers, à ne pas manquer !