À Nérondes, dans le Cher, Marion Sneessens-Breteau cultive avec son mari un quinoa 100 % berrichon. Derrière la marque Sa Majesté la graine, une coopérative d’une cinquantaine d’agriculteurs fait vivre cette culture novatrice, adaptée au changement climatique et déjà prisée par les chefs étoilés et les consommateurs en quête de local.
Quand on pense quinoa, on imagine des terrasses andines à perte de vue, balayées par le vent sec. Certainement pas les plaines du Berry. Et pourtant, c’est ici, au cœur du Cher, que Marion Sneessens-Breteau a trouvé le terrain idéal pour cette graine sud-américaine. « On voulait vraiment nous approprier cette culture tout en mettant en place quelque chose qui soit adapté à notre contexte et à notre territoire », explique la directrice de Berry Graines, qui exploite la marque Sa Majesté la graine.
Avec son mari Damien, elle reprend en 2015 la ferme familiale. À l’époque, c’est du conventionnel, orge et colza en tête. Rapidement, le couple bifurque vers des cultures « d’avenir », moins gourmandes en intrants et en eau : « Pas beaucoup d’engrais, pas de produits phytosanitaires, et pas besoin d’irrigation », insiste Marion. Un choix mûri, motivé par le climat qui change et la volonté de maîtriser toute la chaîne, de la graine au conditionnement.
“En agriculture, il faut raisonner sur le long terme”
En 2015, le quinoa est encore une curiosité dans la région. Mais cette plante rustique se révèle taillée pour résister aux humeurs météorologiques. Sélections variétales, adaptation aux latitudes européennes… La filière en est encore à ses balbutiements, une dizaine de variétés à peine. « En agriculture, il faut raisonner sur le long terme, quatre ou cinq ans, et accepter qu’il y ait des hauts et des bas », rappelle Marion. Certaines années humides favorisent les mauvaises herbes, d’autres, plus sèches, accélèrent la maturation.
Aujourd’hui, Berry Graines cultive entre 700 et 800 hectares de quinoa chaque année dans le Cher et les départements voisins, avec une cinquantaine d’agriculteurs, dont vingt en bio. Un marché encore de niche. En France, à peine un tiers du quinoa consommé est produit sur le territoire. Mais la demande croît, portée par un public attentif à l’impact environnemental et à l’origine des produits.
Adopté par des tables prestigieuses
L’autre fierté de Marion, c’est le lien direct avec les clients. Pas d’intermédiaires inutiles. Berry Graines réceptionne, trie, conditionne et expédie directement aux restaurateurs, commerces ou industriels. Dans la région, quelques grands noms font figure d’ambassadeurs : le chef Jean-Michel Couron le Cinquante-Huit à Nevers, la Maison Médard à Boulleret (Cher), classée en 2024 dans le top 10 des meilleurs restaurants du monde par TripAdvisor, ou encore Christophe Hay, deux étoiles et une étoile verte au Guide Michelin à Blois (Loir-et-Cher).
« Ce qui est intéressant avec les restaurants, c’est qu’ils ont le talent pour mettre en lumière nos produits, trouver la recette qui va vraiment montrer leur intérêt », sourit Marion. Comme quoi, consommer local, c’est aussi découvrir de nouvelles saveurs au goût d’ailleurs.
Infos pratiques : Sa Majesté la graine propose entre autres quinoa, lentilles corail et pois chiches cultivés dans le Berry à commander en ligne ou à retrouver entre autres chez Secrets de paysans à Coulanges-lès-Nevers et HO Producteurs à Nevers. Plus d’infos sur berrygraines.com
Rémi Belot





































