Nevers, son Palais Ducal, ses Négus et sa Sainte, oui. Mais il existe un Nevers plus secret (et franchement aussi passionnant) que Koikispass vous dévoile parce que quand on aime, on ne compte pas. Partons donc en balade dans la cité ducale et ouvrez les yeux pour découvrir son histoire… Nevers sans ses chichis, ça nous réchauffe l’hiver !

A – Le Couvent Saint-Gildard

Sainte-Marie, faites vos jeux !

Un couvent fondé par un épicurien

Le Couvent Saint-Gildard est surtout connu pour accueillir la châsse de Bernadette Soubiroux (Sainte Bernadette) qui, le 11 février 1875, vit la Vierge Marie dans une grotte depuis devenue célèbre, près de Lourdes (dans le département des Hautes-Pyrénées). Mais saviez-vous que l’on doit ce couvent à Jean-Baptiste Delaveyne, un coureur de jupons et joueur invétéré, qui l’a fait ériger sur les ruines d’un ancien prieuré (Saint-Loup) dévasté au 8e siècle ? Comme quoi, le jeu, ça a parfois du bon.

B – Le Parc Roger Salengro

Buissons ardents

On trouve de tout derrière les buissons du parc !

Ce « beau parc, où la nature admire son ouvrage, où le printemps renaît en mille endroits divers… » (dixit Adam Billaut, le menuisier-poète neversois, voir plus bas), autrefois « Pré aux Clercs », accueillait jadis les duels d’honneur (aujourd’hui on appelle ça « règlement de comptes dans les quartiers Nord de Marseille » et c’est puni par la loi). à noter néanmoins qu’en 1837 lors d’une campagne électorale, le Préfet Badouix et un électeur mécontent se battirent à l’épée, ce qui a une autre gueule que des clashs sur Twitter. Dépendance du Palais Ducal, le parc devient un espace public après la Révolution. Très public même, puisqu’on pouvait dénicher dans ses buissons (ardents) des soldats et des femmes de petite vertu (à notre connaissance, ce n’est plus le cas).

C – Abbaye Saint-Martin

Mon gendarme chez les curés

Une abbaye transformée en caserne

Au XVIIIe siècle, rue Saint Martin, se trouvait la puissante Abbaye Saint-Martin de 54 mètres de long et ses 6 chapelles. A la révolution le clocher et sa flèche ont été rasés et l’abbaye fut utilisée comme marché à la viande durant quelques mois avant d’abriter les gendarmes de l’Empire. (Mais, c’est du déménagement  de la Préfecture de Police de Paris en 1871 dans la caserne de la Cité, construite sur l’emplacement de l’ancien marché aux volailles de la capitale que l’on  doit  le surnom de « poulet »). On vous a spoilé la vanne !

D – La Cathédrale Saint-Cyr et Sainte-Julitte

Où est Tonton ?

reconnaîtrez-vous François Mitterrand sur les vitraux de la Cathédrale ?

Entrez dans la cathédrale et observez avec attention le vitrail de la première chapelle, consacrée à la Vierge Marie. Un homme en prière a les traits de François Mitterrand, qui aurait financé en partie la restauration des vitraux détruits par les bombardements en 1944 (un hommage habituel aux généreux donateurs depuis le Moyen-Age, et après on nous reparlera de l’orgueil parmi les péchés capitaux). Bonus : dans le même vitrail, il y a Napoléon (bis).

E – Rue Abbé Boutillier

Sacré Charlemagne !

Une passerelle pour accéder à l’école

Dans la discrète rue derrière la cathédrale aurait été autrefois érigée une passerelle qui permettait aux échevins et aux bourgeois d’accéder directement dans les murs d’une école datant de l’époque carolingienne. La version chic de « l’ascenseur social ? »

F – Esplanade du Palais ducal

Le sabot a le swag

La plus vieille maison de Nevers se trouve ici !

A gauche, dos au palais, la maison du 5, rue Marguerite Duras fut le lieu de tournage du film d’Alain Resnais « Hiroshima mon amour ». En face le long de la rue de la Parcheminerie, la maison à colombages dite « du sabotier » datant du XIIIe siècle est la plus ancienne de Nevers. Elle est classée Monument historique depuis 1970, ce qui prouve, dixit un ado de 13 ans « qu’elle a le swag ». à l’angle de cette dernière avec la rue des sept prêtres, un cabaret avait pour enseigne une femme sans tête avec ces mots : « Au bon reste ». Ce calembour sexiste n’est sûrement pas validé par Marlène Schiappa.

G – Rue des Récollets

Les noces de cuir de Yolande et Robert

La vie tumultueuse de Yolande de Bourgogne

Dans la cathédrale, se trouve le gisant de Yolande de Bourgogne, fille d’un Comte de Nevers, dont la vie a dû plaire à G.R.R. Martin, créateur de Game of Thrones. Saison 1. Yolande perd son premier mari, Tristan, qui meurt à l’âge de 20 ans lors de la huitième Croisade. En secondes noces, elle épouse Robert III de Flandres, veuf de Blanche d’Anjou. Dans ses bagages, Robert apporte le petit Charles, son fils. (Pour les fans de GoT, c’est un bâtard à la Jon Snow) Saison 2. Yolande et Robert fondent une famille de la taille d’une équipe de basket (cinq enfants, comme les Stark !). Saison 3. Robert étrangle (ou fait étrangler, les versions divergent) Yolande avec une bride de cuir, parce qu’elle aurait (les gens sont médisants) fait assassiner Charles (le bâtard, qui n’aura donc aucune chance avec une quelconque dresseuse de dragons – non j’ai rien spoilé du tout). Le gisant de Yolande se trouve à la cathédrale. On raconte aussi que lors de l’incendie de 1226, le puits étant à sec, les habitants auraient tenté d’éteindre le feu de tout un quartier (aujourd’hui disparu) avec du vin. C’est ça qu’on appelle un abus d’alcool ?

H – Rue de l’Oratoire

Comptes à dormir couchées

Une ancienne Chambre des comptes devenue prison

Au n° 4 s’élève le portail de l’ancienne Chambre des comptes, créée en 1405 par Philippe le Hardi, Comte de Nevers et Duc de Bourgogne. C’est là que les personnes chargées de déposer les comptes du souverain sont auditées et les comptes vérifiés par des “maîtres” accrédités : c’est l’ancêtre de la Cour des comptes actuelle. Le lieu servait aussi de dépôt d’archives. Sous la Révolution et pendant la Terreur, elle devint une prison où l’on enfermait les filles de mauvaise vie avec l’injonction : « Marie, couche-toi là » (Mais non, c’est une blague).

I – La maison de Maître Adam Billaut

Adam Billaut, maître ès langue de bois

menuisier et poète

Le premier poète ouvrier, à la fois menuisier et auteur (1602-1662) mourut dans cette maison. On raconte, qu’en face, le numéro 11 de la rue abritait une taverne où l’écrivain (qui semble-t-il ne s’entendait guère avec madame) allait siroter de la plume en griffonnant des pintes. Ou peut-être l’inverse. Il faisait aussi son intéressant à Paris, était le protégé du Prince de Condé, a même reçu des compliments de Corneille et de Voltaire. Pensionné par Richelieu, le menuisier-poète fut un fayot éhonté qui tourna pour le Cardinal ou d’autres Puissants des vers serviles avec la même maestria, on le suppose, qu’il fabriqua des pieds de table. On dit bien « on le suppose » car si on a conservé les poèmes d’Adam Billaut (de bois, haha) tels que « Les chevilles de maître Adam » ou « le vilebrequin de maître Adam », pas moyen de mettre la main sur un banc, une chaise ou je ne sais quoi qui ressemble à un meuble signé du pépère. Il ne devait pas avoir les mains calleuses, le prolétaire spécialiste de la langue de bois. Tu m’étonnes que madame Billaut devait râler, tiens.

J – Entrepôts de faïence

C’est encore loin l’Amérique ?

Quand la faïence de Nevers flirtait avec le commerce triangulaire

C’est de ce bâtiment, un ancien entrepôt, que les faïences de Nevers, fondées grâce à la venue des faïenciers d’Italie à la demande de Louis de Gonzague au XVIe siècle embarquaient dans des bateaux qui rejoignaient ensuite le Havre pour rallier enfin l’Amérique, le Québec…

C’est pas pour cafter, mais il semble que l’on tient là un bout du commerce triangulaire (dont un des sommets, faut-il le rappeler, est la traite des Noirs raflés en Afrique). Pour preuve, on vous invite à admirer sur le net ce très joli « saladier aux esclaves » de 1785 en faïence de Nevers, conservé au Musée du Nouveau Monde à La Rochelle. Mais bon, on dit ça, on dit rien…

K – Rue du Singe

Clique, claque et coco

L’ancien bordel de la Rue du Singe

Il y a un peu plus d’un an encore, l’ancien bordel de la Rue du Singe arborait sa façade rouge (passablement décrépite, il est vrai) et encore auparavant son enseigne de métal, « Aux trois étoiles ». Marthe Richard, prostituée repentie, aviatrice, espionne et femme politique française – c’est à elle que l’on doit la fermeture des bordels – est passée par là.

Fondée en 1914, cette maison de tolérance possédait seize chambres et était dit-on bien mieux tenue que ses homologues du quartier chaud de Nevers (Rue Aublanc). Pendant la Seconde Guerre Mondiale, aux dires des habitants du quartier, une rixe entre occupants allemands et maquisards eut lieu au niveau des maisons occupées par les filles de joie. On pouvait d’ailleurs voir sur un coin de la porte des impacts de balles, pour ne pas dire des trous. Un témoin du siècle dernier rajoute à propos des habitantes de cette maison : « Elles étaient 7 en tout, en général. Les jours de foire, d’autres venaient de Paris pour prêter main forte » (ce qui prouve que les témoins du siècle dernier ont de l’esprit).

Appendice entomologique, si l’on peut dire : en 1997, les scorpions font une réapparition dans le quartier. Selon des habitants « les scorpions datent de l’époque de la fabrique de balais qui était encore installée au début du siècle, dans la cour Saint-Sauveur. On y confectionnait des balais en coco. Les scorpions seraient arrivés en même temps que les bottes de brins de coco ». C’est aujourd’hui un ensemble de logements.

Alors, prêts pour la balade ?

Grâce à Koikispass, vous pourrez désormais vous balader dans les rues neversoises avec l’œil averti de celui qui sait, de l’érudit, osons-le dire : de l’Elu. Une sorte de Lorant Deutsch (qui avait fait la même chose pour Paris en suivant les stations de métro, ça s’appelait Le Métronome) version Nevers, avec vos petits petons en guise de transports en commun. Oui, grâce à votre magazine préféré, vous allez devenir un Piétonome. Et ça, ça envoie du bois.