De la place-forte féodale aux châteaux d’agrément d’inspiration Renaissance ou classique, la Nièvre offre un large éventail de vénérables demeures où la mémoire le dispute à l’élégance. Dans son ouvrage Châteaux en Nivernais, paru en 1974, Raymond Colas écrivait : « les pierres ont un langage » : le langage des châteaux de la Nièvre est celui des mots d’une riche histoire, où passent les figures de Jeanne d’Arc, de Charles le Téméraire et LouiXI, des Comtes de Nevers ou de Vauban… Souvent privés, mais ouverts à la visite par des propriétaires passionnés qui les louent aussi pour des événements ou y accueillent les touristes lors de séjours d’exception, ils prouvent à qui en douterait que la Nièvre est bien la porte de la Loire, mondialement connue pour sa broderie de châteaux.

Bazoches, l’incontournable

“Le plus honnête homme et le plus vertueux de son siècle, le plus simple, le plus vrai et le plus modeste”. Ce portrait signé Saint-Simon (pourtant pas la dernière des vipères) est celui de Sébastien Le Prestre, Maréchal de Vauban, le plus célèbre des propriétaires du château de Bazoches. Pas labellisé “Maison des Illustres” et Monument Historique (Monument Historique) pour rien !

Château féodal (quatre tours, un donjon, une cour intérieure) construit au XIIème siècle sur l’emplacement d’un ancien poste romain, Bazoches jouit d’une vue imprenable sur Vézelay et les contreforts du Morvan. Vauban l’acquiert en 1675 et le transforme en garnison. C’est là qu’il conçoit les plans des plus de 300 ouvrages fortifiés. (« Ville construite par Vauban, ville sauvée, ville attaquée par Vauban, ville perdue », disait-on). C’est à Bazoches qu’il écrit “Dîme Royale”, audacieuse proposition de refonte des impôts. Cette publication qui valut à son auteur d’être qualifié “d’insensé pour l’amour du bien public ” par Louis XIV fut aussitôt interdite.

Monument préféré de la Bourgogne !

Vauban a eu sa revanche l’année dernière car son château, choisi par les téléspectateurs pour représenter la Bourgogne en finale dans l’émission de France 2 “Le monument préféré des Français” a décroché la 8e place sur 21 sites, faisant mieux que Versailles (seulement 14e sur 22) l’année précédente… De quoi relancer le tourisme !

Ouverture jusqu’au 13 novembre inclus. La visite est libre et dure entre 1 heure et 1 heure 30. (Les groupes peuvent bénéficier d’un guide après en avoir fait la demande).

www.chateau-bazoches.com

Bazoches jouit d’une vue imprenable sur Vezelay et les contreforts du Morvan

Châtillons-en-Bazois, 1000 ans d’histoire

Depuis l’an 900, les seigneurs de Châtillon possédaient ce fief dominant la rivière. Des seigneurs d’ailleurs peu ravis d’être les vassaux du Comte de Nevers… Désaccord réglé par mariage quelques années plus tard lorsque la fille de la Comtesse de Nevers épousa Guy de Châtillon : l’on procéda à quelques échanges de terres et oubliées les querelles. Pris d’assaut plusieurs fois lors des guerres entre Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, et le Roi de France Louis XI, le château est partiellement détruit lorsque le seigneur de Châtillon peut en reprendre possession à la mort du Téméraire, puis reconstruit et agrandi au cours du XVème siècle. L’ensemble est aujourd’hui classé Monument Historique.

Un paradis discret

Plusieurs siècles et de propriétaires plus tard, le château est désormais la fierté de la famille Moreau-Sribny. La demeure familiale devient occasionnellement un château d’hôtes au luxe discret, doté d’une belle cave, d’un parc à l’anglaise surplombant le canal, la rivière et le paysage environnant, tandis qu’un autre tracé à la française permet de saisir les règles du jardin classique : les extérieurs sont d’ailleurs classés Jardin remarquable depuis 2004. Les comédiens ayant joué (voir p.21) Le mystère de la chambre jaune y ont séjourné le temps du tournage. Et à parcourir le livre d’or, Sabine Azéma, Claude Rich ou encore Michaël Lonsdale ont apprécié ce que Denis Podalydès a carrément qualifié de “saison au Paradis” !

Accueil du 14 juillet au 31 août tous les jours sauf lundi. Visites guidées toutes les 1 h 30 à partir de 14 h 30. Durée de la visite 1 heure environ. Groupes sur rendez-vous.

www.chateaubazois.com

La demeure familiale devient occasionnellement un château d’hôtes au luxe discret

Corbelin, descendez en son jardin

Derrière ses imposantes tours, le château de Corbelin révèle l’élégance d’un château bâti à partir du XIVème siècle. Place-forte durant la Guerre Cent ans, Corbelin abandonne son attirail défensif ensuite, même si sa solide enceinte et ses canonnières lui ont sans doute été d’un grand secours jusqu’au XVIème siècle lors des guerres de religion.

Le château connaîtra d’importantes modifications au cours du XVIIIème siècle qui lui donneront son aspect actuel. A partir du XIIIème siècle, c’est aussi un centre sidérurgique : cette activité ne s’interrompra qu’en 1863, quand l’usine employait encore près de 250 personnes en 1840.

Deux fois distingué

Aujourd’hui, c’est aussi pour son jardin labellisé Jardin remarquable et récompensé par le prix Bonpland «Jardin en devenir» en 2015 que l’on vient visiter Corbelin. Aux jardins d’inspiration Renaissance, verger géométrique entouré d’eau et potager décoratif sont venus s’adjoindre en 2013 un jardin de bord d’eau, une broderie de buis d’inspiration Renaissance anglaise sur la terrasse supérieure l’année suivante tandis que le verger évolue vers une promenade au milieu d’allées closes et bordées d’une collection de rosiers arbustifs.

Visites sur rendez-vous des extérieurs uniquement de juin à octobre et bien sûr lors des Journées Européennes du Patrimoine (17 & 18 septembre 2016). Pour la manifestation “Rendez-vous au jardin”, les Jardins de Corbelin seront ouverts à la visite les vendredi 3, samedi 4 et dimanche 5 juin 2016 de 10 h à 18 h.

www.corbelin.com

Jardin labellisé Jardin remarquable et récompensé par le prix Bonpland 2015

Villemolin, comme un parfum de mystère

Situé à Anthien dans le canton de Corbigny, le nom du château de Villemolin viendrait, selon la tradition orale, d’une villa romaine (Villa Mollini) édifiée sur une colline où se tenait un temple dédié à Jupiter. Construite à partir du XIVsiècle, remaniée jusqu’au XIXème, c’est aujourd’hui une élégante bâtisse dont on remarque, selon Raymond Colas “l’harmonie de ses modestes proportions avec celles de collines, des boqueteaux et des vallons sur lesquelles elle règne…” En forme de fer à cheval flanqué de trois tours, la propriété est depuis 1538 la fierté de la même famille : les de Certaines, qui fait visiter la chapelle et sa Pietà du XVème siècle (Monument Historique depuis 1978), les communs et le château (Monument Historique en 2002).

Qui veut tuer Mathilde ?

Depuis 2003, Villemolin est très prisé des visiteurs cinéphiles puisque le château a été choisi par le réalisateur Bruno Podalydès pour y tourner le long-métrage adapté de Gaston Leroux, Le mystère de la chambre jaune.

Locaux, décors, costumes… les salles qui ont servi de cadre au film (jusqu’à la main ensanglantée du tueur sur le mur !) sont le clou de la visite. Le château de Villemolin apparaît brièvement lors de la scène d’ouverture du Le parfum de la Dame en Noir, suite et fin de l’histoire.

Ouverture : tous les jours sauf le samedi, de 14h à 18h, uniquement en juillet et août pour les particuliers. Ouverture toute l’année sur réservation pour les groupes. Ouvert lors des Journées du Patrimoine. M. de Certaines (06 73 19 78 32 ou 03 86 22 01 09) et certn@wanadoo.fr

Le château a été choisi pour tourner «Le Mystère de la Chambre Jaune»

Prye, château royal

Sur les vestiges d’une forteresse du XIe siècle, l’actuel élégant château sis sur la commune de La Fermeté bâti entre le XVIIe et le XIXème siècle est de 1603 à 1771 propriété de la famille de la Grange d’Arquian qui a donné une reine à la Pologne : Marie-Casimire après son mariage avec Jean III Sobieski, couronné en 1674. Aujourd’hui propriété du Marquis du Bourg de Bozas et de la Marquise qui accueillent les visiteurs dans leur domaine classé Monument Historique pour des soirées musicales, chambres d’hôtes et gîtes, réceptions privées.

Château du Vieux-Moulin, le secret de Vielmanay

Dissimulé au creux d’un vallon boisé parcouru par un petit affluent de la Loire, le château fut à son origine (fin du XIIIème siècle), une maison forte cernée de douves, qui assurait la protection de l’abbaye de Bellary. La guerre de Cent ans ruina en grande partie la maison forte, reconstruite vers 1480 et encore transformée au XVIIème siècle. Récemment acquis par un couple de Suisses qui le transforment petit à petit en résidence d’hôtes, le bâtiment est un “work in progress” que l’on peut suivre sur sa page facebook : www.facebook.com/chateaudevieuxmoulin

Azy, une folie Renaissance du XIXe siècle

Construit en un temps record (1847-1851) sur demande du Comte Denis Benoist d’Azy, il s’agit d’un château d’agrément d’inspiration Renaissance. La façade nord porte les symboles de la sidérurgie naissante sur laquelle le propriétaire avait risqué sa fortune. Van Loo et Boucher ont peint les encadrements de portes, le papier peint décorant la salle de réception provient de la première Exposition Universelle de Londres en 1851. Aujourd’hui ce lieu, classé Monument Historique, se loue pour des événements privés ou d’entreprise.

http://duplessis-evenement.fr