Avant d’être la route des vacances “qui traverse la plus belle partie de la France”, la Nationale 7 fut, depuis la guerre de 100 ans, l’axe principal pour relier Paris à Lyon. Dans le premier guide routier Le Guide des chemins de France de Charles Estienne en 1552, on ne parle pas de vacances ni même de la N7, puisque les noms de Nationales furent attribuées par Napoléon Ier en 1811.

Mais quand le 20 juin 1936, le Front Populaire instaure les congés payés, la Nationale 7 devient très vite la Route Bleue. Pourquoi Bleue ? Parce qu’elle permet aux Français -de plus en plus nombreux à acquérir une automobile grâce à la sortie de deux voitures populaires, la Renault 4CV et la Citroën 2CV- de rejoindre les plages du sud de la France. Celle que Pierre Mondy appelle « Les Champs Elysées de la France » dans le film Le triporteur va désormais devenir le symbole des 30 Glorieuses avec ses mythes et réalités…

La Nièvre, grande gagnante…

Première étape des vacances !

Dans la Nièvre, la RN7, c’est 100 km de Myennes à Saint-Pierre-Le-Moûtier. Dans les années 40, il faut entre deux et trois jours pour relier le parvis de Notre-Dame de Paris à Menton dans des automobiles qui pointent à 80 et dans lesquelles, tous les 150 ou 200 km, il faut remettre de l’eau. La Nièvre se trouve donc la première étape de l’escapade estivale et va savoir en profiter…

La Nièvre, étape gastronomique

Du bon et du rapide

Dès les années 50, les relais d’étape s’organisent : restaurants, station-service, garages avec un objectif imposé (déjà) par le client : la rapidité. En 1961 sur sa petite soeur, la Nationale 6, un fils de restaurateur étoilé, Jean Loisier, a l’idée d’ouvrir un restaurant « rapide, comme à la maison au coin du feu » : ce sera le premier Courte-Paille. Le second ira s’installer sur la Nationale 7, à Chaulgnes. De tous côtés on voit fleurir des Relais, des « 100 bornes » , des « 200 bornes » à Pouilly-sur-Loire (qui comptait 5 étoilés Michelin) mais aussi des restaurants de luxe : TroisGros (1930), Bocuse (1962) Fernand Point (1925), La Renaissance à Magny-Cours, La Poule Noire à La Charité-sur-Loire et jusque dans les années 90 avec l’ouverture du « Louis XV » par Ducasse (1990)… Le marketing de l’automobile est né.

Pouilly-sur-Loire, 5 étoilés Michelin et ses 200 bornes

On peine à le croire mais en 1965, Pouilly-sur-Loire comptait 5 restaurants étoilés au Michelin : Chez Mémère, Le coq hardi, toujours en activité, La vieille auberge, L’espérance et le Grand cerf.

Aujourd’hui le Relais des 200 bornes est devenu une institution. En 2016, Bruno et Carol Gontard sont remontés du sud pour racheter le mythique relais, vendant leur 403 avec l’intention de redonner au lieu son parfum d’antan et de recevoir les nombreux collectionneurs de voitures pour qui prendre la pose devant le Relais des 200 bornes est aussi légendaire que poser devant le Sacré-Cœur pour un Japonais !

… ou pas !

Les embouteillages estivaux

Mais il y a un revers à la médaille : les embouteillages. Tout Nivernais qui affiche plus de trois décennies se souvient forcément des grands embouteillages estivaux, dont le dernier à Pougues-les-Eaux, a perduré jusqu’à la construction de l’A77 à la fin des années 90. Pour répondre à cet afflux d’automobiles, partout ailleurs, comme à Nevers, les villes se métamorphosent. Dans la capitale nivernaise, la Nationale 7 est un véritable parcours du combattant. Arrivant par l’actuel Boulevard Colbert, elle traverse le centre-ville, passe sous la porte de Paris, suit la rue piétonne et rejoint le Pont de Loire.

FBI : Fausse bonne idée

La Loire sacrifiée

En 1961, le maire de Nevers Jean-Louis Ramey démarre la construction d’une déviation de la RN7 qui s’achèvera en 1966
et passera par un lieu jugé « désuet, glacial et malodorant », le quartier des Pâtis, là où depuis des siècles vivaient les mariniers et les pêcheurs et où coulait la Nièvre, près de la Loire.

Un abandon, au nom de la puissante automobile, de l’un des joyaux de la ville de Nevers qui aurait sans doute aujourd’hui une importance touristiques majeure… et qui a fait définitivement tourner le dos de la ville à la Loire.

Chez Mimi, un  irréductible

Si le restaurant s’appelle LE POËLON, tout le monde continue d’aller Chez Mimi. En 1988, Mimi rachète le garage-restaurant-station service sur le bord de la Nationale 7 à celui qui l’a créé en 1965, Robert Roullet. Depuis la fin de la belle époque de la Nationale, Mimi est devenu la coqueluche des reportages : « Direct 8 m’a consacré un reportage de 10 minutes ».

Son garage est peut-être encore le seul lieu où l’on peut trouver des pièces détachées des automobiles des années 60 et 70 : « J’ai des motos, des mobylettes, des vélos. Plus tard j’aimerais faire un musée. La Nationale 7 c’est un truc merveilleux. Des souvenirs. Ici il y avait 20 000 voitures qui pouvaient passer ».

Une aubaine… pas pour tous…

Nevers mal situé ?

Si les années 50 sont l’âge d’or de la Nationale 7 et des villes qui se trouvent sur son parcours, très vite, l’évolution technologique de l’automobile va engager le déclin de plusieurs d’entre elles. Pour répondre à l’envie des vacanciers d’arriver plus vite dans le sud, on entreprend dès 1960, la construction de l’Autoroute A6 (qui durera jusqu’en 1971).

Pour parfaire le tout, l’automobile se réinvente : plus besoin de s’arrêter toutes les deux heures. On peut désormais parcourir 300 ou 400 km d’un trait. Lyon devient une étape majeure. Pas de bol, Nevers est exactement à mi-chemin entre Paris et Lyon.  L’un des symboles majeurs de ce déclin est la fermeture de l’Hôtel de France, place de la Résistance à Nevers qui, après 250 ans consacrés à l’hôtellerie fermera ses portes en 1972.

Jean-Pierre Georges, faïencier mécano

Célèbre pour ses faïences, Jean-Pierre Georges l’est aussi par sa passion pour la Nationale 7 : « J’habite ici depuis 40 ans. J’ai toujours aimé les vieilles automobiles et il y a quelque chose de beau dans ces images ». Au fond de sa cour, un garage « vintage » où sont rangées plusieurs motos et de vielles pompes à essence dont un « char romain » utilisé avant l’installation des pompes à essence. Puis, dans un coin du garage, une 403 pick-up de 1964 : « C’est une première main, la première voiture de l’entreprise Georges ! ». Pour Jean-Pierre Georges, le déclin de la Nationale 7 est une faute : « Quand l’autoroute a été construite, on aurait dû regarder ce qu’il s’est passé aux USA avec la Route 66 qu’on a abandonnée et ne pas reproduire les mêmes erreurs ».

Un status quo

N7 versus A77

Pendant 30 ans, la Nationale 7 continue d’accueillir les estivants. Ses atouts ? Un trajet historique, les paysages et une route moins engorgée que la désormais célèbre Nationale 6. Mais la fin des années 90 va sonner le glas, quand Pierre Bérégovoy décide de la construction de l’A77, gratuite, qui empiète en partie sur le trajet de la RN7. En 2004, on peut désormais l’emprunter pour rejoindre Paris à Nevers. à la fin des années 90, aussi, l’automobile permet désormais de parcourir les 990 km de Paris à Menton en une journée. Tout au long de la Nationale 7, les commerces ferment. Les restaurants éteignent les fourneaux. Seuls les établissements remarquables vont franchir le cap.

Dans la Nièvre, Pougues-les-Eaux est le symbole de cette vie aléatoire de la Nationale 7. Qui a oublié les immenses bouchons de juillet dans les années 90 ? Si la ville thermale doit sa célébrité avant tout à ses sources et à son casino, fréquentés depuis Louis XIV, la construction de l’A77 sonnera son glas et sa désertification… mais provisoirement…

Que reste t-il de nos amours ?

Une belle nostalgie

Car, tout au long de la route bleue, des irréductibles ne lâchent pas le bitume et décident, dès le début des années 2000, de ne pas se laisser dépouiller. Partout des associations se créent avec l’objectif de faire revivre la Nationale 7 grâce à son histoire. Dans la Nièvre, l’Association nivernaise RN 7 à 2x2 voies qui défend le prolongement de l’A77 a intégré l’aspect historique. A Lapalisse, on recrée chaque année le grand embouteillage. à Pougues-les-Eaux, « La Faites de la N7 » fait revivre le village comme « dans le temps » mais ne se contente pas d’un seul week-end. La commune mise sur sa légende tout au long de l’année : un nouveau garage de la Route Bleue a rouvert ses portes, l’ancienne station service serait aussi sur le point de renaître…

Le saviez-vous ?

  • Le célèbre Jeu des 1000 bornes a été inventé en 1954 par Edmond Dujardin, un éditeur de matériel pour auto-écoles, qui s’est inspiré de la Nationale 7 (qui fait exactement 996km)
  • C’est en arrivant dans sa maison de Juan les Pins que Charles Trénet, qui empruntait la Nationale 7 pour rejoindre ses propriétés du Sud de la France, eut l’idée de la chanson qui, dès 1955 fut un immense succès.
  • Dès 1932, la Nationale 7 était au coeur du Rallye Paris-Saint Raphaël (ancêtre du rallye des gazelles) exclusivement féminin. Le 24 février 1932, la jeune Renée Friedrich, pilote de 20 ans, trouve la mort dans les célèbres virages de Pougues-Les-Eaux au volant d’une Delage. Louis Delage fait alors poser une stèle.
  • Le 28 avril 1985 c’est dans le virage de Maltaverne que le chanteur Sacha Distel, qui rentre d’un enregistrement de l’émission Champs-Elysées, perd le contrôle de sa Porsche 924 Carrera et percute un poteau, mettant un terme à la carrière de sa passagère Chantal Nobel, très grièvement blessée.
  • Sacrée première route touristique de France en 1935, la « Route bleue » fut l’objet d’une véritable campagne marketing : affiches, flyers, publicités, bals,  fêtes champêtre, reines de beauté et un slogan « Prenez le vert sur la route Bleue ».
  • Depuis 2012, la N7 a été déclassée. Dans la Nièvre, elle est désormais nommée D907.

EN  SAVOIR +

“Nationale 7 !, De la route antique à la route du futur”.

La Société académique du Nivernais organise en partenariat avec la médiathèque Jean Jaurès et les Archives départementales de la Nièvre, un colloque à Nevers, palais ducal, les 25 et 26 mai 2018.

Faites de la N7
Dimanche 22 avril 2018
à Pougues-les-Eaux

Philippe Rondat, entrepreneur de mémoire

Maire de Tronsanges et membre de l’association RN7, Philippe Rondat organise depuis deux ans à l’occasion de la Faîtes
de la Nationale 7
à Pougues-Les-Eaux une cérémonie particulière : la bénédiction des voitures anciennes par le prêtre de la paroisse, dans la cour de l’école.

Pour lui « La nostalgie est une véritable opportunité économique pour nos communes. Tronsanges comptait jusqu’à 3 restaurants. Aujourd’hui il y a un projet historique, avec la remise de vieilles bornes, de panneaux mais pour le moment c’est au point mort ». Ce qui le motive ? « Je me souviens des vacances. On montait dans la GS et on partait vers le sud en s’arrêtant manger à Saint-Pierre ».

Thierry Dubois : « La nationale 7 cest lhistoire de France »

Même s’il s’en défend, Thierry Dubois est un peu le Monsieur Nationale 7 en France. Dessinateur mais aussi collectionneur de mémoire, ce passionné sillonne depuis 30 ans les routes, les magazines et les radios pour parler de ses deux nationales, la 7 et la 6.

Pourquoi un jour avoir décidé de vous intéresser à la N7 ?

Quand j’étais gosse, et honnêtement je me souviens qu’il faisait chaud et qu’on était pressés d’arriver ! Il y a 30 ans en remontant des vacances, je me suis rendu compte que beaucoup de choses avaient changé, disparu. J’y suis retourné, j’ai pris des photos. Puis à chaque fois je découvre quelque chose alors je continue. En parcourant
la route, c’est une autre approche de toute l’histoire de France.

Quel constat depuis 30 ans ?

J’ai eu 3 périodes : la découverte, les disparitions puis, depuis une dizaine d’années une évolution positive, un regain d’intérêt. Au départ j’étais parti pour un travail pas énorme puis je me suis pris de passion.La France est un réservoir énorme de patrimoine. Dans la Nièvre, vous tapez dans une motte de terre, vous avez un patrimoine. C’est formidable de se dire que tous les rois ont emprunté cette route !

Et la Nationale dans la Nièvre ?

Il y a 50 ans, la Nièvre, c’était le pays des restaurants. On partait de Paris le matin, on arrivait dans la Nièvre à midi. Il y avait le plaisir de s’arrêter déjeuner. Les voitures plus performantes, plus économiques en carburant ont eu raison de ça. Puis il y a l’A77. La grosse erreur des politiques est de l’avoir construite au rabais, avec des emprises sur l’ancienne nationale. Il n’y a rien de pire pour écraser une région !

Est ce que selon vous il y a un véritable potentiel ?

Je ne suis pas économiste. Ca fait des années que j’essaie de faire bouger les choses mais on a a tout misé sur les canaux. Il y a une association qui existe, c’est elle qui doit relancer un projet. Il y a une véritable économie du tourisme qui se créé autour de la nostalgie. Il suffit de regarder la 6. Mais ce qui changera les choses, c’est avant tout une volonté politique.

Alain Pommier, « On est heureux Nationale 7 »

Ancien commercial, Alain Pommier ne sait pas si ce sont « Les 80 000 km par an depuis 1973 » qui lui manquent ou le fait d’être né à Montargis, dans une maternité jadis au bord de la Nationale 7, ses premières vacances en moto, en voiture oui en stop ou le fait d’habiter encore à deux pas de la N7. Quoiqu’il en soit, c’est un mordu : « La 7 m’a fait sortir de chez moi. J’habitais sur le bord de la route. Aujourd’hui, je fais une vingtaine de rassemblements par an (au volant d’une Simca 1300 de 1967). J’y rencontre des gens et je me passionne de plus en plus pour cette nationale ». 6 ou 7 le choix est vite fait : « La 6 c’était le boulot. La 7, les vacances! ». Bénévole au sein de nombreuses associations, Alain Pommier y voit surtout du partage : virées avec les résidents d’EHPAD « où certains qui ne se parlaient pas discutent ensemble », rallyes touristiques, grands embouteillages et des souvenirs : « J’ai eu mon plus gros retrait de permis sur la 7 » sourit-il.