La Nièvre c’est 9 549 chasseurs (4,4% de la population nivernaise),  des types de chasse, des paysages contrastés, du gros gibier (cerf, chevreuil, sanglier) et du petit (oiseaux, lapins, renards…) Très réglementée, la chasse a ses atouts et ses désagréments, des défenseurs acharnés et des détracteurs non moins virulents. On fait le point ?

Ah la chasse !

Comme la corrida ou le mariage pour tous, elle est dans le top ten des sujets qui fâchent. « Tradition » ou « barbarie », voilà un loisir qui suscite des débats passionnés entre adeptes et opposants.

Une chasse ? Non, « des » chasses !

Si l’homme nomade du Paléolithique doit sa survie à la trilogie chasse-pêche-cueillette, si le seigneur médiéval chasse pour ne pas perdre la main entre deux batailles, de nos jours le chasseur s’équipe pour respirer le bon air, faire travailler le chien et retrouver les copains : la chasse est exclusivement un loisir.

Organisées en équipes par secteur sur domaines privés ou publics (territoires communaux ou domaniaux) : chasses associatives ou privées.

Vendue comme prestation par des entreprises, inscrites au registre du commerce (chasse à la journée), sur des terrains ouverts ou clos : chasse commerciale.

Battues administratives gérées par l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) pour éliminer des animaux jugés en surnombre : chasse de régulation.

Qui chasse ?

Loisir populaire : 1,1 million de chasseurs

Deuxième loisir en France en nombre de pratiquants après le football

  • 97,8% d’hommes
  • 55% ont – de 55 ans
  • 40% sont issus du monde ouvrier
  • 43% sont des ruraux
  • 60% chassent par amour d’un loisir de pleine nature
  • 51% chassent par tradition familiale

La chasse, ça rapporte ?

  • 1,6/1000 du PIB régional
  • 1 400 emplois directs ou induits
  • 1976€ par an en moyenne dépensé par un chasseur nivernais
  • 43en droits de chasse et bracelets
  • 44% pour sa pratique (arme, équipement…)
  • 13% pour l’exercice de la chasse (faux-frais)

Source : Impact Economique, Social et environnemental de la Filière Chasse, BIPE, 2016

“Vouloir chasser du petit gibier exclusivement sauvage est une utopie”

Le saviez-vous ?

Triste tableau de chasse

Le petit gibier sauvage, surtout oiseaux, a été éradiqué à 95% par les pratiques agricoles (arrachage des haies, intrants, mécanisation…), les prédateurs (renards…) et certaines années par une météo déplorable qui ne favorise pas les couvaisons.

Pour Florent Ortu, directeur de la Fédération départementale de la chasse, « vouloir chasser du petit gibier exclusivement sauvage est une utopie ».

Les oiseaux (perdrix, faisans…) sont donc ultra majoritairement issus de lâchers : des animaux d’élevage relâchés environ 1 mois et demi avant le début de la chasse.

Finances locales, dégâts aux cultures :

la chasse, acteur du territoire

Pour chasser, outre le permis, on doit détenir un « droit de chasse » sur un territoire précis accordé gracieusement ou loué par le propriétaire : une aubaine pour le budget des petites communes rurales.

Dans la Nièvre, un droit de chasse va d’environ 80€ à 2 500€ selon la surface, le propriétaire (public ou privé), le type de gibier et de chasse (la chasse à courre est plus chère que l’arc en solo).

Un bracelet pour cerf ? Le grand gibier (cerfs, chevreuils, sangliers) est soumis à des plans de chasses déterminés par le Schéma Départemental de Gestion Cynégétique qui détermine avant chaque saison le nombre et type d’animaux autorisés à être tirés : ce sont les « bracelets » posés sur l’animal à l’endroit où il est abattu. Ces dispositifs sont délivrés par la Fédération départementale des chasseurs, après versement d’une contribution et une participation pour l’indemnisation des dégâts de gibier, ensuite reversée aux agriculteurs lésés :
139 500 € pour la saison 2016/2017.

Abattu en 2016/2017 dans la Nièvre

  • 8 000 chevreuils
  • 4 500 sangliers
  • 700 cervidés

La sécurité en questions

En France, il y a eu 143 accidents de chasse sur la saison dernière, qui ont occasionné 18 morts. C’est beaucoup trop dans le cadre d’une activité censée être un loisir ! C’est souvent le non respect des règles de sécurité qui aboutit à des drames, mais pas seulement : tous les chasseurs redoutent la balle qui ricoche sur un obstacle et dévie de sa trajectoire.

Ce qu’il faut faire, côté chasseurs

• Dispositif fluo, responsabilité civile « chasse » : obligatoire

• Transport d’armes chargées, chasse depuis un véhicule, tirer à portée de fusil en direction des lieux de vie : interdit !

• Apposition de panneaux pour les chasses en battue au grand gibier : recommandé mais non obligatoire (d’où la difficulté parfois de savoir qu’une chasse est en cours)

Ce qu’il faut faire, côté usagers de la nature

• Prendre contact avec les responsables locaux des équipes de chasse pour connaître lieux et dates des battues

• Du bon sens : des chiens, des gilets fluo, des coups de feu… c’est le signe qu’une chasse est en cours, on ne prend pas de risque et on va ailleurs ! D’ailleurs la loi sera du côté des chasseurs.

Passe ton permis d’abord !

Pour chasser, il faut un permis (revalidé en payant tous les ans). L’examen se compose d’une seule séance pratique (30 minutes) puis d’un examen théorique (10 questions sur 404 étudiées). Tout manquement ou méconnaissance des dispositifs de sécurité invalide l’examen. C’est la Fédération de la chasse qui se charge des formations.

Bonne nouvelle pour les néo-chasseurs : depuis trois ans la Nièvre a mis en place un programme de Permis à 0 € qui a boosté le nombre de détenteurs. « Cela a permis d’attirer de nouveaux profils : des urbains, des familles… qu’on n’aurait jamais vu avant puisque le chasseur est plutôt un rural, avec une tradition familiale ». Résultat : 420 nouveaux chasseurs reçus en 2017, avec un taux de réussite à l’examen de 78%.

Attention ! Victime de son succès et d’un « numerus clausus » administratif qui limite les inscriptions, l’opération condamne les aspirants chasseurs à la liste d’attente.

La chasse, c’est quand exactement ?

C’est pas une question, c’est un QCM ! Selon le type de chasse et le gibier, c’est aussi variable qu’une buse.
Le mieux c’est de se rendre sur le site de la Fédération départementale de la chasse : www.chasse-nature-58.com
Dans l’onglet « réglementation » et télécharger le Memento du chasseur. Tout y est !

Vous n’aimez pas la chasse ? Faites-le savoir !

La chasse, très peu pour moi ? Au lieu de pleurnicher depuis mon canapé en matant Trente millions d’amis, j’adhère par exemple au RAC (Rassemblement pour une France sans Chasse),
qui a plein d’arguments éthiques et environnementaux contre la chasse ou à l’Aspas (Association pour la Protection des Animaux Sauvages) qui promeut des actions juridiques de défense des animaux sauvages et de l’environnement.

Chez Europe-Ecologie Les Verts, une commission thématique « Condition animale » a été mise en place. Même les non-adhérents  du parti peuvent y participer ! On y réfléchit notamment sur le statut juridique de la faune (les animaux domestiques y ont droit depuis peu) pour protéger les animaux sauvages d’actes de cruauté.

Pourquoi faut-il abolir la chasse ?

Les 3 principales raisons de l’association RAC (www.france-sans-chasse.org)

On ne peut faire de la souffrance et de la mort un amusement. Une activité ludique qui consiste à traquer et tuer des animaux est contraire à l’étique.

Un préjudice écologique important. Un préjudice quantitatif, puisque 40 millions d’animaux sont tués chaque année en France par les chasseurs, ce qui a un impact sur la faune. Un préjudice également qualitatif puisque la chasse affaiblit les dernières populations naturelles par l’apport de maladies issues des élevages, perturbe les écosystèmes et cause une grave pollution génétique de la faune.

Une source de gêne et de danger. Les chasseurs accaparent et insécurisent la nature. C’est le seul loisir qui tue ou blesse fréquemment des personnes ni pratiquantes ni spectatrices.

5 vérités dérangeantes sur la chasse

selon l’ASPAS (Association pour la Protection des Animaux Sauvages, www.aspas-nature.org)

  • Une balle de chasse peut tuer à 3km.
  • A ce jour, aucune loi n’existe pour contrôler le taux d’alcoolémie d’un chasseur en action.
  • Tant qu’un propriétaire n’a pas officiellement manifesté son intention d’interdire la chasse, son terrain est par défaut et légalement présumé chassable.
  • Tuer des chats, des chiens et des animaux protégés, c’est possible avec le piégeage.
  • Faire souffrir des animaux, c’est légal à la chasse. L’animal est reconnu comme être sensible, mais seulement s’il appartient à quelqu’un !

4 idées reçues sur la chasse

Le choc des arguments

Pro ou anti-chasse, la pratique cynégétique (bingo au scrabble) a son lot d’arguments… petit passage en revue avec Florent Ortu, directeur de la Fédération départementale de la chasse et Eric Mourey, vétérinaire et conseiller fédéral Europe Ecologie Les Verts (EELV).

#1 La forêt est à tout le monde !

Pour les « anti-chasse », les chasseurs, pourtant minoritaires dans la population, kidnappent l’espace public.

Florent Ortu

Les chasseurs paient, et cher, le droit d’occuper le terrain. En domaniale, 10 battues prévues sur la saison sur 1 200ha, ça laisse quand même 355 journées pour se balader !

Eric Mourey

Nous proposons :
• le dimanche sans chasse
• le développement d’espaces apaisés permettant de tester de nouveaux rapports avec la faune sauvage, comme créer une zone de non-chasse sur un ou plusieurs départements pour y tester le développement de la faune sauvage, notamment l’auto-régulation des espèces.

#2 « On ne tue pas, on prélève »

Les Fédérations de chasse affectent, comme dirait l’autre « des pudeurs de gazelle » : on ne tue pas, on « prélève », « on régule » : un vocabulaire très administratif qui présente avant tout la chasse comme un moyen de maintenir les populations d’animaux sauvages à un niveau acceptable.

Florent Ortu

Sans chasseurs, les dégâts à l’agriculture seraient encore plus considérables. Les gens préfèreraient payer des impôts pour des battues administratives ?

Eric Mourey

On chasse pour se faire plaisir, les chasseurs ne sont pas des gestionnaires de la nature. Si l’on veut faire des chasses scientifiques, faisons-le avec des agents de l’ONCFS. Et n’oublions pas que ces surpopulations se font dans des environnements dégradés par les activités humaines. Nous proposons plutôt d’introduire et développer des méthodes alternatives à l’abattage ou au “prélèvement” telles que la reconstitution des chaînes des prédateurs dans le rééquilibrage des populations jugées “indésirables”

#3 « La chasse, c’est pour les riches ou les beaufs »

Sûr qu’une action de chasse à plus de 2 000 € choisit ses clients : comme dirait Souchon dans Poulailler’s song, « Il y a une sélection c’est normal, on lit pas tous le même journal ». Mais dans les chasses associatives, il y a fort à parier que le brassage des classes sociales se fait et sous un gilet orange fluo, difficile de distinguer un ouvrier (majoritaire chez les chasseurs) d’un patron de PME… Interdire la chasse, c’est donc limiter encore la mixité sociale.

Florent Ortu

Dans une équipe, on trouvera toutes les classes sociales et des mélenchonistes, des fillonnistes, des lepeniste… on sait qu’on peut parler de tout, sauf de politique ! Et la chasse est parfois le dernier lien social dans les villages.

Eric Mourey

A EELV, nous ne sommes pas pour une interdiction de la chasse mais pour un encadrement plus strict de sa pratique et l’abolition des pratiques les plus cruelles : déterrage, piégeage, chasse à courre…

#4 « Tuer des animaux c’est pas aimer la nature ! »

Si vraiment l’idée est de se balader avec des copains et des chiens, pourquoi emmener aussi un fusil et tirer sur des êtres vivants ?

Florent Ortu

Une femme qui passe devant des magasins de chaussures pourrait se contenter de les admirer, pourtant elle finit par en acheter une paire !  (Féministe et/ou addict aux Louboutin, prière d’écrire à Koikispass, promis on fera suivre !)

Eric Mourey

Le débat n’est pas seulement éthique, il est politique. Nous ne sommes pas pour mettre fin à la chasse, mais nous demandons l’arrêt du soutien des associations ou fédérations de chasse via des subventions ou aides indirectes, et nous réclamons d’introduire une parité non-chasseurs (ONG de protection animale)/chasseurs dans la composition de tous les organes administratifs gestionnaires de la faune sauvage (notamment pour les interventions dans les écoles ou de supprimer ces interventions).

En conclusion…

Pour on contre, on se doute bien que la lecture de ces quelques pages ne vous fera pas changer d’avis. En revanche, on espère que ce dossier vous aura fait découvrir de nouveaux arguments ou, peut être, fait voir certains sujets sous un nouvel angle.

Dans tous les cas, nous vous recommandons la lecture de cette très intéressante contribution de deux élus dont François Patriat, ex-président de la Région Bourgogne qui s’interrogent sur la couleur politique de la chasse : www.sainthubertclubdefrance.com/chasse-et-politique

Et pan sur les préjugés !

Si vous appréciez la chasse

Fédération Départementale des Chasseurs de la Nièvre
36, route de Château-Chinon
58160 Sauvigny-les-Bois
Tél. : 03 86 36 93 16
fdc-58@wanadoo.fr
www.chasse-nature-58.com

Si vous n’appréciez pas la chasse

Rassemblement pour une France sans Chasse (RAC)
Maison des associations
181 avenue Daumesnil
75012 PARIS
france-sans-chasse.org

Association pour la Protection des Animaux Sauvages (ASPAS)
BP 505 – 26401 Crest cedex
Tél : 04 75 25 10 00
www.aspas-nature.org

Si vous êtes randonneur

Comité Départemental de la Randonnée
6, impasse de la Boullerie
58000 NEVERS
Tél : 03 86 61 87 75
comite-rando58@orange.fr
nievre.ffrandonnee.fr