Vrais ou faux crimes, flics ou voyous, bandits de grands chemins, magistrats véreux, fiction ou réalité, auteurs, cinéastes… Terre de vraies ou de fausses affaires, de Pieds Nickelés ou d’opportunistes, de lieux mystérieux, la Nièvre n’a pas cessé d’inspirer des œuvres noires ou des carrières louches.

Thomas André Marie Bouquerot de Voligny (1755-1841)

Un Talleyrand dans le Nivernais

Maire d’Asnan, député du Conseil des anciens – ancêtre du Sénat – il n’a rien à envier à l’opportunisme légendaire de Talleyrand. Révolutionnaire sous la Révolution française – durant laquelle il est arrêté, jugé, puis libéré – il rallie le coup d’État de Napoléon Bonaparte. De petit juge à Clamecy, il passe  juge à la Cour d’Appel d’Orléans pendant tout l’empire. à la chute de Napoléon, notre homme ne se démonte pas, retourne sa robe et devient royaliste… il est ainsi nommé Président de Chambre à la Cour royale de Bourges en 1816. Poussant l’opportunisme jusqu’au bout, le jour où la mort vint le chercher, il partit avec elle.

Pierre-Gaspard Chaumette, (dit Anaxagoras Chaumette)

Docteur Jekyll et Mister Hyde

Chef d’un club révolutionnaire dans les années 1790, Chaumette, né en 1763, s’illustre comme défenseur acharné de l’abolition de l’esclavage, de la suppression du fouet dans les écoles et de l’abolition de la peine de mort. Monté à Paris, il devint un fervent défenseur de la Terreur, de la torture et de la peine de mort. Amateur des femmes les plus frivoles qu’il n’hésitait pas à faire condamner quand elles se refusaient à lui, il salua l’exécution d’Olympe de Gouges qu’il considérait comme trop féministe et débauchée. à force de retournements de vestes et ne sachant plus où donner de la tête, c’est finalement le Comité de Salut Public qui régla l’affaire : accusé de promouvoir un gouvernement athéiste, il est guillotiné le 13 avril 1794.

Le gang des Pieds Nickelés

On a les gangs que l’on mérite et notre bande à Bonnot Made in Nièvre portait le nom de Laquit. Cambrioleurs, escrocs, alcooliques condamnés pour coups et blessures, rébellion et outrages à agents, la famille Laquit – elle aussi originaire de Decize – se fait arrêter à la Croix-Joyeuse à Nevers. Elie, Lucien et Marcel – le cerveau qui fut acquitté après un procès rocambolesque – avaient pu être coincés le 8 mars 1947 pour le vol de deux lapins et l’assassinat du Sergent Chef-Fournier. On rigole, mais Al Capone fut bien arrêté pour fraude fiscale…

Benoît Minville

L’Huckleberry Finn de la Nièvre

En signant Rural Noir en 2016 (Gallimard) Minville invente un nouveau style entre roman noir et roman du terroir. Originaire du Bazois, amoureux du Morvan qu’il voyait petit comme des montagnes mystérieuses, il façonne la Nièvre comme Jim Harrisson l’Arizona ou le Nouveau-Mexique et fait de notre pays des eaux vives, une terre de conquête et de pionniers. Le nouveau far-ouest.

Laurent Rivière

Le bien nommé

L’auteur de polars qui revendique ses origines prolo des cités cheminotes de Varennes-Vauzelles (tel un José Giovanni qui n’aurait pas fait de taule) est un amoureux de la Loire à laquelle il a consacré son dernier roman Dans les bras morts, après Morvan de Chien et La diagonale du loup, Prix du polar Nivernais 2019. Mais Laurent a un autre amour : la cité ouvrière de Varennes-Vauzelles (400 maisons et jardins) qui sera, dans son prochain roman, le cadre d’une enquête policière prolétaire, avec toute la fierté que le terme sous-entend.

Gaston Leroux au Château de Villemolin

C’est dans le château de Villemolin, à Anthien – près de Corbigny – que se trouvent le célèbre Mystère de la chambre jaune ainsi que Le parfum de la dame en noir. Deux enquêtes du célèbre journaliste Rouletabille, né sous la plume de Gaston Leroux, et que Denis Podalydès a choisi de porter à l’écran.

Georges Simenon

The boss

Le maître du polar, c’est Georges ! Souvent copié mais jamais égalé. Et si Georges est né à Bruxelles, la Nièvre est un peu Simenonesque à moins que Simenon ne soit Nivernais. L’auteur du célèbre Maigret a en effet pris pour cadre de sa première enquête, Monsieur Gallet décédé, publiée en 1931, la gare de Tracy-sur-Loire et y parle de la police de Nevers. Il récidivera avec Les suicidés en 1934 situant son intrigue dans le quartier de la rue Creuse. à cela rien d’étonnant. L’auteur aux 560 millions de romans vendus a séjourné en 1923 / 1924  dans un hôtel particulier au 7 de la rue Creuse. à l’époque inconnu du grand public, il est alors secrétaire du Comte de Tracy et signe de son nom quelques articles dans Paris-Centre (ancêtre du Journal du Centre) et quelques contes et romans pour revues.

Dernière prise de tête

à la prison de Nevers

Le 11 juillet 1914, la guillotine est dépoussiérée pour la première fois depuis 1857, la lame est aiguisée. Venus tout droit de Paris les « bois de la justice » vont grincer pour la dernière fois à Nevers sur la tête de Robert Fabre. Petit cambrioleur de la Nièvre âgé de 19 ans, il s’évade de la prison de Cosne-sur-Loire, puis assassine un surveillant de l’asile de La Charité-sur-Loire avant d’être rattrapé. Le 11 juillet 1914 à 3h15, Fabre n’est pas, cette fois, parvenu à s’échapper. Les bois de la justice ont repris le train, accompagné par Anatole Deibler, bourreau-star aux 400 têtes tranchées. Il n’y aura plus jamais d’autre exécution à Nevers…

Jean-Charles Willoquet, Ennemi public n°1 bis

Malgré une carrière éclair – 46 ans dont 19 passées en prison – Jean-Charles Willoquet,  fils d’une cafetière de Nevers aura porté quelques temps le titre très envié dans les milieux du grand banditisme d’ « ennemi public n°1 ». Entre le salon de coiffure pour dames à Nevers, quelques châteaux dévalisés, quelques antiquités dérobées, Willoquet aura passé près de 19 ans en prison et rencontré un autre grand nom du banditisme : Jacques Mesrine. Abattu en 1990 lors d’un braquage raté, il en aurait réussi 11 autres.

Thierry Desseux

Le petit Thierry

Thierry est au crime ce que Robert est au dictionnaire. L’auteur de Les grandes affaires criminelles du Nivernais les connaît par coeur et en a fait deux livres qui retracent les heures sombres de « cheu nous », au temps où Violette Nozière assassinait son père et où les aubergistes de Neuvy-sur-Loire dépouillaient les voyageurs. Fort de ce savoir, le journaliste ès crimes, lassé d’être témoin mais inspiré, s’est mis à commettre le meurtre parfait dans son dernier roman, La mélancolie des incurables, aux éditions Maïa.

Le mystère des 30 cadavres

à Entrains/Nohain

En 2013, des archéologues en étude à Entrains-sur-Nohain ont découvert dans un puits de 4 m de profondeur et 1,30 m de large, situé sur un site abandonné depuis le 3e siècle, une trentaine de cadavres. Des femmes, des hommes, des enfants qui semblent avoir été jetés là entre le 8e et le 10e siècle. Peste ? Attaques de Vikings ? Guerre entre Charles le Chauve et Louis le Pieux lors de la chute de l’Empire Carolingien… avis aux amateurs de Cold Case historique : toute la lumière reste à faire…

Bal tragique à Decize. Un mort…

Le 15 octobre 1893, les habitants du Faubourg Saint-Privé de Decize organisent un grand bal en hommage aux marins russes qui doivent arriver à Paris pour célébrer l’alliance Franco-Russe (qui donnera l’idée à Louis Cornillot de créer une marque de confiserie bien connue des plus de 40 ans…). Cet élan de patriotisme est aussi l’occasion de faire la fête. Onze ans plus tard, c’est lors de ce bal qu’Albert Dubuisson, charpentier originaire de l’Oise et venu travailler sur le pont de Decize, entame la conversation sur “Le Scandale” (nom donné au scandale de Panama). Viré du bal, il revient, tire au hasard dans la foule et tue un apprenti mécanicien de 16 ans, Morin, qui, manque de bol, était son ami.

Anna Dondon

C’était… la bande à Bonnot

Née à Decize en 1884, Anna Dondon que l’on décrit comme une « petite brunette aux cheveux de jais plaqués sur un front sévère, au regard hardi, à l’allure décidée » est morte en 1979. Entre ces deux dates, 95 ans d’une vie de libertaire et d’anarchiste qui la conduisent en prison en 1905 pour trafic de fausse monnaie puis l’entraîne dans le sillage de la Bande à Bonnot. Maîtresse de René Valet (né en 1890 et abattu par la police en 1912), elle abandonne Bonnot et Valet juste avant qu’ils ne soient traqués par les célèbres Brigades du Tigre.

Jean Marboeuf

Un petit Chabrol version nivernaise

Réalisateur et scénariste, c’est à La Charité-sur-Loire que Jean Marboeuf tourne en 1979, La ville des silences, avec pour acteurs principaux Jean-Pierre Cassel,  Jean-Marc Thibault, Michel Galabru et Michel Duchaussoy. L’histoire d’un policier enquêtant sur une série de meurtres et se retrouvant face à l’omerta charitoise…

Didier Fossey, Flic ou voyou

Didier Fossey n’est pas à proprement parler un Nivernais. En fait il n’y est pas né, n’a vécu que quelques temps à Dompierre-sur-Héry (devenue une commune déléguée de Beaulieu) mais a eu le temps de s’inspirer de son séjour nivernais. L’auteur de Congés mortels (éditions Flamant Noir) résume la Nièvre du Polar en plaçant au coeur de Corbigny, en 1936, l’histoire de Paul Perrin, alias « Le Bredin », un tueur en série sauvé par le gong… celui de la mobilisation. Fossey, homme suspect. Après avoir été serveur sur le paquebot le France, il est devenu restaurateur puis, à 30 ans, décide d’intégrer la BAC du 13e arrondissement de Paris avant de faire une carrière très remarquée comme auteur de polars.