Effroi chez les quadras : des dictateurs vivent sous leurs toits. Problème : ces despotes, ce sont leurs propres enfants, la chair de leur chair et, ben oui, le fruit de leur éducation… Des enfants-meubles à « l’enfant-roi » des années 60/80 aux actuels enfants-tyrans des sociétés occidentales, y’a eu comme un bug dans l’histoire. Ce mois-ci Koikispass retrousse ses manches et se penche sur nos chères têtes blondes pour voir comment elles (dys)fonctionnent. Attention, révolution !

Vous vous êtes engueulés avec vos potes, votre conjoint, votre ex ? 99 % du temps, les coupables, ce sont les gosses. Les siens. Ceux des autres. Ceux de « l’autre », dans le cas des familles recomposées, pas toujours conjuguées au plus-que-parfait… Enfin les gosses… c’est vite dit. Parce que des gamins ce sont aussi leurs parents. Vous, moi, vos potes, votre conjoint, votre ex… et vos propres parents, sans aller trop loin dans l’arbre généalogique… Mince.

Mais Koikissépassé ??

Au moyen-âge, c’est plutôt l’enfant meuble

Du Moyen-Age jusqu’en gros le XVIIIe siècle, c’était simple : l’enfant est comme un meuble ou un cheval : une force de travail sans droit, sinon celui de bosser sans rechigner (chez les pauvres) et reproduire les stéréotypes des adultes (chez les riches). 

 Relisez la comtesse de Ségur et Dickens. Question châtiment corporel, l’égalité règne : le pauvre Oliver Twist se prend des torgnoles au même titre que la malheureuse Sophie, fils de rien ou fille de noble c’est kif-kif ou plutôt pif-paf. Au long du XIXe siècle, l’éducation devient progressivement obligatoire pour tous les enfants mais disons pour la faire courte que jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, ils ne sont pas exactement la préoccupation n°1 des sociétés en reconstruction. 

En 1959 pourtant, la Déclaration universelle des droits de l’enfant vient inscrire ceux-ci dans le corpus juridique. Il faudra attendre 1989 pour que soit édictée la Convention internationale des droits de l’enfant (ratifiée par la France l’année suivante).

Et l’enfant-roi dans tout ça ?

le baby boom va tout faire exploser !

Les baby-boomers, nés juste après la guerre, seront parents à leur tour dans les années 70/80. Dans l’intervalle, ils atomisent une société patriarcale jugée archaïque, belliqueuse et liberticide.

 C’est pour eux qu’une culture jeune a été inventée avec sa musique, ses codes vestimentaires, son langage et le fossé des générations. Ce sont eux qui ont milité contre les guerres, fait la peace révolution et inventé le slogan « interdit d’interdire »…
ce sont aussi eux qui ont (mal) lu Françoise Dolto, qu’on accuse aujourd’hui d’être responsable de l’avènement des « enfants-rois ».
Pédiatre dans les années 60, elle a vu défiler des enfants brisés par des éducations coercitives, voire violentes, niant jusqu’à leur douleur. En disant que ces jeunes êtres avaient eux aussi des droits, a-t-elle retiré aux parents leur rôle éducatif de « poseurs de limites » ? Sûrement pas. « On confond le fait qu’elle soit contemporaine de mai 68, qui dit « il est interdit d’interdire » – chose qu’elle n’aurait jamais permise – avec ses idées », insistait la pédiatre Edwige Antier dans un entretien à l’Express en 2008.

Ajoutons à cela qu’avant la contraception, l’enfant arrivait sans être annoncé. Maintenant, c’est plutôt à la carte ! « On décide de tout. De la date, bientôt, peut-être, du sexe, on attend le prince. L’enfant est un prolongement de moi, un petit moi, il me valorise, c’est toute ma vie », explique le psychologue-clinicien Didier Pleux. Avec un tel cahier des charges sur la tête, l’enfant n’a plus qu’à bien se tenir… ou pas. Et les parents itou. On fait le tour de quelques points épineux ?

Tu vas en prendre une…

êtes-vous pour la fessée ? 

Imaginez un patron balaise frappant un subalterne gringalet parce que son comportement lui déplaît ( = remet en cause son autorité). Scandaleux, non ? Et pourtant c’est exactement ce qui se passe quand un parent excédé colle une fessée à un enfant. Ah, la fessée… y’a les Pour, avec des arguments qui tournent en boucle. C’est cadeau :

« J’en ai pris étant petit, ça m’a pas tué »

« Des fois, y’a plus que ça qu’il comprenne »

« Une fessée, c’est pas de la maltraitance »

« C’est mon problème la façon dont j’éduque mes gosses »

« Je préfère lui en mettre une maintenant pour pas qu’il me frappe quand il sera ado » (entendu à une terrasse de café)

… Ou pas

ou contre la fessée ? 

La pédiatre Edwige Antier, auteur de « L’autorité sans fessées » a aussi plein d’arguments Contre la fessée:

– « La Suède qui a légiféré depuis 30 ans sur les châtiments corporels a vu a délinquance s’effondrer » : apprendre à un enfant qu’on ne tape pas c’est limiter la violence quand il devient adulte. Danemark, Espagne, Portugal, Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Norvège, Finlande, Islande, Lettonie, Ukraine, Roumanie, Croatie, Hongrie, Bulgarie et Grèce l’ont compris aussi…

– « La fessée c’est la Madeleine de Proust des adultes : ils pensent qu’ils sont devenus des bonnes personnes parce qu’ils ont reçu des fessées et leur cerveau intègre (des études scientifiques ont prouvé que des coups, même jugés bénins par les parents, altèrent les fonctions cognitives) qu’ils l’ont bien mérité ». L’idée de la fessée c’est donc de faire des enfants des adultes soumis ?

– « L’autorité par la peur cela n’empêche pas les bêtises mais pousse les enfants à la dissimuler ». L’idée c’est aussi d’en faire des menteurs ?

Pour consoler les fesseurs, apprenez néanmoins que vous êtes toujours dans votre bon droit : si la fessée a bien failli être interdite en France (article 22 du projet de loi égalité adopté le 22 décembre 2016 à l’Assemblée nationale), celui-ci a été censuré le 26 janvier 2017 par le Conseil constitutionnel le jugeant sans rapport avec la loi. Y’a des claques qui se perdent !

Va te coucher !

on avait dit « sans les gosses » 

23 h, fin du dîner qui va bien, on va enchaîner sur le rhum ambré et le monde à refaire… Sauf qu’on avait dit « sans les gosses » et ça, vos potes ont pas intégré. Ils se sont à peu près tenus pendant le repas mais la dernière miette avalée, les voilà en free style à bien vous les casser, en s’imposant dans les polémiques à la con comme seuls vous et vos vieux poteaux savent en inventer… stop !

Soyez le vieux con de service et envoyez-les de force au lit. Ils rechignent ? Devenez graveleux en racontant avec plein de détails dégueu comment ils ont été conçus (un accident de cuite, ils ont été finis au vomi). Normalement ils fuiront d’eux-même. Vos potes aussi, s’ils manquent d’humour.

Décolle-toi de cet écran !

Instaurez la semaine de détox digitale

Les écrans, c’est comme une nounou : ça occupe les gamins (sauf que ça coûte moins cher en chèque emploi-service). Commencez à bien les décérébrer à partir de 18 mois avec des tablettes « éducatives » qui font des selfies, normalement à 10 ans, ils seront mûrs pour Hanouna. Et deviendront de gentils consommateurs du dernier smartphone, de Facebook, Twitter et Instagram, avec des rêves de téléréalité, de seins bonnets E et d’électro-encéphalogramme plat. Pour échapper à ce triste destin (qui vous guette aussi, parents accro aux écrans), un seul mot d’ordre : dé-co-nnec-tez-vous !

Instaurez une fois par mois une semaine de détox digitale : passé la porte de la maison, on pose tous les portables dans une corbeille, on éteint la télé et on ressort des trucs de l’ancien monde : 

  • des jeux de société. A vous le Uno, le Time’s Up (on fait deviner des célébrités avec un mot ou en mimant), le Loup-Garou (avec un meneur de jeu qui invente une histoire et des personnages à incarner, carton plein chez les 8/12 ans) voire pour les plus vintage les Dames ou les Petits Chevaux…
  • la cuisine en commun (et la vaisselle aussi), pour se passer les recettes de famille (n’hésitez pas à en rajouter sur « la fameuse blanquette de Mamie »)
  • une balade à vélo, du sport…

Evidemment, ça risque de couiner un peu au début mais sur ce coup-là faut pas faiblir ni parlementer. Ecoutez plutôt Aldo Naouri, pédiatre : « Si vous élevez vos enfants en démocrates, vous avez de fortes chances d’en faire plus tard des fascistes alors que si vous les élevez de manière plus ou moins fasciste, vous en ferez à coup sûr des démocrates ». T’as compris Louis ? Fais péter les dés, je vais t’en coller une au Monopoly.

 Le club des 5 erreurs

A ne pas commettre sous peine d’engendrer des monstres

Didier Pleux a rassemblé sous l’appellation 5S les fondamentaux d’une éducation foireuse.

  • Surconsommation : No limit sur les jouets, les vêtements, le dernier Iphone
  • Survalorisation : engluez-le de « ma princesse » « mon roi » « mon amour »
  • Surstimulation : Thibaut, trois ans, piano, baby-cirque avec maman, baby-poney avec Papa, sait compter jusqu’à 20 et écrire son nom avant d’entrer en maternelle. Faudrait pas qu’il s’ennuie ou pire qu’il ressemble aux mômes de son âge

 

  • Surprotection : c’est toujours l’autre qui a tort (son camarade, sa maîtresse, l’enfant du voisin)
  • Surcommunication : tout doit être expliqué (oui mon chéri, maman s’est fâchée, mais c’est parce que maman est fatiguée)

Futurs parents et joueurs ? Défi ! Suivez les 5S à la lettre et vous engendrerez :

des merdeuses frustrées immatures à vie en quête du prince charmant (= papa)

des crétins arrogants qui épouseront des femmes soumises et béates (= maman)

Mais alors, on fait quoi ?

Du mieux qu’on peut ma bonne dame !

Avec les Préceptes éducatifs Koikispass, vous pourrez faire face à toutes les situations en fournissant à votre entourage des explications et solutions pas forcément toutes foireuses…

Symptôme : Ment comme un arracheur de dents

Explication : « Il a tellement d’imagination ! »

Solution : Un avenir dans la politique

Symptôme : Répond systématiquement « Je sais » avec un air blasé

Explication : « C’est un génie ! »

Solution : Faire pareil. Exemple : « Maman, j’ai plus rien de propre dans mon armoire ! » Répondre : « Je sais » et passer à autre chose. A force, ça devrait faire son chemin

Symptôme : Enfant turbulent, grossier, impoli

Explication : « Théo n’est pas chiant, il est hyperactif »

Solution : Un grand verre de lait-vodka

Symptôme : Fait des crises dans les supermarchés pour avoir bonbons, jouets

Explication : « Ils font tout pour tenter les gosses, c’est nul cette société de surconsommation »

Solution : Faites-le garder pendant les courses !

Symptôme : Se nourrirait de pâtes et patates à tous les repas, n’accepte que le steak haché, le poulet en nuggets et le poisson carré avec des yeux dans les coins.

Explication : « Depuis qu’il mange à la cantine il est devenu difficile ! »

Solution : Ruser. Pommes de terre + courgettes = purée insoupçonnable. Idem avec patates + céleri-rave en gratin. Chou-fleur taillé en tranche, blanchi à l’eau bouillante quelques minutes. Une fois refroidi, le passer rapidement dans un œuf battu puis de la chapelure, cuire à la poêle = un pané de ce que vous voudrez. Le goût, ça s’apprend. Voyez le nombre d’adultes qui se gavent de McDo

Pour finir…

et vous, vous faites comment avec le vôtre ?

Evidemment, il y a de quoi décourager les futurs parents. Si vous avez peur de ne pas y arriver un dernier conseil : rendez hommage à Simone Veil et courez avorter, c’est légal. Sinon, armez-vous de patience et de Lexomil, attendez qu’ils sachent lire et collez négligeamment un sticker « Enfant à bord » sur le congélateur.

PS : En toute dernière limite, un visionnage en famille de Shining : « Danny ! Danny Boy ! » Vous devriez avoir la paix jusqu’à leur majorité !