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« Les départements ruraux disposent de nombreuses ressources naturelles qui ne sont hélas pas prises en compte par les indicateurs d’attractivité »

Daniel Barbier est maire de La Machine et président de l’Amicale des maires de la Nièvre / Photo par Clément Millot pour Koikispass
Daniel Barbier est maire de La Machine et président de l’Amicale des maires de la Nièvre / Photo par Clément Millot pour Koikispass

Élu depuis 1989, Daniel Barbier, maire de La Machine et président de l’Amicale des maires de la Nièvre, défend une autre vision de la ruralité et plaide pour que les indicateurs d’attractivité soient revus afin de permettre une meilleure redistribution des aides publiques. 

Avec “Parole de décideur-euse : Les voix qui montrent la voie”, Koikispass donne la parole aux décideurs et aux décideuses qui nous font voir la Nièvre autrement

Quel est votre parcours ?

Daniel Barbier : Je suis né dans la Nièvre en 1964 et j’ai vécu toute mon enfance à Thianges, à côté de La Machine. Mes parents étaient agriculteurs, ce qui m’a naturellement conduit vers des études dans le domaine de l’agriculture pour ensuite devenir formateur et directeur du centre de formation d’apprentis du lycée agricole de Magny-Cours. En parallèle, j’ai été élu maire de Thianges à 24 ans en 1989. À l’époque, j’étais le deuxième plus jeune maire de France. J’avais envie de changer les choses de l’intérieur. Le programme de notre liste, montée avec des amis, c’était l’école. La classe unique du village était menacée de disparition. J’ai été réélu en 1995 et je suis devenu conseiller général en 1998. Encore aujourd’hui, je siège au Conseil départemental en tant que vice-président chargé des finances. Enfin, depuis 2001, je suis maire de La Machine et depuis 2011, j’anime à titre bénévole l’Union amicale des maires dont toutes les communes de la Nièvre font partie.

Quel rôle jouent les communes dans un département rural comme la Nièvre, sachant qu’elles sont 309 dont seulement 12 de plus de 3 000 habitants ? 

De par leur proximité avec les habitants, elles occupent une place centrale dans le maintien du lien social. Elles peuvent s’appuyer pour cela sur le dévouement des 3 500 élus municipaux nivernais, pour la plupart bénévoles. À La Machine, tout comme nous l’avions fait à Thianges, l’équipe municipale est mobilisée en faveur de l’école, notamment à travers les activités périscolaires. Nous sommes persuadés que le plus beau voyage que l’on puisse offrir à quelqu’un, c’est son épanouissement. Or, nos enfants dans les territoires ruraux peuvent nourrir le sentiment que leur destinée est empêchée. Et ça, c’est terrible ! Raison pour laquelle il faut faire preuve d’une volonté politique forte à l’échelon local pour ne pas se laisser gagner par la résignation et promouvoir l’émancipation. Ceci tout en étant fier de la ruralité qui est l’un des piliers de notre identité collective.

Justement, on entend souvent que le politique n’a plus le pouvoir d’agir…

En tant qu’élus, nous sommes les dépositaires des aspirations de nos concitoyens. Cependant, nous ne pouvons pas tout faire. C’est pourquoi à La Machine nous travaillons main dans la main avec les associations que nous soutenons aussi bien moralement que financièrement. Nous consacrons 83 euros par habitant alors que la moyenne en France est de 39 euros pour les communes de même taille.

Quelles sont les difficultés auxquelles les maires du département sont le plus confrontés ?

Les maires sont sans arrêt sollicités. Cela peut être aussi bien pour un chien errant que suite à un incendie pour lequel il faut trouver une solution de logement pour des gens qui ne peuvent pas aller à l’hôtel en raison de leurs chiens. Un jour, un habitant est même venu me trouver pour me confier la liste de ceux qu’il voulait que j’invite le jour de ses funérailles. Je reçois également des demandes pour trouver des rendez-vous chez le dentiste ou le médecin. À cette multiplicité de situations s’ajoute l’inflation normative qui accroît inutilement la complexité de l’action publique. Même si les normes sont aussi là pour nous protéger. J’ai déjà comparu au tribunal administratif pour une dame victime d’une chute en sortant de la salle des fêtes. Elle reprochait à l’escalier d’être dangereux. Il s’est avéré qu’il respectait bien les normes. Elle a donc été déboutée. Par contre la commune a été condamnée après qu’un homme a glissé sur une crotte de chien. Nous n’avons pas réussi à prouver que l’entretien était régulier et nous avons dû nous acquitter de 4 500 euros. En tant que maire, nous sommes confrontés à une grande quantité de risques que parfois on ne suspecte même pas.

On évoque fréquemment les difficultés des départements ruraux comme la Nièvre. Mais quels sont leurs atouts d’après vous ? 

Les départements ruraux disposent de nombreuses ressources naturelles qui ne sont hélas pas prises en compte par les indicateurs d’attractivité. C’est pourquoi on parle encore aujourd’hui de tiers monde rural. L’approche statistique de l’Insee donne une vision tronquée des territoires ruraux et véhicule une idée de vide qui influence la pensée politique et se transmet dans l’opinion publique. Pourtant, la ruralité possède de grandes richesses comme l’eau, la forêt ou les terres agricoles qui fournissent une matière première capitale pour les villes. Le problème, c’est que la plus-value que l’on tire de cette matière première profite davantage aux zones urbaines. Il est donc essentiel que l’on réfléchisse à la manière de les faire participer à la gestion des ressources. Il faut parvenir à instituer une solidarité énergétique car les campagnes n’ont pas vocation à demeurer le territoire servant des villes. Et pour cela, il est crucial que l’économie suive. L’emploi n’est pas dans les campagnes. C’est pourquoi de nombreux jeunes s’en vont une fois leur scolarité achevée. Comment les retenir tout en attirant des nouveaux actifs ? Je n’ai pas la solution. En revanche, la qualité et les valeurs de solidarité sont, elles, bien présentes.

D’où la nécessité de repenser la façon dont on perçoit l’attractivité des territoires ruraux…

Absolument ! Par exemple, les gens qui télétravaillent deux à trois jours dans le Morvan ne sont pas recensés par l’Insee. Le chiffre de la population est donc erroné. Ce qui a des conséquences sur la dotation globale de fonctionnement distribuée par l’Etat aux collectivités et qui est calculée sur la base du nombre d’habitants. L’argent public n’est pas redistribué à l’aune de ce qu’il devrait. À l’heure actuelle, un urbain continue de valoir deux ruraux. La dotation globale de fonctionnement versée aux villes est deux fois plus importante que celle que touchent les campagnes.

Face à toutes les dépenses auxquelles une commune doit faire face, le temps des habitants constitue-t-il un gisement à mobiliser, notamment pour l’entretien des espaces communs ? Ne serait-ce pas en outre une manière de faire du bien commun une occasion de tisser des liens ?

Le temps est toujours compté pour tout le monde et il faut essayer de l’employer intelligemment. Pour mobiliser l’énergie collective, il est important de pouvoir se reposer sur un chef d’orchestre. C’est un rôle qui convient parfaitement aux communes. En mars dernier à La Machine, l’opération citoyenne « J’aime la nature propre » a réuni 32 participants et a permis de ramasser 29 m3 de déchets dans les bois. Au-delà de l’utilité d’une telle collecte pour l’environnement, cela s’est révélé l’occasion de se rencontrer autour d’un verre offert par la commune. Tant et si bien que l’idée a été émise de recommencer dès cet été. Même si ce type d’action collective ne sera jamais suffisant pour régler tous les problèmes que doit affronter une commune, cela y contribue tout en luttant contre la montée des individualismes.  

Propos recueillis par Renaud Charles

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