Comme dirait ma fille, Marc Lagrange est passé à deux doigts de la gynécologie (le métier de son épouse) puisqu’il est chirurgien-proctologue à l’hôpital de Nevers : « Nous sommes voisins de palier ! ». Ce Bailli de Pouilly est aussi un amateur de la langue : contrepèteur hors pair, il est aussi spécialiste des mots du vin auxquels il a consacré plusieurs ouvrages et colloques à travers le monde.

Les débuts

C’est lors de mon internat de médecine que j’ai rencontré mon épouse et la cave de son père. J’avais tous les gênes qu’il fallait pour devenir un amateur de vin : je suis gourmet, gastronome et gros ! Dans les années 80, Robert Millot, le négociant de Nevers, m’a demandé de reprendre les Baillis de Pouilly. C’est là que j’ai écrit mon premier livre sur le vocabulaire oenologique, Paroles de vin. Depuis il a été enrichi et j’ai écrit des ouvrages plus spécialisés : Le vin et la mer, Le vin et l’histoire, Le vin et la médecine, Le vin et l’érotisme…

Conflit d’intérêt entre médecine et vin ?

Le vin était utilisé pour soigner… ou pour tuer ! Dans les écoles des années 20, on préconisait même un verre de vin aux enfants de la cantine. A d’autres époques, les poisons y étaient dissous. C’est de là que vient l’habitude de trinquer : au cas où l’autre en face ait de mauvaises intentions… Ce que je promeus, ce n’est pas la consommation de vin, mais l’art de la dégustation, la modération, le goût avant le plaisir, le plaisir partagé et la culture de la fête qui est associée au vin. C’est une alchimie entre le produit, l’instant et les gens. Ce n’est pas de la publicité mais de la pédagogie du bien-être

Plutôt rouge, blanc ou rosé ?

Blanc ! C’est là que l’on trouve la plus grande variété aromatique. Aucun blanc ne se ressemble. Le pouilly-fumé se différencie du sancerre ou encore plus des alsaciens ou des jurassiens. Le rosé, c’est le vin de la soif. Sur les bateaux de croisière, dès qu’ils ont des passagers français, les économes font le plein de rosé. C’est le vin bien franchouillard. Le seul d’ailleurs pour lequel on fasse encore de la publicité ! Le rouge est plus subtil.

Bourgogne ou Bordeaux ?

Le Bourgogne c’est Les Grosses Têtes. Le Bordeaux, c’est France Culture. Il y a des fois où on se fait chier.

Son Quinté

Château-Yquem,
c’est un vin sinistré, plus personne ne boit de liquoreux. Le meilleur rapport qualité/prix.
On ne le boit pas à deux. Il faut être vingt pour prendre du plaisir. Puis c’est un vin très érotique. 

Pouilly-fumé :
des arômes complexes, le sauvignon le plus typique. 

Les vins d’Alsace
un gewurztraminer sur un foie gras, c’est le bonheur !

Les jurançon, incomparables sur les arômes.

Les grands pinots :
un Clos-Vougeot, la Romanée mais on peut aussi trouver des bons vins à moins de 10 € !

Le vin était utilisé pour soigner… ou pour tuer !