UN DOSSIER DE EMMANUELLE DE JESUS ET ANTOINE GAVORY

Après le rosé des vacances qui aura probablement chloroformé vos papilles, voici la rentrée et le temps des vendanges (faut bien trouver une bonne raison de reprendre le collier…) Or en Bourgogne, il n’y a pas que les Climats de Côte-d’Or, certes nouvellement admis au rang de patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. Il y a aussi dans la Nièvre le vignoble de Pouilly, qui mérite que l’on s’y attarde…

 

LE POUILLY, C’EST OÙ ?

Le vignoble de Pouilly s’étend sur 1 335 hectares, sur la rive droite de la Loire, dans sept communes : Pouilly-sur-Loire, Tracy-sur-Loire, Saint-Andelain, Saint-Laurent-l’Abbaye, Mesves-sur-Loire, Saint-Martin-sur-Nohain et Garchy. Le cépage majeur est le sauvignon blanc (appelé localement le Blanc Fumé) qui couvre 1305 hectares et permet la production du Pouilly-Fumé et le chasselas qui couvre 30 hectares et permet la production du Pouilly-sur-Loire. Pouilly-Fumé et pouilly-sur-Loire sont des appellations d’Origine Contrôlées (AOC) depuis 1937, précise également Benoît Roumet, directeur du Bureau interprofessionnel des vins du Centre-Loire.

 

LE POUILLY, C’EST QUOI ?

«OVNI» (Objet viticole non identifié) selon le Dr Marc Lagrange, auteur de nombreux livres sur le vin et responsable des relations publiques à la Confrérie des Baillis de Pouilly, le Pouilly, bien que né sur un territoire administratif bourguignon, est très loin d’un bourgogne tel qu’on l’entend couramment.

Dans le Centre-Loire, explique Benoît Roumet, le climat et les sols donnent aux vins de la fraîcheur. Ils sont faciles d’accès et se marient très bien avec tout type de cuisine. On retrouve très souvent dans les Pouilly-Fumé des arômes de pamplemousse, d’agrumes asiatiques (yuzu), mais également des notes plus fruitées telles la pêche de vigne dans les millésimes généreux. La pierre à fusil est également présente sur les vins issus de silex pour des vins droits, qui « claquent » au palais.

Les vins de Pouilly-Fumé se boivent généralement dans les 3 ans mais de nombreuses cuvées présentent de très bons potentiels de garde. Les Pouilly-sur-Loire sont gouleyants et frais. «Ce sont des vins de soif au sens noble du terme, précise Benoît Roumet, des vins agréables, légers en alcool, parfaits avec une friture de Loire». La Cave aux arômes, dans la Tour du Pouilly-Fumé, permet d’ailleurs de saisir la complexité de ce vignoble inclassable.

Les vins de Pouilly-Fumé se boivent généralement dans les 3 ans mais de nombreuses cuvées présentent de très bons potentiels de garde.

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DU POUILLY DANS MA CAVE !

En suivant les conseils du Dr Lagrange, voici les bases d’une honnête cave de Pouilly.
Quelques bouteilles en Chasselas (Pouilly-sur-Loire) pour avoir à disposition un vin «droit, désaltérant».

En Sauvignon (Pouilly-Fumé), s’offrir des vins de propriétaires à partir de 7 à 10 euros la bouteille (les auteurs de ces lignes ont de beaux souvenirs de chez Serge Dagueneau et filles).

En cadeau, s’offrir une cuvée plus onéreuse mais qui éveille à l’émotion et avec laquelle «on se fait plaisir» : pourquoi pas des flacons du Château de Tracy… ou, si l’on a les moyens et l’envie, une bouteille de chez Didier Dagueneau dont le fils perpétue le travail exceptionnel.

A table, le pouilly-fumé s’accordera avec une tête de veau, des fruits de mer ou du foie gras. Les amateurs le recommandent aussi avec un plateau de fromages.

Sachez enfin pour conclure que la Nièvre compte d’autres vins :

Coteaux du Giennois; Côtes de la Charité; Coteaux de Tannay (IGP), dont les premières mentions remontent au XIIIème siècle. Enfin, le vignoble de Riousse (IGP Val de Loire), autour de Livry.

DES INFOS EN +
www.vins-centre-loire.com
www.pouillysurloire.fr

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UN TERROIR COMPLEXE

Le Pouilly, comme tout vin, tire ses spécificités de son sol. Et là, place au spécialiste, Benoît Roumet : « Les terrains les plus anciens appartiennent au Jurassique et sont vieux d’environ 160 millions d’années. Ce sont des dépôts marins calcaires au sein desquels des fossiles (restes d’organismes, débris de coquilles) témoignent de la vie passée.

A la fin du crétacé, la région est soumise à une puissante phase érosive. Les dépôts calcaires se dissolvent partiellement, abandonnant les résidus plus ou moins argileux (argiles à silex). Une phase tectonique importante étire alors l’Europe Occidentale d’ouest en est créant le fossé de la Loire. De nombreuses failles de direction nord-ouest apparaissent en même temps et sculptent le relief accidenté actuel.

On peut finalement distinguer sur l’aire du vignoble 4 types de sol bien différents : calcaires de Villers de l’Oxfordien (caillottes); marnes à petites huîtres du Kimméridgien (terres blanches); calcaires du Barrois du Portlandien (caillottes) et argiles à silex du crétacé (silex).  »

Cette phase un peu technique vous permettra de briller en société et pourquoi pas d’être un jour digne de rejoindre la cohorte des Baillis de Pouilly !

 

LES BAILLIS DE POUILLY

Comme tout vignoble qui se respecte en Bourgogne, le Pouilly possède sa confrérie bachique : les « Baillis de Pouilly ». Née en 1949 et relancée dans les années 80, elle a pour but « de défendre et vanter en tous lieux les mérites des vins de Pouilly« . Depuis le début des années 90, elle se veut, selon le Dr Lagrange qui est en charge des Relations Publiques, « une petite soeur du Tastevin », la prestigieuse confrérie des vins de Bourgogne sise au Château du Clos de Vougeot.

Les Baillis se présentent « en longues tenues noires et jaunes parées d’un pendentif en faïence de Nevers, sinople fendu d’une Loire d’azur barrée d’or
avec un flacon de Pouilly et armes de la ville. Leur couvre-chef noir s’orne d’un lambrequin ». Leur devise est « Eau nous divise, vin nous unit » : ce clin d’oeil au vignoble voisin de Sancerre de l’autre côté de la Loire rappelle aussi que la convivialité se fait plus facilement devant un verre de vin qu’une carafe d’eau plate… Une autre est « Qui Pouilly boit jamais femme ne déçoit » ce qui laisse supposer les propriétés sensuelles dudit. Saint-Priape, priez pour ces pauvres pécheurs !
En janvier, la Confrérie organise son chapitre de la Saint-Vincent, saintpatron des vignerons. La statue, gardée chaque année par un viticulteur différent, possède la particularité d’être hérissée de capsules : depuis 1958 en effet, un vigneron de Pouilly marque l’arrivée de Saint-Vincent pour une année en son chai en fichant dans la statue de bois une médaille nominative et millésimée lors de la « cérémonie du clou ».
Après la messe de la Saint-Vincent, les Baillis ainsi que les aspirants se retrouvent à la salle des fêtes de Pouilly (tenue de soirée et smoking de rigueur) pour un repas où les vins de Pouilly sont à l’honneur puisque sont servis dans l’ordre : un Chasselas, deux Sauvignons de Pouilly-sur-Loire dont une cuvée spéciale, avant deux vins rouges hors Nièvre et un vin de dessert. Une vingtaine d’intronisations a lieu chaque année, lors desquelles les impétrants ont droit à un discours ad hoc servi par Marc Lagrange, ami de la langue française et fanatique de contrepèteries (dont il émaille par ailleurs toutes ses conversations, mieux vaut avoir l’esprit agile et savoir qu’une contrepèterie est toujours coquine pour le suivre). Parmi ses membres, la confrérie compte par exemple Dominique Loiseau, Guy Roux…

Confrérie-Des-Baillys-de-Pouilly

 

Parmi les personnalités à venir lors du prochain chapitre de la Saint-Vincent on annonce Aubert de Villaine, le maître de la Romanée-Conti et chef de
file du combat (gagné) pour la reconnaissance des Climats au titre de Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. Un bel hommage fait aux vins de Pouilly ! Notons à ce titre que Vincent Barbier, Grand Maître de la confrérie du Tastevin – sans doute la plus fameuse ambassadrice des vins de Bourgogne dans le monde avec ses 12 000 membres internationaux ( !) – est lui-même bailli. Comme quoi le pouilly n’a vraiment pas à rougir !
A ce jour, les Baillis de Pouilly ont une Grande Baillive, Valérie Dagueneau, viticultrice à Saint-Andelain. Le secrétaire en est Yves Marchand, et l’on
compte parmi son conseil (et parés de divers titres et charges) : Francis et Gilles Blanchet, Patrick Coulbois, Nicolas Gaudry, Philippe Amon… Autant de bonnes adresses pour trouver du bon pouilly… à consommer avec la modération qui s’impose à un véritable épicurien évidemment !

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