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Quand la Charité-sur-Loire accueillait des hydravions

La Charité-sur-Loire : escale d’hydravions (1931 – avion et transports) | © Archives Départementales

Avec l’invention de l’hydravion par l’ingénieur français Henri Fabre en 1910, la ministère de la Marine décide au début des années 20 de développer ce mode de transport sur tout le territoire. Ses avantages sont nombreux : la France possède les plus longues côtes d’Europe, le plus grand fleuve sauvage (la Loire !), peu d’aéroports ou quelques-uns engazonnés. L’hydravion apparaît donc comme une solution miracle. En 1925, le Ministère de la Marine choisit d’installer une hydrobase à La Charite-sur-Loire, surnommée « L’escale ». Selon la légende, la ville fut choisie parce qu’un employé du Ministère était originaire de la cité clunisienne et qu’il bénéficia à ce titre d’un passe-droit : on appellerait ça aujourd’hui un délit de favoritisme. On peut aussi penser que c’est parce que La Charité-sur-Loire vit naître en 1776 Jean-Guillaume, baron Hyde de Neuville, ministre de la Marine de Charles X.  L’hebdomadaire Les Ailes du 28 mars 1929 donne, lui une autre explication dans un article dénonçant l’inaction de l’État à développer l’hydravion « parent pauvre de l’aéronautique » : « Une base a bien été créée à La Charité mais c’est exclusivement
à l’initiative privée qu’on la doit ».

Décollage raté

Inaugurée en mai 1928, la base verra en 14 ans, 94 « afleuvissages ». Hormis un avion rempli de pièces d’or arrivé des États-Unis et en partance vers l’Europe dont on ne sut jamais la destination, les hydravions qui se « posaient » à La Charité-sur-Loire étaient principalement utilisés pour des baptêmes de l’air, ou des meetings aériens. Les 11, 12 et 13 août 1929 eurent d’ailleurs lieu les « Fêtes aéronautiques et nautiques » de La Charité-sur-Loire données à l’occasion de l’inauguration d’un bâtiment « pour les besoins de l’escale » qui réunirent pêle-mêle une course entre La Charité et La Marche, des baptêmes de l’air, des sauts en parachutes et des concerts de la fanfare de Tannay et de la philharmonique. 

Des moines pas très catholiques

Si on ne sait pas vraiment pourquoi cette escale fut finalement construite sinon pour attirer quelques touristes qui se pressaient à La Charité-sur-Loire, elle inspira les moines de Fontmorigny, pourtant fervents catholiques. A défaut de fromage ou de vin, les moines se mirent à vendre de l’huile de ricin et du gazoline en arrondissant parfois les quantités à 10 ou 15 litres près (la part du pauvre ?) en moins… Après quelques pannes en hauteur, l’affaire se régla et la compagnie Shell reprit l’approvisionnement en carburant et Yacco en huile moteur.

Finalement, les flots de la Loire, réputés indomptables et ayant entraîné quelques chavirements et « afleuvissages » difficiles, l’évolution de l’aviation qui démontra la suprématie de l’avion terrestre sur l’hydravion et l’arrivée de la Seconde Guerre-Mondiale eurent raison de cet aéroport charitois hors du commun. En 1939, l’activité de transport – qui n’avait jamais vraiment commencé – prit fin et la Loire vit disparaître ses pilotes comme elle avait vu partir ses mariniers… 

Pour en savoir plus :

Robert Sauvagnat, Camosine n° 96 / 1999

Les Ailes, hebdomadaire, n° 424 du 1er août 1929

www.anciens-aerodromes.com
Carnets de Richard Crozet

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