Ah ma p’tite dame, c’était mieux avant ? Avis aux nostalgiques et aux réac, une fois encore, Koikispass vous emmène dans la Nièvre d’hier. A l’époque où quand un photographe se pointait, tout le monde sortait sur son perron, pour s’immortaliser : le selfie selon Mémé. Alors pour savoir si c’était vraiment mieux avant, on est allés voir…

Tous nos remerciements à JM Linsolas, directeur des Archives départementales de la Nièvre.

Nevers, le garage Decelle

Concessionnaire aventurier

Créé au tout début du 20e siècle par Alfred Decelle, le garage fut d’abord concessionnaire Rolland-Pilain, une marque française fondée en 1906 et qui battit des records internationaux (vitesse, 24h du Mans…). En plus de l’activité de garage, il avait également ouvert une école de chauffeurs – l’ancêtre des auto-écoles – et distribuait de l’essence de la marque Moto-Naphta, raffinée dans la Meurthe. La France comptait alors 23 raffineries et 23 marques…

Après la faillite de Rolland-Pilain, il distribue des voitures de la marque Brasier (1902-1930), puis Hotchkiss, Citroën et enfin Simca dans les années 1950 et déménage sur la Nationale 7… Le garage deviendra Renault… On aurait pu se dire qu’après deux marques inconnues, les Decelle avaient le goût de la provocation (allez on vous en fait une : pourquoi y a t-il des lunettes chauffantes à l’arrière des Renault ? Pour qu’on ait moins froid aux mains quand il faudra la pousser) mais non, Decelle fut racheté par Simonneau à la fin des années 90 et existe toujours…

Salle de la Chaussade, Cosne/loire

De la marine à la marinade…

Pendant plus de deux siècles, la salle de la Chaussade fit partie du complexe industriel des forges de Babaud de la Chaussade devenue Royales en 1781 qui fabriquaient les matériaux pour la marine royale : ancres, canons, mousquets… utilisant la Loire pour le transport et le Nohain pour l’énergie. Avec l’avènement du Chemin de fer, le transport fluvial n’est plus compétitif et l’activité est transférée à Guérigny en 1872. La cordonnerie de la Chaussade ouvre alors ses portes puis laisse la place à une câblerie dans les années 1960-1970. En 1987 le site devient une friche puis la ville de Cosne-sur-Loire, à la fin des années 1990 la transforme en salle des fêtes inaugurée en 2001, après plusieurs travaux architecturaux, notamment le remplacement des toits de type sheds par une toiture conique. La Salle de la Chaussade est aujourd’hui devenue un restaurant.

Pouilly/Loire

Ethylotest grandeur nature

Jusque dans les années 90 et la construction de l’autoroute A77, Pouilly-sur-Loire était un passage obligé sur la route des vacances. Du temps de sa splendeur et des premiers congés payés, elle était même la première étape sur la mythique nationale 7 (il fallait alors une demi-journée pour venir de Paris). Avec cet essor des loisirs, de nombreux restaurants, bistrots, stations-service ont ouvert leurs portes pour accueillir des vacanciers qui pouvaient aussi découvrir les célèbres vins, cultivés depuis le 8e siècle car à l’époque, boire ou conduire, fallait choisir le vin…

La Charité-sur-Loire

L’Hôpital ne se fout pas de La Charité

Malgré un grand programme de rénovation au début des années 2000, La Charité-sur-Loire a su conserver son cachet médiéval. Avant la construction de la déviation de la voie ferrée, la rue principale conduisait en ligne droite vers Varzy, d’où son nom, et était la rue la plus animée de la ville. Outre son prieuré clunisien, vieux de mille ans, La Charité-sur-Loire a joué un rôle important dans le domaine hospitalier. En 1807 un décret créé un « dépôt de mendicité », qui sera réservé en 1838 (loi d’asile) aux aliénés. Depuis presque 200 ans, le Centre Hospitalier Pierre Loo (du nom du Chef de service Psychiatrie qui y travailla de 1932 à 1975) s’occupe donc des maladies psychiatriques. Autres curiosités, l’actuelle poste située dans les locaux à la façade conservée des Etablissements Garceau, ou l’église Saint-Pierre qui, avant sa rénovation, accueillait, dans les années 70 un magasin de jouets.

Pougues-les-eaux

On est heureux Nationale 7

Qui n’a pas souvenir des interminables embouteillages d’été qui traversaient Pougues-les-eaux et d’avoir hurlé contre ces satanées voitures ? Si la ville fut longtemps une ville de retraités ayant axé son économie sur le thermalisme (et le jeu depuis Louis XIV, l’un ne va pas sans l’autre), Pougues était aussi un lieu de passage incontournable sur « la route des vacances qui fait d’Paris un p’tit faubourg d’Valence » et ses célèbres virages. C’est dans ces lacets redoutés de tous les nivernais, sur le bien nommé Mont-Givre que Renée Friderich, 20 ans, l’une des premières femmes pilote automobile quitta la route et alla percuter un arbre au volant de sa Delage D8S, le 22 février 1932 lors de la course Paris-Saint-Raphaël.

C’est aussi à Pougues que les sources furent exploitées jusqu’en 1971, allant jusqu’à 2,8 million de bouteilles par an dans les années 1930. Avis à la population, le Conseil Départemental a obtenu en 1999 une autorisation d’exploitation… Il ne manque qu’un entrepreneur courageux !

Clamecy

La ville qui ne veut jamais faire comme les autres

Au début du 20e siècle, Clamecy n’est déjà plus la capitale du flottage du bois. Depuis longtemps déjà, les derniers trains de bois sont partis mais la présence de la Société des Produits Chimiques de Clamecy, le plus gros employeur de la ville, a permis de conserver la population (environ 5500 en 1930). En témoignent les innombrables commerces. Outre ses artistes renommés (Claude Tillier, Romain Rolland ou Henri Bachelin), Clamecy possède deux particularités ; c’est là que de 1225 à la Révolution se réfugièrent 50 évêques de Bethléem et la ville devint donc officiellement Évêché de Bethléem. Autre anecdote, en 1851, lors de la prise du pouvoir par Napoléon III, les Clamecycois résistèrent à l’Empereur. Cette résistance, alimentée par le massacre de 43 tirailleurs en 1940 par l’armée allemande est inscrite dans l’ADN de la ville.

Donzy, la gare

Au bon temps du tortillard

La gare de Donzy rappelle que la Nièvre fut autrefois desservie par le train jusque dans ses petits villages. Donzy se situait sur la ligne Clamecy – Entrains – Cosne-sur-Loire gérée par la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée ; elle fut mise en service le 1er juin 1893 et permettait de rejoindre Nevers, ou Montargis via Cosne-sur-Loire. Au départ de Clamecy, elle desservait alors Moulot, Billy-sur-Oisy, Etais, Entrains, Ciez-Couloutre, Perroy, Donzy, Suilly, Saint-Quentin, Saint-Martin-Saint-Laurent et Cosne-sur-Loire. Lors de la nationalisation de la PLM en 1938, année de création de la SNCF, la ligne fut fermée. Donzy à une autre particularité : les résultats de ses élections ont souvent été quasiment identiques aux résultats nationaux. D’où le proverbe : si t’es pas donzois, aux urnes tu n’iras pas… à quoi ça sert ?

Decize, la place Saint-Just

Une ville en têtes

Peintres, poètes, écrivains (Marguerite Monnot qui composa l’Hymne à l’amour pour Edith Piaf), orateurs, humoriste (bonjour Krystoff Fluder!), L’Ile de Loire que Maurice Genevoix (bientôt au Panthéon) avait portée aux nues au nom de « D’cize » regorge tant d’inspiration qu’il y a de quoi en perdre la tête. C’est d’ailleurs ce que fit un Decizois le 9 thermidor qui, plus jeune élu à la Convention nationale eut le tort de soutenir Robespierre et de finir sur l’échafaud à seulement 27 ans. Son nom ? Antoine de Saint-Just : barbare sanguinaire pour les uns, il était aussi un politologue exceptionnel n’ayant cessé de vanter les mérites de l’égalité et la vertu. Decize, ville de toutes les audaces puisqu’aujourd’hui, c’est Justine Guyot, son maire qui détient le titre de plus jeune maire de France (la comparaison s’arrête là!) et de Navarre, même si personne n’a jamais su où se trouvait la Navarre.

c’est une mise en bouche…

La Nièvre c’est grand comme le monde pour qui prend le temps d’en visiter ses recoins. Pour les plus mélancoliques, une petite histoire : le 10 août 1901, deux anglaises qui se promenaient dans le parc de Versailles, près du Petit Trianon y croisèrent Marie-Antoinette à l’occasion, dirent-elles, d’un voyage dans le temps… comme quoi, rien n’est impossible à qui sait rêver !