Il l’a fait. Depuis le temps qu’il y pensait, depuis le temps qu’il connaît Génia Oboeuf, sa vie, depuis le temps qu’elle témoigne sans relâche dans les écoles, les collèges, les lycées…. Thierry Martinet a rendossé sa panoplie de documentariste pour deux épisodes consacrés à Génia.

La Résistance, une histoire de famille

Cette époque de l’Histoire de France, celle de la Seconde Guerre Mondiale, il est tombé dedans tout petit. Un héritage, une filiation. Son père, Jean-Claude Martinet, est l’auteur de l’une des premières thèses sur la Résistance : « L’histoire de l’occupation allemande et de la résistance dans le département de la Nièvre de 1940 à 1944 ». C’est dans le sillage de son paternel qu’il croise la route de Génia Oboeuf et son mari Aimé. Génia, 95 ans, est une rescapée d’Auschwitz. Avec son mari, ils s’installent dans la campagne nivernaise, à Brinon-sur-Beuvron, en 1947. Depuis cette date, ou presque, Génia va d’écoles en collèges et raconte l’indicible. Contre l’oubli, pour la mémoire des trop nombreux morts… pour rien.

Je ne pouvais garder ça pour moi

Un film pour ne jamais oublier

Parce que nul n’est éternel, mais qu’il est des mots et des maux, des histoires, notre histoire, qu’il ne faut pas oublier, Thierry a entrepris de graver dans l’image celle de Génia dans un documentaire en deux chapitres : Génia La Rouge. Une première partie, historique, truffée de faits et d’archives. À l’image, Génia raconte avec le souci des détails qui n’en sont pas l’arrivée au pouvoir des nazis, la vie sous l’occupation, les arrestations, les camps, les conditions de vie et de mort. « Ce film c’est le fruit d’une longue réflexion, précise Thierry. Les mots de Génia, sa vie et celles de tous ceux qui ont vécu cette sombre période sont notre histoire, je ne pouvais pas les garder pour moi ». Avec ses compères, Gilles Bouchicot au montage et Jean-Philippe Ehrmann à la caméra, il se lance dans l’aventure. Nous sommes en 2017. Des séquences en studio, d’autres au parc Roger Salengro, ou encore place de la Résistance, la bien nommée. Des heures de rush. « Il a fallu faire des choix ».

Dans la seconde partie, Génia parle de son arrivée dans la Nièvre, devenue sa Nièvre. Adoptée par sa terre d’adoption. Adoubée même. Elle parle de nous, ses contemporains, de cette foi inébranlable qu’elle a dans ses contemporains. « Génia se livre un peu plus, différemment. Dans le jargon, on appellerait cela des inédits ». Cerise sur le gâteau, pour Thierry et Génia, le documentaire a été mis à la disposition des enseignants sur le portail académique Bourgogne Franche-Comté. « Elle ne sait pas dire non, alors, si sa parole peut voyager sans qu’elle ne se fatigue… ».