En 2020, il avait droit à son portrait dans Libération. Spécialiste reconnu en France de l’intelligence artificielle et à la tête depuis près de 30 ans de l’entreprise DAVI The Humanizers, Pascal Arbault est aussi président du Medef de la Nièvre. Un département dont il rêve qu’on parle autrement.
Avec “Parole de décideur-euse : Les voix qui montrent la voie”, Koikispass donne la parole aux décideurs et aux décideuses qui nous font voir la Nièvre autrement
De quoi la “Nièvrose” est-elle le symptôme d’après vous ?
Pascal Arbault : J’ai fait le choix de ne jamais prononcer ce terme. Tout simplement parce que le langage est déterminant dans la façon dont on perçoit son territoire. Or, la négativité colportée par ce terme nous tire vers le bas et nous fait tourner en boucle. Je ne prétends pas occulter les difficultés. Mais je pense qu’il ne faut pas en faire une fatalité et qu’il est possible de les transformer en opportunités. Nous avons suffisamment de succès à raconter pour ne pas se laisser engloutir par une rhétorique misérabiliste. L’exemple de l’Aveyron, territoire pourtant plus enclavé que la Nièvre, est inspirant. Les Aveyronnais ont su donner à voir leur département comme un bijou. Ils en ont fait une fierté. La Nièvre dispose pour sa part d’un parc naturel, le Morvan, du deuxième canal le plus fréquenté de France, celui du Nivernais, du dernier fleuve sauvage d’Europe, la Loire, ainsi que d’un patrimoine clunisien avec entre autres La Charité. Il nous faut donc muscler notre langage car tout est dans le récit.
Le philosophe Alain affirmait « Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme de volonté ». Est-ce une pensée qui résume la vôtre ?
Je m’estime plus proche des stoïciens. Plus nous gagnerons en sérénité, plus nous gagnerons en confiance. Et cela passe notamment par notre rapport au langage et par le regard que l’on pose sur le territoire. Nous formons une communauté et si cette communauté commence à percevoir les choses autrement, alors nous aurons la force de sortir de la résignation et de l’assignation.
L’attractivité passe-t-elle aussi par une autre vision de ces territoires qui forment ce que l’on appelle la diagonale du vide ?
Plutôt que de parler de la diagonale du vide, je préfère évoquer la diagonale du calme, de l’air pur, de la beauté. Là encore, c’est une manière de transformer en opportunité ce qui est vu comme une contrainte. D’autant que dans cette diagonale du vide, on a des exemples de réussites. C’est le cas d’Elidose installée à Dun-les-Places dans le Morvan qui travaille pour de grandes marques de l’industrie pharmaceutique et qui emploie une centaine de personnes.
Considérez-vous que le cadre de vie offert par la Nièvre constitue un atout économique ?
Tout à fait. C’est une opportunité notamment pour attirer les jeunes couples qui sont à l’étroit dans les métropoles et qui se disent que c’est un cadeau qu’ils font à leurs enfants de s’offrir plus d’espace.
Quelles sont les principales difficultés auxquelles doivent faire face les chefs d’entreprise dans la Nièvre ?
L’obstacle principal, c’est la difficulté d’accès aux capitaux dans le département. Nous avons des entreprises fabuleuses mais qui auraient besoin d’investisseurs. Dans la Nièvre, nous pouvons nous appuyer sur quatre filières structurantes : l’élevage, l’industrie, avec notamment Imphy et Magny-Cours, le bois, grâce entre autres à la forêt des Bertranges, aujourd’hui deuxième plus grande chênaie de France, et enfin le tourisme qui constitue une opportunité fantastique du fait de l’essor de l’écotourisme. Malheureusement, le développement économique se concentre à l’heure actuelle sur les métropoles. C’est pourquoi nous avons besoin d’une agence de développement économique à l’échelle de la Nièvre afin de mutualiser la recherche de capitaux.
On le sait peu voire pas mais Nevers est la deuxième ville universitaire de Bourgogne derrière Dijon. Est-ce une réalité que vous cherchez à mieux faire connaître ?
Depuis maintenant plus de 20 ans, la qualité des formations proposées n’a cessé de croître dans la Nièvre. C’est une volonté de la part des élus qui s’est avérée structurante. La priorité désormais est aussi d’aider les jeunes qui sortent des radars en troisième ou à l’issue du bac. Le plus souvent, ce sont des ados dont la famille n’a pas les moyens de leur payer des études. Nous devons leur montrer qu’il existe des opportunités par le biais de l’apprentissage. Parier sur la jeunesse constitue le meilleur des investissements. Il est essentiel de veiller à ne pas brider son énergie. J’ai connu une époque sur ce territoire où l’on arrivait avec des projets et où l’on n’était pas pris au sérieux. Tout l’inverse de la philosophie du réseau Entreprendre Nièvre ou encore de l’association De la Nièvre aux grandes écoles.
Quelles sont pour vous les voix de la Nièvre à écouter absolument pour s’inspirer ?
La voix du moment c’est bien sûr celle de Sophie Adenot. Née à Cosne, elle est la deuxième femme française à se rendre dans la station spatiale internationale. Une autre voix qui me touche, c’est celle du navigateur Alain Colas. Pour moi, c’est l’aventurier par excellence. Il a monté le club de canoë de Clamecy avant de partir en Australie pour être prof, y faire la rencontre d’Eric Tabarly avec qui il a tout appris le temps d’une traversée pour au final battre le record de la Transat anglaise avant de disparaître en mer lors de la première Route du rhum. Son destin m’a profondément marqué.
Propos recueillis par Renaud Charles
Le MEDEF Nièvre en chiffres :
Fondée en 1937, cette organisation professionnelle au service des entreprises du département, de toutes tailles et tous secteurs confondus, est aujourd’hui le 1er réseau d’entreprises local et national avec 400 adhérents dans la Nièvre, dont 160 adhérents directs. Elle représente 4 000 salariés et fédère 3 fédérations adhérentes : l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie), la FBF (Fédération bancaire française) et la FFB (Fédération Française du Bâtiment). Plus d’infos sur medef-nievre.fr ou en contactant Fanny Valigny au 06 24 17 53 02







































