1682 : LE JUGEMENT D’UN PROCÈS DE SORCELLERIE DANS LE NIVERNAIS

Entre le XVe et le XVIIe siècle, des milliers de bûchers sont allumés en Europe pour anéantir sorciers et sorcières. C’est une vaste répression collective qui se met en place. Autorités, religieux et paysans les pourchassent, les arrêtent et les brûlent sans autres formes de procès. Cependant, une nivernaise, soupçonnée de sorcellerie, va connaître un autre sort.

INNOCENTE LES POUMONS PLEINS
22 octobre 1682. Louis XIV est alors Roi de France. A Saint-Père – près de Cosne-sur- Loire – Suzanne Niron, 35 ans, est accusée de sorcellerie. Pour parvenir à définir si cette jeune nivernaise est coupable, le procureur du roi et le bailli représentant le comte d’Assay vont lui faire passer l’épreuve de l’ordalie – le jugement de Dieu – ou la baignade. Pour définir si un homme ou une femme était coupable de sorcellerie, on les plongeait dans de l’eau préalablement bénite, pieds et poings liés. Les bons croyants parvenaient alors à flotter tandis que les autres coulaient, sous le poids de leurs péchés. Suzanne Niron, elle, n’aura pas cette chance. On accrocha à la jeune femme un poids. Si elle parvenait à remonter, elle était alors jugée coupable et brûlée vive. Si elle sombrait, on considérait alors qu’elle était innocente mais mourrait noyée…


AVANT L’INVENTION DU HASHTAG
Suzanne Niron n’a pas eu le bol (d’air) d’être contemporaine des hashtags et d’Alice Coffin. Depuis le XVe siècle l’Eglise accentue la chasse aux sorcières. Leurs torts ? Être des femmes. Mais comme cela ne suffit pas, on leur trouve alors tous les torts. Certains médecins jugent que « les femmes puent », si elles portent des cheveux roux – Audrey Fleurot si tu nous lis ! – , sont guérisseuses mais surtout si elles sont autonomes… Et les plus dévots sont mêmes aidés dans leur besogne par les seigneurs. Ainsi au XIVe siècle à Lantilly, la châtelaine, Dame Pernelle Grimaud fut brûlée vive pour avoir, selon la légende, « noué les aiguillettes » (nouer un cordon en déclamant une formule magique qui empêcherait un homme de consommer son mariage) à Louis II, pour le séparer de son épouse, Marguerite de France fille du roi Philippe le Long et ceci avec la complicité d’Artaud Flotte, abbé de Vézelay. Les documents d’archives ne disent rien sur la couleur de la chevelure de Suzanne Niron et il semble n’y avoir aucune trace de mariage ou de descendance, ce qui pourrait accréditer la thèse de la femme indépendante.


JUSTICE POUR SUZANNE !
Comble de malchance, l’ordalie avait été interdite en 1601 et en juillet 1682, soit trois mois plus tôt, le parlement de Paris, par l’Édit de Juillet, avait décriminalisé la sorcellerie qui fit jusqu’à 60 000 victimes. Mais c’était encore un temps où les lois de la République ne prévalaient pas sur celles de l’Eglise…

Pour en savoir plus :
Archives Départementales de la Nièvre : Registre des décès de Saint Père (1667 – 1765) : 4 E 261.
Robert Muchembled, Magie et sorcellerie en Europe du Moyen Age à nos jours, Armand Colin, Paris, 1994.
Jean–Michel Sallmann, Les sorcières, fiancées de Satan, collection Découvertes, Gallimard, Paris, 1989.