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2 décembre 1888 : Nevers en état de Siège

Un boulanger qui vient à Nevers raconter des salades (elle est facile certes), ce n’est pas tous les jours, surtout quand il est général et qu’à lui seul, il a ébranlé la 3e République.

Le 14 juillet 1886, lors de la revue organisée à Longchamp depuis les années 1880, la foule se presse. Duchesses et lingères n’ont d’yeux que pour un général à fière allure : le général Boulanger. C’est cet état d’esprit qu’ont les Neversois lorsqu’ils voient arriver dans leur ville le général Boulanger en décembre 1888.

DE L’AMBITION, TOUJOURS DE L’AMBITION, RIEN QUE DE L’AMBITION
Originaire de Rennes, Georges Boulanger est né en 1837 et n’accrochait pas des posters sur les murs de sa chambre mais des médailles militaires sur son uniforme : campagnes d’Algérie, d’Italie, de Cochinchine et gravit petit à petit les échelons de l’armée française. Devenu populaire, il obtient 100 000 voix à une élection dans la Seine. Le problème ? Il n’était pas candidat… de quoi faire des jaloux encore aujourd’hui. Mais cette adhésion des Français qui veulent le porter au pouvoir va donner des ailes au Général nommé Ministre de la Guerre, poussé par Georges Clémenceau. Il se distinguera par des mesures remarquables comme faire servir la soupe dans des assiettes au lieu de gamelles.
Ah le populisme…
Mais malgré tout, Georges est de plus en plus populaire, à tel point que le gouvernement le nomme en mai 1887 commandant du 13e corps d’armée de Clermont-Ferrand (aujourd’hui on les nomme chargés de mission). Une mise au placard qui va enflammer la France. 10 000 personnes se réunissent en gare de Lyon et le malin parvient à réunir les soutiens et des Bonapartistes et des Monarchistes…
Le boulangisme est né, instaurant ce que l’on appelle aujourd’hui le populisme. Autrement dit un mouvement exprimant les insatisfactions des masses populaires et leur incarnation dans un chef charismatique. Aux élections de 1888, les Boulangistes présentent un candidat dans tous les départements…
Suicide du général Boulanger après le 2 décembre 1888

Illustration : Suicide du général Boulanger au cimetière d’Ixelles.
Une du Petit Journal du 10 octobre 1891.

NEVERS EN ÉTAT DE SIÈGE
A Nevers, la presse de l’époque écrit : «Nevers était tout à fait en état de siège ; toutes les rues conduisant à l’hôtel de France étaient barrées par la troupe ou par les gendarmes ». Le public l’acclame et crie «Vive Boulanger ! ». « Soudain, un piquet de gendarmerie arrive et refoule dans les rues adjacentes les manifestants très nombreux qui avaient pu pénétrer, malgré toutes les précautions prises, sur la place de la Préfecture, sur laquelle se trouve le Grand Hôtel de France ».
En faisant son meeting politique sous forme d’un banquet, le général Boulanger renoue avec une ancienne tradition qui date du début de la Révolution Française (1790) : celle des banquets politiques ou républicains. D’après le Patriote, journal local et pro boulangiste, on y déguste : Hors-d’œuvre révisionniste, Poissons sauce nationaliste, Filet de bœuf à la Constituante, Haricots morvandiaux, Gigue de chevreuil à la nivernaise, Salade parlementaire, Desserts, Café, Liqueur.
Pour le déstabiliser, le gouvernement poursuit l’un de ses soutiens, la Ligue des Patriotes – le premier mouvement nationaliste français – demande la levée de l’immunité parlementaire de Georges Boulanger et son arrestation.
Fuyant la France, il se réfugie à Bruxelles et vit avec sa maîtresse, Marguerite de Bonnemains qui décède en juillet 1891 de la Tuberculose. Effondré, Georges Boulanger se rend sur sa tombe où il a fait graver « A bientôt » et se tire une balle dans la tête.
Le boulangisme s’éteint avec lui mais a donné le ton des premiers mouvements nationalistes en France. Georges Clémenceau, toujours féru de bons mots dira : « Il est mort comme il avait vécu, en sous-lieutenant »…

Pour en savoir plus :
Archives Départementales de la Nièvre 1 PER 197 : journal Le Patriote, 4 décembre 1888.
Georges Boulanger, Discours électoral au banquet de Nevers, imprimerie Lefebvre, Paris, décembre 1888
Jean Garrigues, « Le général Boulanger ou le fantasme du coup d’Etat » in Parlement, revue d’histoire politique, 2009.
René Rémond, Les Droites en France, Aubier, Paris,1954.

Par Franck Dupire

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