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Avec Sceni Qua Non, le cinéma n’a pas dit son dernier mot face au streaming

Sceni Qua Non propose entre autres des séances de cinéma en plein air / Photo par Sceni Qua Non
Sceni Qua Non propose entre autres des séances de cinéma en plein air / Photo par Sceni Qua Non

À l’heure des plateformes de streaming comme Netflix où l’on savoure le 7e Art chez soi, l’association Sceni Qua Non, qui gère quatre salles de cinéma dans la Nièvre et anime un circuit itinérant, propose une alternative à la solitude du canapé du salon. Ce que nous explique son directeur, William Robin, un passionné qui aime à combattre les clichés. 

Quand a débuté l’aventure Sceni Qua Non dans la Nièvre ?  

William Robin : L’aventure est née en 1983 ! Au départ, l’idée était simplement de faire vivre le court métrage dans la Nièvre à travers un festival, De Nevers à l’Aube, qui a duré près de 20 ans. À la fin des années 1990, Sceni Qua Non a lancé La Vie de Château, à Château-Chinon, puis Partie de campagne, de 2007 à 2023, et désormais, Hissez les toiles. Parallèlement, l’association a récupéré la gestion du programme de cinéma itinérant du département qui couvre entre 20 et 30 communes chaque saison, parfois des villages minuscules, avec toujours le souci de proposer des projections de qualité.

Vous gérez également des salles…

Oui, 4 ! Saint-Honoré-les-Bains, Luzy, Château-Chinon et Ouroux-en-Morvan. En 2020, nous avons également récupéré la gestion de celui de La Charité-sur-Loire. L’association est devenue une vraie structure d’exploitation cinématographique qui repose sur 10 permanents et une soixantaine de bénévoles.

Quel est l’ADN de votre programmation ?

Nous appartenons au mouvement Art et Essai de l’Association française des cinémas d’Art et d’Essai, qui fédère 1250 salles et qui défend la diversité pour faire exister tous les types de films. En tant que membre du Conseil d’administration, j’ai fait partie du jury qui a remis le prix Art et Essai à Cannes cette année à Notre salut d’Emmanuel Marre, le film qui a ouvert la dernière édition de Hissez les toiles en présence du réalisateur. Il convient de rappeler que succès et Art et Essai ne sont pas antinomiques. Le million d’entrées atteint par Vingt Dieux en est la preuve. 

Côté technique, vous ne lésinez pas sur les moyens…

Nous avons investi dans un projecteur laser tout neuf, au moins aussi puissant que ceux du multiplex de Nevers. Nous proposons un son 5.1 et même de la 3D. Pour les séances en plein air, nous disposons d’un écran gonflable de 14 mètres de large. Contrairement à certains qui organisent jusqu’à 70 séances en extérieur l’été, nous en programmons une petite vingtaine car nous préférons construire une vraie expérience de cinéma plutôt qu’une projection « camping ».  

Vous combattez aussi les idées reçues sur la ruralité…

La Nièvre est un territoire complexe où cohabitent des univers très différents. Le cliché voudrait que la singularité artistique naisse dans les grandes villes. Nous défendons l’inverse : les films que l’on projette ne sont pas réservés aux cinéphiles urbains, ils sont faits pour tout le monde. Le regard qu’on porte ici n’est pas moins pertinent qu’ailleurs. 

Le cinéma est-il encore capable de créer du lien ?

Dans certains villages, nos salles sont parfois les seuls lieux culturels ouverts tous les jours. Cela nous donne un vrai rôle social. Nous organisons plus de 250 animations par an autour des films projetés. Je me souviens d’un débat autour du loup à Ouroux-en-Morvan, un sujet sensible là-bas. Les points de vue se sont affrontés, une personne est même partie, mais la majorité s’est retrouvée à la fin pour boire un verre. C’est ce qui nous donne envie de continuer.

Quel regard portez-vous sur la culture dans la Nièvre ?

J’ai une certitude : la Nièvre n’est pas un désert culturel. Sa faible densité est même une motivation pour inventer. Après trois années financièrement difficiles, nous entrons dans une phase de réflexion. Comment réimpliquer la population et faire des cinémas des lieux de vie ? Nous avons déposé des dossiers pour mener des expérimentations, notamment dans le Morvan. J’espère simplement que le cinéma ne deviendra pas, comme l’opéra, un privilège des grandes villes ! Mais je crois en la capacité du 7e art à se réinventer, à continuer à nous émerveiller, et à nous questionner.

Infos pratiques : plus d’infos sur sceniquanon.com

Propos recueillis par Emmanuelle Héreil

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