Elles sont dynamiques et innovantes et pourtant, ce sont des grand-mères. Elles, ce sont les entreprises de la Nièvre qui, malgré le temps, n’ont rien perdu de leur savoir-faire et de leur richesse et font désormais partie de notre patrimoine.

En lisant cette introduction, certains noms vous viendront certainement en tête (Bernamont, Bijouterie Dornier, Look, Entreprise Lagoutte…), alors nous vous avons préparé quelques portraits de sociétés moins connues, à l’activité parfois originale. Bonne découverte !

Salon Ricard

Un Ricard chez Pernaut

Nom
Salon Ricard

Age
100 ans

Localisation
Donzy

Signe particulier
Coiffeurs, barbiers et musiciens depuis un siècle

Un musée de la coiffure ouvert en juin !

Un salon de coiffure centenaire

Depuis plus de 100 ans, les Ricard rafraîchissent les têtes, sans risque d’abus. Bien avant 1900, Henri-Marcel et Jean-Auguste étaient déjà barbiers-costumiers à Sancerre quand en 1919, Marcel, dit « Titi », s’installe à Donzy, rejoint 43 ans plus tard par son fils Patrice : « J’étais le premier de la lignée. Un de mes deux frères est aussi coiffeur. L’autre a mal tourné, il est devenu chauffeur de ministre » sourit Patrice.

En 1993, le salon prend un nouvel essor et assied sa notoriété quand Patrice obtient le Mercure d’Or National qui récompense la qualité de service à la clientèle. Le salon est aujourd’hui dans les mains de sa fille Laurence et de sa petite-fille Julie. Les Ricard sont une institution – ils auront les honneurs du JT de Jean-Pierre Pernaut, ça ne s’invente pas ! – dans le paysage donziais. Conseiller municipal depuis 50 ans, Patrice est aussi musicien dans le Ricard Jazz où son père jouait déjà.

Les copains d’abord

Huit ans après la retraite Patrice hante toujours le salon : « Il y a aujourd’hui des clients qui étaient déjà là du temps de mon père. Du coup ce sont plus devenus des copains. Pour certains, on va même les coiffer à la maison de retraite ! ». Et pourtant, le métier de coiffeur n’était pas une véritable vocation : « J’aurais pu être basketteur ou musicien puisque je joue du tambour. mais mon père m’a dit de venir travailler avec lui, alors je suis venu ! » Cent ans après l’ouverture du Salon, Patrice est conscient de porter une histoire. Même s’il feint le détachement, il a décidé d’ouvrir dans la boutique attenante un petit musée de la coiffure qui ouvrira ses portes en juin : « C’était la rue principale de Donzy. Aujourd’hui il n’y a plus rien. Il faut bien la faire vivre un peu. »

Tuilerie de la chapelle de Sarre

Prisée jusqu’au château de Fontainebleau

Nom
Tuilerie de la chapelle de Sarre

Age
+ de 250 ans

Localisation
Corbigny

Signe particulier
De stagiaire à patron

Le secret : de la terre, de la chaleur et du vent

L’homme qui arrêtait le temps

Entrer dans la tuilerie de la chapelle, c’est mettre le temps sur pause : « Ce n’est pas un métier stressant parce que nous travaillons depuis toujours avec le temps » explique le nouveau patron de 33 ans, Jérémy Pajot. L’histoire ressemble un peu à un conte de fée. Autocariste, Bernard Henriot est aussi patron de la tuilerie de la chapelle. Or, parmi les enfants qu’il conduit à l’école se trouve le jeune Jérémy qui durant les vacances scolaires, se trouve un job dans la tuilerie de Bernard. Une passion qui conduira Jérémy, alors destiné à une carrière d’enseignant, à changer de cap. Salarié durant 9 ans, il reprend en 2018 l’entreprise en activité depuis le 18e siècle.    

Non non rien n’a changé

Aujourd’hui Jérémy récupère la terre argileuse, chargée en fer, qui donnera la couleur rouge après cuisson, dans la carrière attenante, la charrie sur un wagon de mine puis la transvase sur une machine vieille de 60 ans. La terre est alors transformée, forgée pour donner suivant la demande des briques, des tuiles ou des tomettes (récemment pour le château de Fontainebleau !). Le tout ira ensuite reposer dans le séchoir datant des années 1750. Un temps variable en fonction des saisons et des produits. « On dit que le meilleur moment est lorsque le linge sèche. Il faut à la fois de la chaleur et du vent ». Les blocs de terre seront ensuite cuits au feu de bois pendant 15 heures selon une méthode qui n’a pas changé depuis des siècles. Un art à la fois exigeant et imprévisible : « Chaque produit est différent en fonction de la fabrication ou de la cuisson. La cuisson est un processus très précis. Et cela fait des siècles que ça dure. C’est cette authenticité que nos clients recherchent ».

Faïenceries Georges

Dans tous les magazines de déco

Nom
Faïenceries Georges

Age
121 ans

Localisation
Nevers

Signe particulier
La survivante

Adieu les voliges, bonjour le design !

Fondée en 1898 par les frères Marset, la faïencerie Georges est rachetée par Félicien Cottard en 1908 qui crée sa signature : les deux noeuds verts. En 1925 commence la saga Georges avec la reprise par Emile et Marguerite, puis leur fils André et sa femme Mireille, Jean-Pierre et Catherine en 1991 (qui garantissent la fabrication in situ par un poinçon) et enfin Jean-François Dumont et Carole Georges en 2011. Et là, tout change. Les traditionnelles voliges laissent place à des décors industriels, à des toits de Paris (on adore !), les assiettes se répondent pour former des motifs géants et votre grand-mère peut même avoir une assiette avec la tête de son kiki.

La faïence made in 21e siècle

Résultat ? Pas un magazine de déco sans y voir les créations de chez Georges qui renouvellent une très vieille tradition : « La faïence est née à Nevers dès le 16e siècle, les gens ne le savent pas assez, explique Jean-François Dumont, actuel propriétaire, c’est ici qu’elle a pris son essor industriel. » Alors que les plus grandes faïenceries de la ville ont fermé leur portes (Montagnon, après 400 ans d’existence), la Faïencerie Georges non seulement perdure mais se taille une renommée mondiale. Sa recette ? : « Sortir de l’image classique et traditionnelle de la faïence. » Disruptif en diable et donc ultra tendance !

La faïence sur les podiums

Carole Georges continue d’imaginer de nouveaux modèles très graphiques : « Il y a une ambivalence intéressante entre les lignes des poteaux électriques par exemple et la rondeur de l’assiette. » Et deux fois par an, la faïencerie sort une nouvelle collection : « On travaille comme la mode. »

Parapluies Guy de Jean

parapluie Haute-Couture

Nom Parapluies Guy de Jean

Age 99 ans

Localisation Donzy

Signe particulier Entreprise du Patrimoine Vivant

Au milieu du 20e siècle, Guy de Jean, jeune styliste estampillé Nouvelle Vague rencontre Christiane. C’est le coup de foudre immédiat… pour sa tante, Agathe, qui fabrique depuis 1920, des parapluies à Paris. Le jeune homme va alors épouser la nièce et les parapluies, imposer sa créativité et déménager l’entreprise à Donzy (dont Christiane est originaire) au début des années 60.

Jean-Paul Gaultier et Chantal Thomass

Dans les années 90, le fils Pierre et sa femme Catherine vont alors réaliser un coup de maître : « Nous avons fait appel à deux stylistes qui débutaient : Jean-Paul Gaultier et Chantal Thomass ». 30 ans plus tard, les débutants sont devenus des cadors et continuent de créer, avec Catherine, deux collections par an : « Nous travaillons comme la Haute-Couture pour rester en accord avec les tendances » explique Catherine de Jean.

Cocorico

Labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant, Guy de Jean vient de créer une nouvelle marque 100 % frenchie : “Le parapluie français” dont tous les motifs déclinent nos couleurs nationales.

Biscuiterie Grobost

Le tiramisu ne serait rien sans lui

Nom Biscuiterie Grobost

Age 117 ans (ou presque)

Localisation St-Péreuse (ou presque)

Signe particulierInventeur du biscuit à la cuillère

Le biscuit à la cuillère est créé en 1902 par Eugène Grobost, chef au Carlton, en mélangeant sa pâte à biscuit à la cuillère en bois. C’est d’abord dans l’Allier que la première boutique Grobost ouvre ses portes. Là-bas, est créé le principe de la consigne des boîtes métalliques que les clients viennent faire remplir (rééditées aujourd’hui).

Histoire d’une résurrection

En 1990, dix ans après la fermeture de la boutique, l’arrière-petit-fils, Frédéric Grobost, cuisinier de François Mitterrand à
l’Elysée (!) décide de rouvrir l’entreprise dans sa région natale, le Morvan.
Il s’installe donc à Saint-Péreuse. Depuis, ce sont 50 millions de biscuits qui sortent chaque année des lignes de production et perpétuent le savoir-faire d’Eugène. Associé à une autre entreprise familiale en 2011, Saint-Michel, (les fameuses galettes bretonnes), Grobost distribue aujourd’hui ses biscuits sous sa marque mais aussi sous celle de Bonne Maman ou de la marque producteur Carrefour.

Ateliers François Pouenat

Le ferronnier des palaces

Nom
Ateliers François Pouenat

Age
130 ans

Localisation
Varennes-Vauzelles

Signe particulier
Pas un seul client dans la Nièvre

Passage obligé chez les Compagnons

5e génération de ferronniers d’art initialement installés à Moulins, François Pouenat n’a rien de l’image d’Epinal du soudeur caché sous son masque dans un éclat de flammèches. S’il a suivi « parce que c’était établi » la voie de son père (études de métallier, de ferronnier et passage obligatoire chez les Compagnons du Devoir) c’est aujourd’hui un businessman avec 15 salariés. Et pour cause, ses clients s’appellent le Ritz, le Crillon, Le Plaza Athénée, Le Château de Versailles ou encore le Qatar, Dubaï, les USA, Tokyo… « Le métier a beaucoup changé, nous passons beaucoup de temps à travailler sur l’étude des projets Avec la 3D, tout est millimétré : sur 10h, 6 sont consacrées à échanger avec les clients, 4 au dessin. L’étude devient prépondérante. »

Le syndrome de la transmission

Héritier d’un savoir-faire familial, François Pouenat mène sa propre politique de formation : « Ici tout le monde à l’obligation de passer par les Compagnons, mais nous avons un réel problème de savoir-faire et d’image. On a dénigré les métiers manuels, l’Education nationale ne s’en préoccupe pas. Nos entreprises doivent être ouvertes pour former les professionnels de demain : je prends beaucoup de stagiaires et j’ai un partenariat avec l’école de design Camondo. Je suis très attaché à cette responsabilité de transmettre. »

Exposé au Mobilier National

Après 130 ans de ferronnerie, François Pouenat vient de créer une collection d’objets design en collaboration avec le bureau d’études Pool et des designers internationaux comme Fredrik Paulsen, Fabien Cappello ou Paul Loebach : table de salle à manger en marbre et acier brossé, tabouret en cuivre martelé, bibliothèque ou chandeliers sont d’ores et déjà exposés… au Mobilier National !

Vous en souvenez-vous ?

elles ne sont plus en activité, mais elles ont marqué la Nièvre

La Nièvre reine du papier

On ne le sait plus mais la région de Clamecy fut au coeur de la fabrication du papier du 17e au 20e siècle pour les régions voisines et notamment pour les documents administratifs. à Oisy tout d’abord avec la papeterie de Sembrèves, créée avant 1661, qui perdurera jusqu’en 1835. Elle fut victime de l’industrialisation mais aussi de l’ouverture par Thomas Varennes de la papeterie de la Villette à Corvol-L’orgueilleux en 1818 qui fermera en 1971, après plusieurs vicissitudes signant la fin d’un règne pour une centaine de familles.

Quand Fourchambault vivait la Dolce Vita

De 1950 à 1962, la mythique marque italienne Vespa installe ses Ateliers de Construction de Motocycles et d’Automobiles à Fourchambault (ACMA). Même si elle n’a perduré que 12 ans, plombée par la Guerre d’Algérie et la baisse de ses ventes de scooters et voitures Vespa 400, l’usine qui a employé jusqu’à 2 800 salariés a profondément marqué et la ville de Fourchambault et la Nièvre. Encore aujourd’hui, d’anciens salariés de l’ACMA font perdurer la mémoire de cette fierté locale au travers du Vespa Club de Fourchambault.

Ces quelques exemples de PME qui ont su perdurer malgré le temps qui passe prouvent une fois encore la bonne vieille équation du succès : tradition + innovation + audace + passion. Et ça marche aussi dans la vie !