L’issue des élections municipales sera connue ce dimanche 22 mars. L’occasion pour la rédaction de Koikispass de s’intéresser à la fonction de maire en interrogeant l’un des doyens de la fonction dans la Nièvre, Guy Hourcabie, élu pour la 6e fois à Toury-Lurcy, ainsi que Julien Jouhanneau, qui entame son deuxième mandat à Coulanges-lès-Nevers.
“On est sur la brèche en permanence, même la nuit parfois”, Guy Hourcabie, maire de Toury-Lurcy depuis 1995
Alors, c’est quoi être maire ?
Guy Hourcabie, maire de Toury-Lurcy : J’ai été élu pour la première fois conseiller municipal le 19 mars 1983 et je suis maire de Toury-Lurcy depuis 1995. Être maire, c’est être disponible pour écouter et aider les gens et c’est ça qui est passionnant. Dans nos petites communes nous sommes tout à la fois : confident, médiateur, architecte, ingénieur, bâtisseur, policier, balayeur, assistante sociale, agent administratif… On est sur la brèche en permanence, même la nuit parfois quand, par exemple, la gendarmerie m’appelle pour demander d’évacuer des vaches qui divaguent sur la départementale. J’ai le souvenir aussi d’avoir dû balayer la route dans le bourg après qu’un cycliste soit tombé à cause du blé qu’une remorque agricole avait répandu dans le virage en bas du village, et parce que l’agent communal ne travaille pas les après-midis. Dans les villages comme le nôtre, on a très peu de personnel et peu de moyens donc il faut savoir tout faire avec des bouts de ficelles. On a l’impression que l’on sert vraiment à quelque chose, que la population a besoin de nous. C’est entre autres pour ça qu’on y retourne.
Est-ce que la fonction de maire a beaucoup évolué depuis votre premier mandat ?
Il y a 30 ans, les gens étaient plus conciliants, plus aimables. Quand on réalisait 50 % de ce qu’ils demandaient, ils nous remerciaient. Aujourd’hui, si vous parvenez à faire 90 %, on vous traite d’incapable. Les contraintes légales et administratives se sont aussi accumulées, ce que les habitants ne comprennent pas et qu’ils nous reprochent.
Quel sentiment confère la fonction de maire ?
Celui de pouvoir faire bouger les choses. Par exemple, dans les années 2010, l’inspection académique nous avait annoncé que les écoles de Toury-Lurcy, Neuville-lès-Decize et Saint-Parize-en-Viry devaient fermer successivement. Ensemble, nous avons créé une petite intercommunalité avec Dornes qui nous a permis de financer les travaux d’agrandissement et de mise aux normes d’une école intercommunale à Dornes afin d’y accueillir les enfants de nos communes. Depuis nous la gérons et la finançons à quatre communes. Ceci a aussi permis de conserver le collège de Dornes. Autre exemple, j’ai réussi à convaincre un médecin de venir s’installer à Dornes en échange de quoi notre intercommunalité lui fournissait gratuitement pendant 3 ans un logement et un cabinet médical. Quinze après, il est encore à Dornes.
Quel a été le moment le plus émouvant de vos mandats ?
C’est un moment triste et éprouvant. J’ai passé une nuit dans ma mairie aux côtés du père d’une jeune femme qui s’était tuée à moto sur la départementale. On a beaucoup parlé jusqu’au matin en attendant l’arrivée des pompes funèbres. J’ai aussi en tête les fois où d’anciens enfants de la commune qui ont bien réussi viennent nous le dire et nous remercier.
Y a-t-il une rencontre qui vous a particulièrement marqué ?
Oui, c’est indéniablement mes rencontres chez un ami commun avec François Mitterrand qui, au tout début, en 1979, n’était pas encore Président. Nous nous parlions souvent. Il s’intéressait à ce que je faisais, me donnait des conseils sur la bonne compréhension de la Nièvre qu’il connaissait mieux que quiconque et qu’il aimait. Nous échangions aussi beaucoup autour de la littérature et du cheval. Il m’a beaucoup marqué et a influencé certains de mes engagements. Je lui dois beaucoup. C’est lui qui m’a décoré de l’Ordre national du Mérite à l’Elysée. Un grand moment, une grande émotion.
“J’ai envie d’aider au développement de ce département car la Nièvre a des atouts qui ne sont pas assez mis en avant”, Julien Jouhanneau, maire de Coulanges-lès-Nevers depuis 2020
C’est quoi être maire ? Que représente cette fonction pour vous ?
Julien Jouhanneau, maire de Coulanges-lès-Nevers : Pour être maire, il faut aimer les gens, être à leur écoute, les entendre et être dans une posture de bienveillance le plus possible afin de leur apporter des réponses concrètes. C’est aussi être le premier VRP de sa commune car le produit que l’on vend, c’est sa ville, dans le but de trouver des financements pour l’embellir, la rénover et aider les grands projets à sortir de terre. Lorsque l’on devient maire d’une commune d’un peu plus de 3 700 habitants comme Coulanges, on prend le rôle d’un chef d’entreprise avec une quarantaine d’agents sous sa responsabilité. Il faut savoir mobiliser autour de soi et travailler en équipe (élus comme agents).
Comment avez-vous vécu votre mandat en tant que maire pour la première fois ?
Depuis 3 ans, j’ai fait le choix, en accord avec ma famille qui me soutient, de lâcher mon métier d’ingénieur-urbaniste car lorsque l’on est maire sur le territoire de l’agglomération de Nevers, on est aussi vice-président à l’agglomération. C’est très prenant, on n’arrête jamais, on est sollicité tout le temps et je veux être disponible à 100 %. Je reste humble car je suis conscient que la fonction a un début et une fin avec une échéance tous les 6 ans.
Pourquoi vous êtes-vous lancé en politique ?
J’aime mon territoire. J’ai envie d’aider au développement de ce département car la Nièvre a des atouts méconnus qui ne sont pas assez mis en avant. En tant que maire, on est le premier élu de proximité, le premier maillon de la chaîne pour faire avancer les projets et son territoire.
Que permet le fait d’être maire ?
Cela permet d’impulser des projets avec son équipe même si on ne détient pas toutes les clés. Le maire est un moteur qui doit aller chercher des soutiens humains et financiers de l’Etat, de la Région et du Département tout en ayant une vision du territoire à 15-20 ans.
Quels sont les plaisirs et les désillusions de la fonction de maire ?
Il y a les grandes satisfactions lorsque l’on voit un projet qui nous tient à cœur aboutir et les petites joies du quotidien lorsque, par exemple, on arrive à donner un coup de main à une maman solo pour retrouver un logement pour elle et sa famille. Parfois, cela peut être frustrant quand on a le sentiment d’avoir fait son maximum et que cela crée tout de même des insatisfaits. Mais globalement, la balance penche largement du côté positif.
Quel est le souvenir ou la rencontre qui vous a le plus marqué depuis que vous êtes maire ?
Toutes les rencontres que l’on peut faire durant un mandat ont leur importance. Cependant, je garde le souvenir impérissable de notre participation au jeu télévisé Intervilles qui s’est déroulé l’été dernier. C’était une parenthèse hors du temps durant laquelle j’ai senti une fierté et un engouement fort à la fois de la part des habitants de Coulanges et des communes autour. Durant un mois, on a donné de la visibilité à une petite commune du centre de la France et montré que nous, les ruraux, avions autant de valeur que les habitants des grandes villes.
Propos recueillis par Dominique Romeyer







































