Crime passionnel, révolte sociale poussant au meurtre, voyageurs assassinés et même un dentiste-boucher : la Nièvre recèle son lot de faits divers, plus ou moins lointains, qui nous font voir notre beau département d’un autre œil. Prêts pour le grand frisson ?

Un prêtre… sans la grâce de Dieu

A quelques minutes près, il aurait pu être sauvé…

30 mars 1794. Nevers est en fête : aujourd’hui, on guillotine un prêtre ! La veille, après un procès mené à charge, Philippe Levacq, l’aumônier du couvent du Réconfort à Saizy a été condamné à mort. Certes, comme tous les ecclésiastiques, il aurait dû être jugé à Paris mais on s’est arrangé. Le peuple veut un condamné, il en aura un ! Accusé de manœuvres antirévolutionnaires, mais aussi d’avoir dépouillé le couvent devenu Bien National, Philippe Levacq subira le même sort que les nobles honnis : la guillotine.

Digne jusqu’au bout, malgré les cris de la populace, le prêtre monte sur l’estrade poisseuse de sang. Sans ménagement, il est basculé sous la lame et tandis que le silence se fait, le bourreau Jean Tisserand lâche la corde… La tête de Philippe Levacq tombe dans le panier, Tisserand s’en empare et la brandit ; le peuple exulte sa joie mauvaise.

Comme il a trouvé une tabatière dans la poche de Levacq, le bourreau s’ingénie même à en fourrer les narines du supplicié ! Mais tandis que l’on s’esclaffe, deux hommes, porte-parole du tribunal révolutionnaire fendent la foule et hurlent :
« Arrêtez tout ! Cet homme est innocent ! »

Il s’en est fallu de quelques minutes et Philippe Levacq, blanchi par le tribunal, aurait eu la vie sauve… mais à l’homme de Dieu, il a manqué cette ultime grâce du Sauveur.

L’anecdote
Vendue comme Bien National, l’abbaye du Réconfort où officiait Philippe Levacq a été démantelée par son premier acquéreur qui en a vendu les matériaux avant d’être stoppé par les chefs révolutionnaires du district de Corbigny.

Une « auberge rouge » dans la Nièvre !

Des crimes découverts grâce… au chemin de fer !

Neuvy-sur-Loire, dans les années 1830. Une auberge fait de l’œil aux voyageurs de commerce, aux artisans ambulants, aux Auvergnats revenus de Paris les poches pleines. La table est copieuse et les aubergistes n’ont pas leur pareil pour délier les langues. Mais malheur aux bavards qui laissent deviner leur richesse… Amenés à une cinquantaine de mètres de l’auberge, dans un bâtiment où sont installées les chambres, ils ne verront jamais leur lit : assassinés sur le chemin et aussitôt dépouillés, ils disparaissent à jamais.

Ce qui étonne le voisinage, ce n’est pas tant ce va-et-vient de voyageurs – quoi de plus normal dans une auberge ? – mais plutôt le soudain enrichissement de ses tenanciers. Année après année, ils agrandissent leur propriété : un champ par ci, un lopin de terre par là. Étrange aussi, ces ormes qu’ils plantent à une cadence anarchique et parfois à la nuit tombée !

Cette étrangeté durera jusqu’en 1859 et les travaux du Paris-Lyon-Marseille. Or du côté de Neuvy-sur-Loire, une rangée d’ormes gêne le passage. Un arbre est déraciné, puis un second… et là, stupeur : les ouvriers mettent au jour des ossements humains. Un, deux… 19 squelettes en tout ! Parmi eux, celui d’un homme avec à ses côtés une meule et les restes d’un petit chien. Un artisan-rémouleur disparu dont la femme éplorée avait suivi les traces jusqu’à Neuvy-sur-Loire…

Le verdict : Suspectés, les aubergistes vont se révéler aussi coriaces qu’un rôti trop cuit. Le père ? Il nie catégoriquement. Le fils et le gendre ? Avertis de la probabilité d’une prescription, ils se taisent. Quant à la fille, elle avoue… en confession et court ensuite se pendre !

L’anecdote
Une justice divine a-t-elle finalement puni le vieil aubergiste ? Assistant à ses derniers instants, des témoins ont affirmé avoir vu par trois fois l’hostie présentée par le curé s’échapper des lèvres du mourant qui a été enseveli sans ce dernier sacrement.

Un « Jean Valjean » nivernais ?

Un braconnier devenu criminel

Quand Claude Montcharmont rentre au pays après quatre ans de compagnonnage, il devient un pilier de Saint-Prix, instruit et toujours prompt à secourir les faibles, au nom de cet humanisme « rouge » dont il est revenu imprégné… Sa passion ? La chasse. Il est le « meilleur fusil » de la région. Décembre 1844 : sur ordre du maire, Claude Montcharmont et d’autres chasseurs mènent une battue aux sangliers qui saccagent les champs alors que la neige recouvre le pays. Dix jours plus tard, les hommes sont condamnés pour braconnage au motif d’une loi récente qui interdit la chasse par temps de neige, leurs fusils confisqués… Cette injustice est la première d’une série qui transforme la colère de Montcharmont en révolte contre les riches, son éviction du conseil municipal au terme d’élections truquées le poussant définitivement du côté des hors-la-loi.

Le « meilleur fusil » est devenu le meilleur braconnier de la région, mais le garde champêtre, un certain Gauthey, s’acharne : amendes et convocations pleuvent sur le Morvandiau jusqu’à sa condamnation à six mois de prison.

Paniqué, il fuit dans les bois, parfois abrité par les villageois. Cela dure quelques mois quand il est reconnu par deux gendarmes : Montcharmont affolé tire, l’un des deux est mortellement atteint… il est désormais un meurtrier en cavale qui attribue son malheur à l’implacable Gauthey. Rage et désespoir mêlés, Montcharmont se rend chez lui et l’abat froidement. Fuyant vers la Suisse, il arrêté à Sennecey-le-Grand en Saône-et-Loire tandis que sa triste histoire passionne la France.

Le verdict : Condamné à mort devant le peuple qui hurle à l’injustice, Montcharmont lutte tant au pied de la guillotine que l’exécution est repoussée. Mais le lendemain, c’est résigné que le supplicié monte à l’échafaud.

L’anecdote
Cette destinée navrante inspirera à Charles Hugo un article où il exprime son horreur de la peine de mort infligée à des individus poussés au crime par la société. Inculpé d’outrage à la loi, il comparaît en 1851 devant un tribunal où son père, l’avocat et célèbre écrivain Victor Hugo, prononce une plaidoirie vibrante et obtient les circonstances atténuantes. 11 ans plus tard paraîtront Les Misérables… et l’on ne peut s’empêcher de trouver quelques traits de Claude Montcharmont et de Gauthey dans les figures du bagnard Jean Valjean et de l’inflexible Javert !

Le dentiste fou de Château-Chinon

Des dizaines de patients mutilés

Quand il arrive en 2008 à Château-Chinon, le Dr Van Nierop est accueilli à bras ouverts : le bourg n’a plus de dentiste depuis des années. Son train de vie élevé (belle maison avec piscine, voiture de luxe…) l’impose vite parmi les notables de la région. Ses patients découvrent eux les curieuses méthodes du praticien qui multiplie les actes, prescrit les antibiotiques à haute dose et pratique des anesthésies de cheval qui les laissent groggy pendant des heures. A partir de 2011, les signaux passent au rouge : l’Ordre des chirurgiens dentistes s’alarme, entame des poursuites disciplinaires alors que plusieurs dentistes de la région ont récupéré des patients blessés. Un collectif de patients se monte, l’assurance maladie soupçonne des facturations abusives… Mis en examen en 2013, Mark Van Nierop fuit vers le Canada où il est interpellé quelques mois plus tard et incarcéré en 2015. Son procès débute en mars 2016 et là, on prend la mesure de l’horreur : dents saines ou malades arrachées sans ménagement (huit d’un coup en une séance pour une patiente), début d’infarctus pour un autre à cause de l’anesthésie, mâchoires mutilées, abcès irrémédiables et pour tous des souffrances dont le médecin semble se moquer.

Au procès, le dentiste s’accuse du meurtre de son ancienne femme, revendique des troubles de l’identité sexuelle : autant de procédés qui n’émeuvent pas le tribunal où les experts décrivent une personnalité narcissique exempte de compassion, cruelle et perverse. On découvre aussi qu’il avait fait l’objet de plaintes et d’interdiction d’exercer aux Pays-Bas.

Le verdict : Le tribunal reconnaîtra 45 cas de mutilation, 70 dossiers de violence délictuelle, ainsi que des faits d’escroquerie et d’usage de faux envers les assurances pour financer son train de vie… Il sera finalement condamné à huit ans de prison.

L’anecdote
Oh ben rien en fait. Ah si : lavez-vous les dents trois fois par jour. Vérifiez que votre dentiste est bien inscrit à l’Ordre et lisez les avis des patients avant de prendre rendez-vous. Et arrêtez de stresser.

La mort derrière le comptoir

17 ans de procédure pour un acquittement !

26 décembre 1975 : après une journée chargée, Jean-Claude N., le patron du Gambrinus, bar-restaurant de Nevers va se coucher. Solange, son épouse le rejoint peu après dans l’appartement au-dessus de l’établissement. Dans la nuit, du bruit dans le bar les réveille. Jean-Claude descend… mais ne reviendra jamais. Quelques minutes plus tard, le fils aîné Bruno, réveillé par sa mère, découvre le père de famille abattu de deux balles dans la tête. Pourtant, personne n’a entendu de coups de feu ! On évoque un règlement de comptes lié à un trafic de drogue que Jean-Claude aurait dénoncé, mais l’enquête piétine jusqu’en 1977 où Hugues M., est inculpé d’homicide volontaire sur dénonciation anonyme. Ce jeune chef d’entreprise était l’amant de Solange, ils font d’ailleurs tourner le Gambrinus depuis la mort du patron… Faute de preuve, Hugues est relâché au bout de cinq mois et le couple reste à Nevers jusqu’en 1982, lorsque le Gambrinus est vendu.

1985 : Yvonne F., patronne de café à Nevers met en cause Hugues, l’enquête est rouverte !
1988 : Pascal M., mécanicien, avoue avoir participé à une expédition meurtrière au Gambrinus et accuse Hugues d’avoir tiré, avec un fusil équipé d’un silencieux. Le couple est à nouveau arrêté mais les amants, désormais mariés, crient leur innocence.
1989 : Joëlle M., secrétaire, est inculpée : elle aurait fourni un faux alibi à son patron d’alors, Hugues M., dont elle était la maîtresse.
1993 : L’affaire arrive enfin devant les Assises mais le procès est un fiasco : Pascal M. se rétracte, les témoins refusent de comparaître ou tombent opportunément malades, les témoignages de la secrétaire et d’Yvonne F. (folklorique au point de faire la joie des journalistes) sont malmenés.

Le verdict : L’acquittement pour les trois suspects après trois jours d’audience, une heure de délibération et dix-sept ans de procédure…

L’anecdote
Cette affaire était au moment de son jugement un des dossiers resté le plus longtemps en instance dans la justice française.

La mort est dans le pré

Meurtre réussi ou suicide raté ?

Fin janvier 1987. Denis, agriculteur à Billy-sur-Oisy est devant l’hôpital de Clamecy où il rejoint Marie-Noëlle, infirmière. Ces deux-là s’aiment, mais leurs familles respectives ne voient pas la relation d’un bon œil. Marie-Noëlle issue d’une famille modeste, veut réussir et son diplôme d’infirmière est une revanche sur ses origines. Y renoncer pour être agricultrice ? Ce n’est pas dans ses plans. Denis a la voie toute tracée : la ferme familiale. Alors cette future bru qui va manquer sur l’exploitation, ce n’est pas vraiment du goût de ses parents.

Ce soir, Denis ramène Marie-Noëlle chez elle à Thurigny quand il stoppe la voiture sur le chemin. Que se sont-ils dit, que s’est-il passé ? Mystère. La jeune femme sort, fait quelques pas, ramasse une pierre, revient vers le véhicule. Lorsque Denis ouvre la portière, elle le frappe violemment : il sombre dans le coma. Marie-Noëlle le pousse sur le siège passager, démarre et met en scène un accident : elle perche la voiture en haut d’une butte, éclate le pare-brise… et rentre chez elle à pied. Quand il est découvert des heures plus tard, malgré son transfert à l’hôpital, Denis meurt. Quant à Marie-Noëlle, elle avoue le meurtre.

Mais au procès, coup de théâtre ! La jeune femme explique que ce soir-là, les deux jeunes gens qui craignaient un avenir sous constante pression familiale ont voulu en finir. Cet assassinat est en fait un double suicide raté ! Le plan initial était qu’elle injecte à Denis d’abord, à elle ensuite, des substances fatales qu’elle avait volées à l’hôpital… mais avant de mourir ensemble, Denis a voulu la forcer, elle n’a pas voulu céder à ses avances passionnées et l’a tué pour se défendre. Alors certes, on a retrouvé sur le corps de Denis la marque d’une piqûre, mais pas de trace de tous les produits que Marie-Noëlle prétend avoir injectés. Denis a-t-il été aussi pressant que la jeune femme le prétend ? Nul ne le saura…

Le verdict : Une condamnation à quinze ans de prison pour « coups ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

L’anecdote
Il n’y avait pas de place dans la Nièvre pour une version moderne de Roméo et Juliette. Mais voiture, pierre sur le crâne et piqûre mis à part (certes ça fait un joli lot), on pourrait presque penser au double suicide (réussi celui-là) des amants de Vérone. Bon et on n’est pas Shakespeare non plus !

Ce florilège d’histoires sanglantes vous a plu ? Vous pouvez en retrouver plein d’autres, gores ou émouvantes, dans le recueil Les Grandes Affaires criminelles du Nivernais (deux tomes) de Thierry Desseux, journaliste, écrivain et chanteur de Nevers. A part ça, ne jouez pas avec des armes à feu, ne laissez pas traîner les couteaux de cuisine et exigez un certificat de bonne santé mentale avant de débuter une relation…