De drôles de paroissiens

En 2019, deux millions de bouteilles de vin local ont été détruites lors d’un incendie à Bordeaux. Selon l’adage « J’aime le Bordeaux, mais je préfère le vin », voilà donc un événement qui n’aurait jamais pu se produire en Bourgogne où l’on y produit du vin de qualité (coup de chauvinisme oblige!).

NEVERS BRÛLE-T-IL ?

Car, outre les vertus mondialement reconnues du vin de Bourgogne, il en est une qui, depuis le Moyen-âge est bien connue des nivernais. En plein été 1484, le 23 août, le Monastère des Cordeliers – des moines franciscains ainsi nommés parce que portant une corde blanche en guise de symbole de pauvreté – est en proie aux flammes. Situé dans l’actuelle rue des Récollets (il ne reste aujourd’hui que le chevet), le bâtiment – construit en 1397 – est enserré dans la ville de Nevers. Autre importance majeure pour les moines : le monastère abrite le tombeau de leur bienfaitrice, Yolande de Bourgogne. Avec ses huit chapelles, dont celle de Saint-Sépulcre abritant les dépouilles des comtes et ducs de Nevers et dédiée à tous les Saints, le monastère est une ville dans la ville et la proximité des habitations risque à tout moment d’embraser la ville entière.

DU VIN POUR ÉTEINDRE L’INCENDIE

Devant le désastre qui s’annonce, il est donc primordial d’éteindre l’incendie. Seulement au 15e siècle, les sapeurs-pompiers n’existent pas (ils seront créés par Napoléon) et le tuyau d’incendie n’arrivera que 100 ans plus tard (en 1672). Depuis Charlemagne, ce sont donc les habitants qui ont l’obligation de se charger eux-mêmes des incendies, ainsi que les corporations… dont les moins. Ce qui existe déjà et n’a pas attendu l’industrialisation, c’est la sécheresse. Et en cet été 1484, elle est telle que les puits et les sources de tout Nevers sont à sec.

C’est donc grâce à un curé – Guillaume Gentil, curé de Vandenesse – que l’on sauva le monastère, en saisissant dans les caves de l’amateur de vin 8 demi-tonneaux de vin – 800 litres – complétés par 100 litres saisis dans les caves d’une certaine Jeanne Morand, veuve Suchet… pour éteindre le feu. A noter que tous deux furent payés par la ville…

300 ans plus tard, le 14 mars 1789, c’est dans cette même église (l’histoire ne dit pas si les vapeurs s’étaient dissipées) que l’on réunit les trois ordres du Nivernais, La noblesse, le clergé et le tiers- état pour y élire les premiers députés de la Nièvre… 

C’est le seul cas, notons-le bien, où l’abus d’alcool ne fut pas nocif pour la santé…

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