A la tête de l’atelier Arkedif à Nevers, dont il vient d’inaugurer le nouvel espace de travail, Ericq Valvin se tient éloigné de l’image traditionnelle, très cliché, de l’architecte distant et mégalomane. Il préfère défendre une certaine idée du territoire et de la ville et encourager la reconquête des espaces, bâtis ou non, laissés en friches.

Ericq Valvin reçoit ses visiteurs dans son atelier très lumineux de la rue Marguerite Duras à Nevers. En 1958, le bâtiment a abrité le tournage d’Hiroshima mon amour, un film d’Alain Resnais d’après le roman de Marguerite Duras. Alors que les lieux étaient inhabités depuis des années, Ericq Valvin les a réhabilités en tenant compte de cette mémoire encore vive.

Deux murs en vis à vis racontent, d’un côté la brutalité d’Hiroshima, de l’autre la beauté du film. Un lieu qui illustre parfaitement la reconversion des friches qui lui tient à coeur.

«Les friches, patrimoniales, industrielles ou commerciales, font partie du décor de nos villes, pôles urbains ou bourgs ruraux, explique Ericq Valvin, et je veux démontrer qu’on peut encore redonner vie au bâti qu’il soit public ou privé.» Il a trop entendu : on ne peut rien faire de ce bâtiment, il faut raser et reconstruire. Et les démolitions du passé ont trop souvent donné naissance à des friches non construites depuis, les fameuses « dents creuses »…

Anciennes usines, vieux entrepôts, surfaces commerciales abandonnées, immeubles tertiaires désertés : partout, des espaces précieux pour les villes. « Faut-il continuer de construire en périphérie des villes ? Non, il faut se recentrer sur les lieux urbanisés et s’appuyer sur l’existant. » Car redonner vie est « structurant », souvent moins coûteux et générateur d’activités : « si la problématique des friches n’est pas nouvelle, elle constitue aujourd’hui un enjeu crucial pour l’aménagement du territoire.»

La volonté de défendre les réhabilitations vient de l’attachement viscéral d’Ericq Valvin à son département, de ses propres visions et expérience du métier d’architecte.

Diplômé depuis trente ans, revenu dans la Nièvre en 1987 avec l’envie de contribuer à « tirer le département vers le haut », Ericq Valvin a toujours misé sur une relation de proximité avec ses clients, avec humilité et bon sens. « Il faut simplement faire de l’architecture dans un cadre économique donné, se mettre réellement au service du client. » Il se définit lui-même comme un « architecte du territoire » sans autre prétention : « je sais que je ne ferai jamais la pyramide du Louvre ; un architecte doit savoir rester à la bonne échelle et faire preuve d’imagination, ce qui n’est pas du tout dévalorisant au contraire. »

Penser la ville et le territoire, donner un nouveau souffle au patrimoine : Ericq Valvin veut ouvrir le champ des possibles. Il se verrait bien conduire un projet collectif symbolique à Nevers, dessiner un futur au stade de la Baratte ou à la Maison de la Culture…