Menée tambour battant depuis un an, la noce des régions Bourgogne et Franche-Comté sera officielle le 1er janvier 2016. Tel un lointain copain du marié au moment des toasts, la Nièvre lève sa coupe mais se demande ce qu’elle fout là. Et pourtant…

Un dossier de Emmanuelle De Jesus

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Annoncée par François Hollande le 14 janvier 2014, confirmée par Manuel Valls le 8 avril dernier, l’annonce de la réduction du nombre de régions administratives françaises a soulevé de fols espoirs chez les Nivernais. Enfin, la Nièvre allait se dégager de la tutelle de cette Bourgogne à laquelle elle n’a pas le sentiment d’appartenir et du mépris de la lointaine Dijon pour partir en région Centre, tel le vilain petit canard secouant ses plumes immaculées pour retrouver sa famille cygne. Il en est même, de ces rêveurs, à imaginer que la Nièvre serait un satellite de Paris : c’est dire à quel point le Nivernais se sent peu bourguignon. Las ! Si les débats ont fait rage dans la presse locale – certains oubliant un peu vite que la Nièvre est bourguignonne depuis les Ducs -, entre Dijon et Besançon, ça n’a pas remué grand-monde. Il faut dire qu’occupés à être les fayots du gouvernement et les premiers à annoncer leurs noces (voir encadré), les présidents des conseils régionaux de Bourgogne et Franche-Comté avaient d’autres DGS à fouetter : l’essentiel de la réforme est en effet porté par les Directions générales des services des deux régions, au grand dam des élus qui ont (enfin !) pu donner de la voix lors de la session plénière extraordinaire du conseil régional le 13 janvier dernier. Une émotion balayée par Marie-Guite Dufay, présidente de la Franche-Comté : « Ces questions sont naturelles mais laissez-nous travailler » a-t-elle répliqué aux conseillers régionaux furieux de voir le débat “confisqué”. Autrement dit : circulez, y’a rien à voir. Dans ce contexte, les poussées séparatistes de la Nièvre, hein…

 

Les joies de l’omnibus

Il n’empêche qu’un coup d’œil sur une carte montre que la Nièvre, déjà fort éloignée de sa capitale régionale Dijon, se retrouve dans la nouvelle configuration encore un peu plus à l’ouest. Toute personne devant se rendre d’une ville à l’autre connaît déjà les joies du tortillard baptisé TER qui joue les omnibus durant deux heures, quinze minutes et huit arrêts. La version route, avec vitesse limitée entre 90 et 70 km/heure à partir de Pouilly-en-Auxois, ses radars et la plaisante traversée du Morvan (joie hivernale) n’est pas mal non plus. On a testé une version par Luzy, pour changer : ça va pas plus vite, mais on voit du pays. On a même largement le temps d’apprécier… dans ces conditions, on n’ose imaginer ce que donnerait un redéploiement territorial des compétences régionales, obligeant un Nivernais à se rendre à Besançon pour des démarches. Plus de 7 h 30 par la route : à ce niveau, on pourra bientôt parler “d’épopée administrative”.

 

L’avenir est pourtant nivernais !

L’Insee qui a planché sur le futur territoire y a dégagé un axe Dijon-Mâcon. A l’est, indique l’institut, le territoire est « globalement plus dense, plus jeune et plus dynamique démographiquement. Il est bordé par les grandes aires urbaines de Mâcon, Chalon-sur-Saône, Beaune et Dijon qui prolongent le couloir rhodanien, et par celles de Montbéliard et Belfort situées à l’extrémité de l’axe rhénan. Il dessine ainsi un arc urbain qui s’étire jusqu’à la frontière suisse, jalonné des grandes aires urbaines de Dole, Besançon et Pontarlier. » Côté ouest, la Saône-et-Loire et la Nièvre perdent des habitants : – 21 300 pour cette dernière en 2011. La population tend également à vieillir : « les seniors de 75 ans et plus y sont proportionnellement les plus présents, en particulier dans le département de la Nièvre » , souligne l’Insee. Aïe.
Le conseil économique, social et environnemental régional (Ceser), assemblée consultative représentant les forces vives de la région, a lui aussi émis en octobre son rapport sur la future entité. En décrochage économique et démographique, Bourgogne et Franche-Comté mettent en commun dans la corbeille de mariage plus de bonne volonté et de potentiel, comme disent les agents immobiliers, que de capital. Lilliputienne coincée entre les cossues Champagne-Ardenne/Alsace/Lorraine et Auvergne/PACA, la future entité Bourgogne Franche-Comté devra jouer sur son atout géographique de sas entre Paris et la Suisse, et éviter une surenchère dont elle n’a pas les moyens. Un sage conseil surtout destiné à Dijon qui a beau se gonfler comme la grenouille de la fable mais ne pourra pas s’aligner sur ses puissantes voisines : « Notre région souffre d’un déséquilibre évident avec Paris, Lyon ou Strasbourg, elle doit plutôt rechercher la coopération », souligne le Ceser Bourgogne. Néanmoins, il y croit à condition de structurer un projet de territoire autour de la « réaffirmation de la grande vocation industrielle de la future région Bourgogne Franche-Comté ». Sont ainsi pointés « les synergies agricoles, les pôles de compétitivité (Vitagora et le Pôle nucléaire Bourgogne) » ou encore, divine surprise ! « les véhicules du futur entre la Nièvre et Montbard/Belford ». Alors la Nièvre, on te ressers un verre ?

 

La future région Bourgogne Franche-Comté, c’est…

Pas grand-monde : 2 816 800 hab. au dernier recensement, 11e sur 13 des nouvelles régions pour la démographie. Deux capitales régionales de plus de 100 000 habitants : Dijon (152 071 hab.) et Besançon (116 353 hab.) Nevers, 5e ville pour sa population avec ses 35 327 hab. est loin, loin derrière…
Vraiment peu : 5ème région par sa superficie (47 800 km²) mais avec une densité faible : 59 hab. Seule la Corse avec ses 36 hab/km² fait moins bien !
Mais aussi : 14 gares desservies par le TGV, 868 kilomètres d’autoroutes et 1 951 kilomètres de ligne TER, bien pratiques pour faire la liaison entre Nevers et Dijon !

(Sources : INSEE et RFF)

Une fusion à marche forcée ?

Dans le genre feu aux fesses, les noces entre la Bourgogne et la Franche-Comté sont un maître-étalon de rapidité… Qu’on en juge :
14 janvier 2014 : Conférence de presse de François Hollande et annonce de la réforme des régions administratives françaises
8 avril 2014 : Discours de politique générale de Manuels Valls : confirmation de la réduction par deux du nombre de régions administratives en France
14 avril 2014 : Conférence de presse conjointe de François Patriat (président du Conseil régional de Bourgogne, PS) et Marie-Guite Dufay, son homologue (PS) de Franche-Comté qui annoncent officiellement le rapprochement de deux régions
28 mai 2014 : Visite de Marylise Lebranchu, ministre de la Décentralisation, de la réforme de l’État et de la Fonction publique «venue saluer les deux régions, pionnières du mouvement entamé »
17 décembre 2014 : adoption de la loi relative à la délimitation des régions
Février 2015 : lancement du site « Bourgogne Franche-Comté en marche ». Organisation cette année d’un cycle de rencontres à l’échelle de la Bourgogne Franche-Comté autour de thématiques prioritaires notamment la transition énergétique, l’économie et la vie associative, histoire d’intéresser les citoyens à la future grande entité régionale…
1er janvier 2016 : Naissance de la grande région Bourgogne Franche-Comté