Comment garantir un meilleur accès aux soins dans les territoires ruraux comme la Nièvre ? Président du Conseil départemental, Fabien Bazin a exposé à Koikispass l’idée qu’il défend d’aboutir à la création d’une nouvelle spécialité dédiée à l’exercice de la médecine générale en zone rurale.
Quel constat tirez-vous de l’accès aux soins dans la Nièvre ?
Fabien Bazin : Il faut d’abord rappeler que la désertification médicale n’est pas qu’une affaire de ruralité. Elle touche aussi bien les zones rurales que périurbaines. Parmi les faits emblématiques, il y a par exemple les fermetures de maternités (la Nièvre ne compte qu’une seule maternité, Ndlr) ou de services d’urgences. Il ne s’agit pas tant d’opposer la ville à la campagne que de constater qu’en zone rurale, le manque de médecins généralistes et spécialistes se conjugue à un maillage hospitalier affaibli et à des distances importantes entre soignants et patients. Même si dans la Nièvre, nous avons réussi à maintenir nos hôpitaux ! Notre département se distingue en outre par un revenu fiscal moyen bas et une forte proportion de personnes âgées. Tout cela accroît les besoins de soins, rend particulier l’exercice de la médecine en ruralité et implique des compétences spécifiques.
Quelles solutions avez-vous déjà mises en place pour que les médecins s’installent dans le département ?
Nous avons obtenu d’être classés en zone de revitalisation rurale – excepté Nevers –, ce qui permet de faciliter fiscalement l’installation des professionnels de santé sur notre territoire, ceci sans compter la bourse que touchent les médecins quand ils s’établissent ici. Par ailleurs, nous avons salarié des médecins dans des centres de santé et nous travaillons avec l’association Médecins solidaires. Désormais, une cinquantaine de praticiens se relaient pour assurer un suivi en continu des patients, confronter les diagnostics et ainsi mieux soigner. Depuis 2016, nous accompagnons les étudiants avec un système de bourse – 500 euros par mois – contre l’engagement de s’installer dans le département, nous bonifions les indemnités de stages et nous avons renforcé les effectifs des pompiers par la présence de professionnels de santé à leurs côtés.
En quoi consisterait la création d’une nouvelle spécialité dédiée à l’exercice de la médecine en zone rurale ?
Plutôt qu’une spécialité, il s’agit de reconnaître les compétences spécifiques nécessaires à la médecine en zone rurale. Un généraliste doit savoir de manière plus poussée utiliser des outils de radiologie ou assurer un suivi gynécologique ou dermatologique en l’absence de spécialistes. Ce type de dispositif existe déjà ailleurs. En Australie, 25 % des médecins sont formés spécifiquement à l’exercice en zone rurale et le Canada a aussi développé des solutions intéressantes. Sans forcément se calquer sur ces modèles, il faut savoir s’inspirer des bonnes idées ! Nous ouvrons en tous cas le débat car des solutions nouvelles doivent être proposées et les spécificités reconnues pour rendre l’exercice en ruralité plus attractif.
Avez-vous reçu du soutien de la part du gouvernement ?
Le ministre de la Santé doit venir prochainement dans la Nièvre. Pour l’instant le cabinet du ministère nous dit que notre approche est cohérente. Maintenant, à nous de ne rien lâcher. Les collectivités territoriales ne doivent pas que gérer, elles doivent se montrer créatives. Nous voulons faire de notre département un laboratoire d’expérimentations, en lien avec le conseil de l’Ordre des médecins, et tester des solutions concrètes. Si elles fonctionnent, pourquoi ne pas les étendre à d’autres départements ruraux ?
Cela pourrait-il se concrétiser rapidement ?
Il faut auparavant changer le regard des décideurs sur la ruralité et rassurer les étudiants en médecine face à la peur de se retrouver isolés en zone rurale. Dans les grandes villes, le regard sur la ruralité n’est pas totalement en phase avec la réalité de ce qu’on vit. Par exemple, nous sommes le département où la proportion de professionnels de la culture est la plus élevée, et la culture dans la Nièvre est plus conviviale et accessible financièrement qu’à Paris ! J’ai la conviction depuis longtemps que la ruralité est moderne, mais encore faut-il lui donner les moyens…
“Apporter mon aide où il y a des besoins, sur le principe de « la part du colibri » Marie, future médecin généraliste dans la Nièvre’’
J’ai toujours voulu être médecin de campagne. Pourtant, mon parcours m’a d’abord menée en région parisienne, où nous avons fondé notre famille de cinq enfants. Avec mon mari, nous avons toujours cherché à nous rapprocher de la nature. D’abord avec un jardin ouvrier, puis une maison avec un potager, et enfin des poules, des lapins, un poney… Après un premier projet d’installation dans le Maine-et-Loire, une opportunité familiale va nous amener prochainement dans la Nièvre. Je serai la seule médecin au sein d’une maison médicale, aux côtés d’infirmières, d’un kiné et d’un psychologue. Je ne vois pas mon métier différemment selon le lieu : la médecine, c’est la médecine ! Je veux simplement exercer en étant alignée avec mes valeurs, où la nature est une source d’inspiration infinie, et où la vie est plus simple et plus saine. Il s’agit d’un désir personnel lié à un souhait professionnel : apporter mon aide où il y a des besoins, sur le principe de « la part du colibri », soit faire mon travail en conscience et à mon échelle.
Propos recueillis par Emmanuelle Héreil.








































