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Le chat sauvage sort ses griffes pour protéger la forêt du Morvan

Frédéric Beaucher à la tête du regroupement forestier le Chat Sauvage dans le Morvan / Photo par Romain Liger pour Koikispass

Proposer une gestion de la forêt à rebours de la sylviculture intensive et préserver les paysages ainsi que la biodiversité : telles sont les missions du groupement forestier Le Chat Sauvage, créé par des habitants du Morvan et qui compte plus de 600 associés. Koikispass est allé à la rencontre de son gérant, Frédéric Beaucher.

Comment est né Le Chat Sauvage ?

Frédéric Beaucher : Le groupement a été créé en 2015 par des habitants du Morvan. Ce mouvement voulait agir contre la transformation et même la destruction de la forêt que l’on constatait au quotidien, ainsi que son remplacement par des résineux [des sapins de Douglas, NDLR]. Il avait pour but aussi de s’opposer au mode de sylviculture associé qui prévoit que, dans 40 ou 50 ans, ces arbres seront tous enlevés en même temps, ce qui a un fort impact sur la biodiversité. Aujourd’hui, le groupement rassemble 600 associés qui possèdent 140 hectares dans le quart nord-ouest du Morvan.

Justement, quels sont les effets d’une coupe rase dans une parcelle forestière ?

Les impacts destructeurs sont nombreux : sur les paysages, sur les habitats naturels de la faune et de la flore, donc sur la biodiversité et sur les sols. Sans oublier la libération de gaz à effet de serre que cela entraîne. Comme il y a énormément de carbone stocké dans les sols forestiers, le fait de les mettre à nu, de les exposer à la lumière et de les brasser fait que la matière organique des sols se décompose très rapidement et libère du CO2 dans l’atmosphère. La forêt, au lieu d’être un puits à carbone, devient un émetteur. Et le cycle se répète : sur ces sols appauvris, on replante du douglas. On est à peu près sûr que, à la troisième rotation, le sol est complètement lessivé.

Comment Le Chat Sauvage gère-t-il sa forêt ?

Nous travaillons sur des forêts de feuillus [charmes, hêtres, chênes, frênes, NDLR] où nous pratiquons une sylviculture irrégulière à couvert continu. À aucun moment nous ne pratiquons la coupe rase. Nous essayons d’avoir à la fois un maximum d’essences diverses et des arbres de tous les âges : nous avons aussi bien des semis de 15 cm de haut que des arbres de cent ans et plus, qui sont conservés par pur intérêt écologique car ils constituent un habitat privilégié pour la biodiversité : insectes, oiseaux, chauves-souris…

Y a-t-il néanmoins un objectif de rentabilité de la forêt ?

À part quelques-unes qui font l’objet d’un enjeu écologique très particulier, les parcelles ne sont pas en libre évolution. On produit du bois, oui ; mais notre priorité est plutôt le maintien des paysages et de la biodiversité. On ne le fera jamais au détriment de l’enjeu écologique. Pour l’instant, les parcelles que nous possédons n’ont été que peu gérées. Nous en sommes au stade des coupes d’amélioration pour donner toutes leurs chances aux arbres repérés qui ont un potentiel important. Enfin, nous voulons que le bois soit traité en circuit local ; pas qu’il soit vendu en Chine ou ailleurs. Nous avons, au sein du groupement, un comité scientifique composé d’experts qui réalise un diagnostic écologique de chaque parcelle, accompagné de préconisations.

Comment se dessine l’avenir du Chat Sauvage ?

Nous sommes suffisamment d’associés. Nous cherchons plutôt des propriétaires de parcelles, même petites, qui seraient prêts à nous les vendre parce qu’ils adhèrent à nos façons de faire et à notre vision des choses.

Infos pratiques : plus d’infos sur forets-chatsauvage.org

Propos recueillis par Emmanuelle de Jésus

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