UN DOSSIER DE EMMANUELLE DE JESUS

La fin de l’année devrait voir les premiers abonnés neversois raccordés à la fibre optique : jusqu’à 200 mégabits de débit et ultra fiable, c’est l’internet de demain qu’Orange promet de déployer dans les communes de l’agglomération. Le reste du département, qui n’intéresse pas les opérateurs privés, devrait être équipé par l’initiative publique.

OBJECTIF : 60% DE LA NIÈVRE FIBRÉE EN 2020

Un film de 5 Go téléchargé en six minutes au lieu d’une heure, ça vous tente ? C’est là un des miracles du THD (Très Haut Débit) par fibre optique : permettant de transporter une grande quantité d’informations à la vitesse de la lumière quelle que soit la distance de son habitation au réseau, insensible aux perturbations de l’environnement, la fibre garantit à l’usager un débit sans commune mesure avec l’ADSL (jusqu’à 200 mégabits/seconde pour les particuliers). Outre un streaming sans

stress, cette technologie permet les envois de pièces jointes volumineuses en quelques secondes, l’image et le son en HD sur tous les écrans de la maison… les gamers pourront même jouer avec des homologues à l’autre bout de la planète sans différé perceptible (explosion des jeux et paris en ligne à prévoir). Bref, on l’aura compris : comme dans la pub pour les céréales, la fibre fait des merveilles question transit.

Dans ce contexte, novembre 2015 pourrait être Noël avant l’heure pour les quartiers La Baratte, Montapins et Mouesse de Nevers. Après des années d’attente, la ville, qui accusait un sérieux retard à l’allumage, va enfin pouvoir proposer le THD à quelque 7 000 logements grâce à la fibre optique.

Vice-Président de Nevers Agglomération en charge du développement numérique, Alain Bourcier se félicite de cet engouement de la capitale nivernaise pour le THD, même s’il reconnaît que cela arrive bien tard. « Cela a été un des engagements de Denis Thuriot lors des municipales, donc Nevers ne montre réellement son intérêt pour le numérique que depuis début 2014 ! Mais avec les projets de Cité numérique (voir encadré), Nevers Agglomération fait plus que rattraper son retard. Elle ambitionne de devenir le phare dans ce domaine au sein de la grande région Bourgogne-Franche Comté. En avance sur Dijon ou Besançon. »

Nevers va être progressivement fibré, quartier après quartier, Fourchambault devrait l’être en intégralité d’ici à 2017. En 2020, c’est la totalité des communes de Nevers Agglomération qui vont être équipées. Pourquoi ce délai ? Parce que l’installation de la fibre optique est un immense chantier puisqu’il s’agit de remplacer les bons vieux fils de cuivre du réseau téléphonique et rééquiper l’intégralité du réseau. Un investissement gigantesque : Orange, qui fibre Nevers, revendique 2 milliards d’euros d’investissement au niveau national entre 2010 et 2015. Pour rentabiliser une telle dépense, il faut donc des abonnés. Et vues la géographie et la démographie dans la Nièvre, c’est là que le bât blesse…

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UNE ARMÉE DE PIXELS

La Cité numérique, dans les bâtiments de l’ancienne Caserne Pittié, proposera 1800 m² de plateaux THD pour accueillir du télétravail, du coworking, une pépinière d’entreprises, des espaces de visioconférences et de télé-présence, à terme un data center pour la gestion et le stockage de données. Ouverture prévue : janvier 2016.

 

RÉSORBER LA FRACTURE NUMÉRIQUE

Lorsque le 27 avril 2011 les services de l’État publient les conclusions des opérateurs privés ayant répondu à l’Appel à Manifestation d’Intentions d’Investissements (AMII) prévu par le Programme National Très Haut Débit, les pages consacrées à la Nièvre pouvaient faire sourire… ou pleurer. Seul Orange avait manifesté un intérêt pour le département et uniquement là où la concentration d’abonnés potentiels est la plus forte : le territoire de Nevers Agglomération. Un positionnement stratégique parfaitement compréhensible, mais quid des habitants hors agglo ?

Actuellement, c’est Nièvre numérique qui, dans le cadre d’une délégation de service public (DSP), exerce la compétence de « service public local des communications électroniques sur le territoire » en se substituant au Conseil départemental de la Nièvre et à l’agglomération de Nevers. La structure existe depuis 10 ans et a pour ambition « d’éviter une fracture numérique durable ». A l’actif de Nièvre numérique, la mise en place d’une concession avec Axione/ETDE comme partenaire pour l’établissement de la boucle haut débit via une société ad hoc pour la Nièvre : NiverTel. Et la mise en place d’un cablâge fibre à travers le département dont profitent quelques abonnés : 150 sites publics, et des entreprises qui paient (actuellement cher) le THD sur la ZA de Varennes-Vauzelles, Magny-Cours, Fours et Clamecy…

L’étape suivante est donc le raccordement au plus grand nombre de foyers possibles. “Il faut imaginer que l’on a construit l’autoroute, explique Fabien Bazin, président de Nièvre numérique. A présent, il faut les départementales et les rues qui conduisent à chaque client.” Mais là, la volonté politique se heurte à la réalité économique : les Fournisseurs d’Accès à Internet (FAI) veulent bien investir… si le nombre d’abonnés le justifie.

C’est pourquoi Nièvre numérique est en discussion avec les autres départements bourguignons, ainsi que le Doubs et le Jura pour bâtir ensemble « des secteurs fibrés cohérents entre eux pour, à terme, proposer une offre commerciale intelligente », détaille Fabien Bazin. Dépense prévue : 50 millions d’euros abondés par l’Europe, l’État, la Région Bourgogne, le Conseil départemental et les communautés de communes, et éviter que la fracture numérique entre les communes du couloir ligérien et le reste du département ne prenne des allures de gouffre infranchissable, comme le redoute Alain Bourcier. L’objectif final est (en comptabilisant l’équipement sur le territoire de Nevers Agglomération) un département fibré à 60% d’ici à 2020.

 

LE THD, POUR QUI AU FAIT ?

Il existe bien sûr des freins à ce bel élan. Venant des FAI, d’abord. Pour l’instant, le réseau cuivre existant nécessite peu d’investissement et génère des recettes : dans les zones peu denses, il n’y a donc aucune urgence à fibrer, même si avec le temps les choses vont changer explique Pierre Bareille, directeur de Nièvre numérique. « Le réseau est de plus en plus vieillissant et va devenir de plus en cher pour de moins en moins de clients : à un moment, il y aura forcément une bascule vers le réseau fibre, avec des offres commerciales plus attractives que l’ADSL. »

Deuxième écueil, les abonnés eux-mêmes. Un département fibré à 60% ne signifie pas que la totalité des clients éligibles à la fibre optique choisiront cette solution internet. Après tout, nombreux sont les foyers nivernais qui n’ont pas besoin du THD, et continueront très bien à vivre avec l’ADSL, ou les solutions mises en place par Nièvre numérique en zones rurales et semi-rurales : Wimax et satellite. Fibrer le département, c’est donc d’abord et surtout une volonté politique qui veut miser sur le dynamisme des entreprises existantes, espérer en attirer de nouvelles, et parier aussi sur le mouvement de « retour à la campagne » que l’on voit s’amorcer chez les jeunes actifs. Une ville hyper-connectée comme ambitionne de devenir Nevers pourrait être un puissant signal envoyé aux entreprises installées dans les métropoles.

De même, une campagne numérique devrait attirer des « rurbains » (citadins qui viennent vivre en milieu rural) et permettre de repenser l’aménagement du territoire. «Les études prévoient 20% de télétravailleurs dans moins de dix ans», rappelle Fabien Bazin. A condition qu’opérateurs privés et collectivités publiques jouent le jeu,
que les élus s’intéressent réellement aux enjeux du secteur, qu’une communication intelligente soit mise en place pour bâtir une véritable identité numérique au département… « Tout retard dans ce domaine est aussi un retard de l’innovation », regrette Pierre Bareille. Mais si chacun s’y met, la Nièvre pourrait être le nouvel Eldorado 2.0. Plutôt excitant, comme perspective !

 

PETIT PRÉCIS DE LA FIBRE…

Dans le monde du numérique, on adore les acronymes. Mieux vaut donc être au jus pour comprendre ce que signifie…

FTTH

Fiber To The Home (fibre jusqu’au domicile). C’est le réseau à très haut débit qui permet aux usagers d’être raccordés à la fibre.

NRO

Noeud de Raccordement Optique. Dans un réseau de desserte optique, c’est le départ du signal d’où convergent les lignes des abonnés d’un même quartier ou d’une même ville.

PMZ

Une armoire PMZ (Point de Mutualisation de Zone) permet à plusieurs opérateurs concurrents de couvrir une zone afin d’y raccorder leurs propres abonnés. Pour faire clair, un abonné de Nevers Agglomération qui ne serait pas client Orange pourra avoir accès à la fibre puisque des accords commerciaux ont été conclus entre les différents FAI.

FAI

Fournisseur d’Accès A Internet tels que Free, Orange, SFR, Bouygues, Numéricâble… Ce sont eux qui vous proposeront de nouvelles offres adaptées pour avoir accès à la fibre.