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“Nous devons infuser de nouveaux récits. La Nièvre doit être comme un gros sachet de thé dans lequel on va mettre plein d’histoires qui vont se diffuser” 

Virginie Charrière est Directrice de la Fabrique Emploi et Territoires / Photo par Clément Millot pour Koikispass
Virginie Charrière est Directrice de la Fabrique Emploi et Territoires / Photo par Clément Millot pour Koikispass

Et si l’image que renvoient les territoires ruraux comme la Nièvre était en fait leur principal handicap ? Directrice de la Fabrique Emploi et Territoires, Virginie Charrière plaide pour l’émergence d’un nouveau récit qui crée à la fois de la fierté d’appartenance et de l’attractivité.  

Avec “Parole de décideur-euse : Les voix qui montrent la voie”, Koikispass donne la parole aux décideurs et aux décideuses qui nous font voir la Nièvre autrement

Comment se traduit votre attachement à la Nièvre ? 

Virginie Charrière : Tout d’abord, je suis née à Nevers. J’y ai vécu toute mon enfance avant de partir pour faire mes études à Dijon. Après avoir habité Paris, nous avons souhaité revenir dans la Nièvre avec mon mari, malgré le fait que l’on entende souvent dire qu’il ne s’y passe rien. Mais c’est ignorer que beaucoup des choses qui se font restent sous le radar des médias. Or l’accès à l’information est la clef. Le fait qu’elle ne circule pas assez crée un sentiment de manque. Par ailleurs, je suis convaincue que le territoire est ce que l’on en fait. On ne peut pas regretter qu’il ne se passe rien si on ne s’investit pas. Personnellement, je suis investie dans de nombreuses associations notamment une AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne) depuis 12 ans. J’ai également contribué à la création d’une association dans les Amognes, La Convergence des ZUT, avec laquelle nous avons monté un marché de producteurs. Enfin je fais partie des membres fondateurs du café associatif Le Pot commun à Nevers. Toutes ces initiatives constituent pour moi un plaidoyer en faveur du collectif, une valeur à laquelle je crois beaucoup. 

Qu’est-ce que vous évoque ce que l’on nomme la “Nièvrose” ? 

Avant tout un mauvais jeu de mots. Mais il faut dire qu’on est très mauvais pour se vendre dans la Nièvre. Pourtant, au moment du Covid, beaucoup de gens ont choisi de se réfugier dans nos territoires ruraux parce qu’on y trouve de la place et une proximité avec la nature. Avec le changement climatique, on peut prédire que ces territoires vont devenir de plus en plus attractifs. Mais il ne faut pas se voiler la face. Tout n’est pas rose. Ce qui implique de faire preuve de créativité pour trouver des solutions. Sachant que nous sommes pénalisés par les politiques publiques qui reposent sur un principe d’égalité et non d’équité. Appliquer les mêmes critères partout dessert les territoires les plus fragiles. Malgré cela, on y arrive. Depuis deux ans par exemple, nous sommes en train de constituer un pôle de coopération économique dédié au réemploi et à l’économie circulaire. Le  but est de favoriser la réinsertion des personnes éloignées de l’emploi en s’appuyant sur les marchés publics et de l’économie locale.

Est-ce un handicap d’être un territoire de la diagonale du vide ? 

Je pense qu’il faut assumer d’être dans cette diagonale mais en parler autrement. Il ne faut pas se dénigrer, ni se laisser dénigrer. Et clamer que nous sommes la diagonale verte ou bien la diagonale où il fait bon respirer. 

Les métropoles ont capté l’hégémonie culturelle. S’agit-il de construire une alternative à cette hégémonie ? 

C’est exactement ça. Il faut alimenter la fierté d’être Nivernais. Et tout passe par le récit que l’on fait du territoire. À ce titre, je recommande vivement la lecture du livre de Valérie Jousseaume, Plouc Pride, un nouveau récit pour les campagnes. Selon elle, la ruralité demeure à l’heure actuelle un impensé politique. Nous devons tous faire en sorte que ce ne le soit plus. Nous devons infuser de nouveaux récits. La Nièvre doit être comme un gros sachet de thé dans lequel on va mettre plein d’histoires qui vont se diffuser.  

Quelles sont les idées reçues sur l’emploi dans la Nièvre ? 

Le cliché est de dire qu’il n’y a pas d’emplois dans la Nièvre. C’est faux. Il existe un vivier d’offres non pourvues dans les services à la personne et le soin des plus fragiles. Ce ne sont pas des métiers faciles mais ce sont aussi des emplois non délocalisables, non remplaçables par l’IA et qui ont du sens. Il y a cependant un gros travail à faire pour valoriser ce secteur. Les autres secteurs en tension sont l’industrie et le bâtiment. Fondé dans la Nièvre, Eurosit, un des leaders de la fabrication de chaises de bureaux, est par exemple à la recherche de couturiers et de couturières. Il ne faut pas non plus oublier l’économie sociale et solidaire qui représente 12% de l’emploi salarié dans le département, ce qui est beaucoup par rapport à la moyenne.

Quelle est la mission de la Fabrique Emploi et Territoires ?

Notre mission est d’être aux côtés des acteurs socio-économiques nivernais ainsi que des employeurs dans les domaines de l’économie sociale et solidaire, de l’industrie, du bâtiment, de l’économie circulaire, du médico-social ou encore du soin à domicile afin de leur apporter des solutions au plus proche des enjeux locaux sur le volet des ressources humaines et de l’emploi. Cela consiste entre autres à les aider à faire des fiches de poste, à encourager l’inclusivité (embauches de jeunes en alternance, de séniors…) ou encore à rendre attractifs les métiers du “Prendre Soin”. Nous dispensons également aux entreprises de l’économie sociale et solidaire des accompagnements sur mesure sur différents sujets comme la gouvernance, le modèle économique ou la communication 

Quelles sont selon vous les voix à écouter dans la Nièvre ? 

J’ai beaucoup d’estime pour celles et ceux qui permettent aux autres de se révéler. Je pense notamment à la metteuse en scène Barbara Boichot avec qui nous avons travaillé à la Fabrique Emploi et Territoires pour imaginer des saynètes qui illustrent le thème des seniors et de l’emploi. Je pense aussi à la journaliste du Journal du Centre Alice Forges qui anime des ateliers d’écriture à la librairie Les Audacieuses à Nevers, à l’association les Entrepren’heureuses qui permet aux femmes entrepreneuses de se réunir pour partager leur expérience, ou encore à Françoise Ducourtioux, ex-directrice artistique des Zaccros d’ma rue et présidente de Saxi-Zinc à Saxi-Bourdon, association qui a pour but d’animer un café et une grange culturels. Je dirais qu’elles font partie du patrimoine de l’humanité de la Nièvre.  Mais il y a plein d’autres personnalités à rencontrer. Il suffit de sortir de chez soi et d’aller dans les associations ; et il y a en a beaucoup et pour tous les goûts. Car la vie c’est créer du lien. C’est parce que nous avons su communiquer entre nous que notre espèce, les sapiens, a pu traverser les millénaires. C’est une question de survie.   

Propos recueillis par Renaud Charles

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