Alors que le centre de Nevers est à l’aube d’une grande transformation, Koikispass s’est entretenu avec le maire Denis Thuriot sur la vocation d’un centre-ville à l’heure du e-commerce.
D’un côté le commerce en ligne, de l’autre les zones commerciales installées en périphérie : comment les centres-villes peuvent-ils se démarquer pour faire face à une telle concurrence ?
Denis Thuriot : La concurrence entre les centres-villes et les zones commerciales en périphérie n’est pas nouvelle. En ce qui concerne Nevers, j’estime qu’il y a eu un développement excessif de ces zones extérieures alors que dans le même temps on assistait à une forte baisse de la population. Aujourd’hui, il faut faire en sorte que ces deux offres se complètent. L’offre du centre-ville se doit d’être différente et de qualité. Si c’est pour vendre la même chose que dans une galerie marchande, cela n’a pas de sens. Quant au e-commerce, il a fait naître une volonté d’immédiateté excessive à laquelle un commerçant n’est pas toujours en capacité de répondre. D’autant que certains biens peuvent attendre, car cette immédiateté a un coût, notamment pour la planète. Nous devons tous en avoir conscience car in fine, ce n’est ni le commerçant ni l’élu qui décide, mais le consommateur.
Derrière cette question de l’aménagement du centre-ville de Nevers , il y a donc une dimension politique…
Oui. Même si les collectivités n’ont pas vocation à se mêler de tout, elles doivent avoir une vision claire de la manière dont s’organise l’activité commerciale sur leur territoire, et agir pour une meilleure régulation. Nous vivons dans une société de consommation outrancière. Si nous voulons le changement, il faut que nous traitions nos contradictions. C’est pour cela que nous avons constitué un panel de citoyens, constitué d’habitants de Nevers mais aussi d’usagers qui n’habitent pas nécessairement le centre-ville, pour réfléchir à une vision d’avenir.
L’urbanisme joue un rôle important pour favoriser l’attractivité du centre-ville de Nevers, entre la nécessité d’un côté d’offrir plus de confort aux piétons et de l’autre de ne pas se couper de ceux qui se déplacent en voiture. Où se trouve l’équilibre ?
Aujourd’hui, à Nevers, on ne peut pas fermer la porte aux voitures. Vu l’état du commerce et l’âge de notre population, ce serait une erreur. Raison pour laquelle nous avons opté pour le stationnement de surface avec zones bleues, ce qui est rare pour une ville comme la nôtre. C’est un manque à gagner de 700 000 € par an mais c’est un choix qui constitue un investissement. Nous avons considéré que c’était une manière de faire revenir les gens et de mettre les commerces du centre-ville à égalité avec les zones commerciales. Nous souhaitons également accentuer l’offre de stationnement en périphérie pour à terme délester le centre, notamment sur l’ex-nationale 7 ou dans des parkings d’entrée de ville. Mais tout cela n’a de sens que si l’on travaille à rendre la zone piétonne plus agréable.
L’animation du centre-ville de Nevers est un autre enjeu majeur. Si les grands centres commerciaux n’hésitent pas à proposer des animations culturelles, l’atout des centres-villes est de concentrer un grand nombre de lieux culturels. Ceux-ci pourraient-ils être associés à la dynamisation du centre-ville de Nevers ?
Le projet que l’on mène a pour ambition de faire du centre-ville de Nevers un but de promenade pour les Neversois, mais aussi pour les Nivernais, les habitants des départements limitrophes et les touristes. Il faut que ce soit un lieu de découverte car ce qui donne envie aux gens de venir, c’est avant tout l’animation. Dans le cahier des charges que nous sommes en train d’imaginer, nous souhaitons réserver des espaces conçus pour accueillir une programmation. Par ailleurs, grâce au plan national « Action Cœur de Ville », nous allons rénover de nombreux logements en centre-ville qui vont permettre de faire revenir des habitants et donc favoriser l’animation.
Propos recueillis par Renaud CHARLES






































