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Quand la Nièvre inventa l’Antiseptique

On a beau dire : si les Ricains n’étaient pas là, nous serions tous unijambistes. Car c’est dans la Nièvre que deux scientifiques, installés à l’hôpital américain de Saint-Parize-le-Châtel ont révolutionné la médecine. Ils ont permis à des générations de blessés de rester debout sur leurs guibolles.

4 juillet 1917 – le lieutenant-colonel Stanton, debout devant la tombe du héros français de la Guerre d’Indépendance américaine au cimetière Picpus à Paris s’exclame : « La Fayette nous voilà ! ». Fraîchement débarqués sur les côtes françaises, les Ricains, persuadés que la guerre va encore durer des années choisissent Saint-Parize-le-Châtel et Mars-sur-Allier – pour leur position centrale. Ils y installent le plus grand hôpital de campagne de France, aujourd’hui occupé en grande partie par le circuit de Magny-Cours (hôpital dont il ne reste qu’un château d’eau mais qui accueillit des blocs opératoires, des laboratoires, des lits pour 40000 blessés et même une fanfare et un journal).

Un an plus tard, les 700 baraquements du camp américain sont répartis sur 330 hectares (20 fois le Stade de France). Parmi eux, le chimiste anglais Henry Drysdale Dakin (1880-1952), et le chirurgien français, Prix Nobel en 1912 et pionnier de la chirurgie vasculaire Alexis Carrel (1873-1944) s’écrient en chœur : « Eurêka ça marche ! ».

Antiseptique
Hôpital américain de Mars-sur-Allier / Saint-Parize-le-Châtel
© Archives Départementales

Les bras (ne) m’en tombent (plus)…

Les deux scientifiques ont enfin pu développer une de leurs idées. Datant de 1916, jusque là l’Académie de Médecine se refusait à valider : un mélange constitué à 99% d’eau et à 1% d’hypochlorite de sodium (un composant de l’eau de Javel). Appliquée sur les plaies, la solution qui porte à l’origine le nom de ses inventeurs, Carrel-Dakin permet de désinfecter les plaies par un effet antiseptique. Une réaction sans démangeaisons et sans coloration de la peau (contrairement à l’éosine par exemple).

Et si l’invention révolutionne la médecine toute entière c’est parce que jusque là seul Joseph Lister avait établi l’antiseptique par aspersion de phénol dans l’air après que Pasteur eut établi que les microbes étaient dans l’air ambiant ou par application de pansements antiseptiques en soie huilée recouverte de dextrine : ancêtre du Tulle gras. Et ce ne sera que dix ans plus tard qu’Alexander Fleming découvrira par hasard les antibiotiques (par hasard comme la tarte Tatin. On a les accidents que l’on peut !).

Mais jusqu’alors, sur les champs de bataille, le recours à l’amputation était légion. A l’hôpital de militaire Saint-Parize, cela va avoir un effet immédiat sur les blessés accueillis jusqu’en mai 1919 (par 8000 employés). Le Dakin va connaître une ascension fulgurante et fait toujours partie des antiseptiques les plus courants utilisés en médecine. Dakin et Carrel recevront la Légion d’Honneur pour cette découverte.

Pourquoi le Dakin est-il rose ?

Aucun rapport avec Hello Kitty ni même une volonté de le « genrer » mais une explication toute scientifique : l’hypochlorite de sodium est un composé chimique instable qui perd ses propriétés en quelques semaines au contact des rayons ultraviolets. Stabilisé par du Permanganate de Potassium, également désinfectant, le Dakin peut se conserver jusqu’à 30 mois au lieu de 3 à 4 semaines.

Pour en savoir plus :

Archives départementales de la Nièvre Cahiers LandArc 2019 – N°31
Les américains en Bourgogne, Marie-Françoise Barbot éditions Sutton

Par Antoine Gavory

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