Le running (course à pied, en VF) a de plus en plus d’adeptes en France et aligne quelques belles compétitions parmi lesquelles La Bottine a fait une entrée remarquée malgré son jeune âge. Qu’est-ce qui fait courir les runners ? Quels sont les bienfaits de la course à pied ? Comment bien se préparer ? Avant de chausser les baskets, tour de piste avec Antoine de Wilde, athlète de haut niveau, créateur et organisateur de La Bottine.

490 avant Jésus-Christ. Le messager grec Philippidès parcourt les 42 km et quelques foulées de spartiates (les chaussures, pas les habitants de Sparte) qui séparent la ville de Marathon de la capitale grecque Athènes afin d’annoncer la victoire des Grecs sur les Perses.

Cette histoire, due à un certain Lucien de Samostate qui s’était emmêlé les crayons en lisant (mal) Hérodote et Plutarque, n’en est pas moins à l’origine de la légende du marathon (la course, pas la ville. Il faut suivre, je sais…). Le marathon, entendu comme épreuve sportive, a été créé lui à l’occasion des JO d’Athènes de 1896 sur une idée du linguiste Michel Bréal dont on signale au passage qu’il fut le beau-père de Romain Rolland, Prix Nobel de littérature dont s’enorgueillit notre département. Cette introduction érudite qui vous permettra :

1) de briller en terrasse le jour de La Bottine ou de son pendant masculin La Moustache à l’heure du débriefing et 2) de claquer le beignet de votre tonton Marcel, europhobe farouche qui tient les Grecs pour des feignasses juste bons à boire de l’ouzo en écoutant Nana Mouskouri (votre tonton Marcel a un faible pour Angela Merkel), m’autorise à vous entretenir de course à pied.

L’épreuve reine, le marathon (42, 195 km) dont un des plus célèbres se court à New York a ouvert la voie à d’autres courses à pied mythiques en milieu naturel (ou trail) parmi lesquelles le Marathon des Sables au Maroc ou La Diagonale des Fous à La Réunion, véritables prouesses physiques dont le spectacle vous donne envie de saluer bien bas les participants, croyez-en mon expérience.

Plus sages, mais pas moins passionnés, on compte aujourd’hui en France 8,5 millions de pratiquants de la course à pied, soit 19% de la population (1). Pour mémoire, ils étaient 6 millions au début des années 2000. Pourquoi un tel engouement ? La réponse tient en trois points : simplicité, convivialité, santé.

Chaussures à son pied

Si le running est accessible à tous, et ne nécessite pas un équipement spécifique pour débuter, il y a néanmoins un point à ne pas négliger : les chaussures.

Antoine de Wilde conseille de se rapprocher de magasins disposant de vendeurs spécialisés pour choisir les baskets qui conviendront parfaitement et éviteront les blessures. Car chacun de nous, en plus d’avoir des pieds à la morphologie spécifique, pratique (très souvent sans le savoir), un type de foulée.

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Courir c’est… Facile !

Pour débuter le running, rien de plus simple : une paire de baskets (voir « Chaussures à son pied ») et c’est parti ! Pas besoin de structures équipées, de matériel, de salles à horaires, de partenaires… Il suffit de commencer, comme Forrest Gump quand il décide « sans raison particulière, d’aller courir un peu » et finit par traverser les Etats-Unis (en inventant le smiley au passage).

Et on peut courir partout : sur le bitume des villes ou la terre des chemins. A ce sujet, le multi-champion, créateur et organisateur de La Bottine Antoine De Wilde (2) souligne l’incroyable potentiel de Nevers et de ses environs pour un coureur. « Bâtie sur une butte, la ville offre des dénivelés naturels, des marches, dans un cadre de vie exceptionnel. C’est la campagne à la ville, avec non loin des parcours variés, plats, vallonnés, en forêts, sur route, sur sable en bord de Loire… »

Pour débuter, Antoine de Wilde conseille d’y aller mollo : un quart d’heure à son rythme tous les jours pour sentir son corps. Même ainsi, on n’échappera pas aux courbatures ! Ensuite c’est naturellement que l’on va étendre son effort. « Quelqu’un qui se sent bien au bout de quinze minutes va se dire : allez, je fais vingt. Puis une demi-heure, puis va allonger ses sorties, varier ses parcours », assure-t-il. Cours, Forrest, cours !

(1) Enquête de la Fédération française d’athlétisme réalisée entre avril et septembre 2013.
(2) www.antoinedewilde.com

chaussure-dossier-runningLes « universels », poseront le pied à plat, quand les « pronateurs » utiliseront davantage l’intérieur des pieds au contraire des « supinateurs » qui usent l’extérieur et font les malins car ils ne représentent que 5% des coureurs.

En magasin, le vendeur vérifiera votre foulée en vous faisant courir dans les rayons ou en utilisant un tapis. N’hésitez pas non plus à apporter une ancienne paire de baskets pour qu’il en vérifie l’usure. Si vous portez des semelles orthopédiques, itou : elles seront indispensables pour trouver chaussures à votre pied.

« Pour débuter, une paire de baskets d’entrée de gamme, si elles sont bien adaptées, suffit », assure Antoine de Wilde. Si vous êtes mordus, il est probable qu’ensuite vous opterez pour une paire plus technique, et là l’investissement peut être conséquent : les prix peuvent s’envoler largement au-delà de 200 euros.

Courir c’est… Social !

Courir, a priori, est à la portée de tout le monde sauf handicap : les plus feignants d’entre nous ont un jour dû courir pour chopper un bus, éviter une chute au petit étrennant son premier vélo, ou rattraper Mirza le chien qui est vraiment une sale bête depuis la chanson de Nino Ferrer.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles le running est de plus en plus tendance : chacun ou presque est susceptible un jour de s’y mettre. Surfant sur ladite tendance, les clubs fleurissent donc comme colchiques dans les prés (version Cabrel) et l’humain étant un animal social, une fois mordu par le démon de la course – et même si le running commence souvent par un voyage en solitaire (dixit Gérard Manset, ce paragraphe alambiqué étant décidément voué à la chanson française) – il est probable que vous vous chercherez des camarades pour courir de conserve. L’étape suivante est logiquement l’inscription à des compétitions, où on ne va pas forcément pour la gagne mais aussi pour l’ambiance.

quand on court, on est métaphoriquement à poil

A Nevers, le NMF ou Nevers Morning Footing, – en effet, l’on peut y croiser le fondateur de ce magazine, je devance l’appel au cas où des grincheux hurleraient au copinage – rassemble des mordus de running qui, trois fois par semaine, se lèvent aux aurores pour courir avant de prendre ensemble un petit café bien mérité.

Chacun ensuite rentre chez soi pour une douche (quand même) avant d’attaquer du bon pied (haha) sa journée de boulot. Le club Bottine quant à lui, rassemble plus de 150 femmes (marcheuses, coureuses débutantes ou confirmées) qui s’entraînent au long de l’année en vue de La Bottine et trouvent au sein du groupe des partenaires pour leurs sorties qui peuvent se transformer en copines.

« Il y entre une dimension supplémentaire : celle de la sécurité, souligne Antoine de Wilde. Une femme seule n’ira pas courir à dix heures du soir. A sept ou huit, elles ne se refusent plus leurs entraînements. » Dernier aspect du running, particulièrement vrai en compétition : il gomme, le temps d’une course, les inégalités. Riche ou dans la dèche, patron surbooké ou chômeur de longue durée, jeune, vieux, sans soucis ou perclus de contrariétés : quand on court, on est métaphoriquement à poil. Plus rien ne compte sinon les foulées, c’est-à-dire un corps et un mental…

courir-c-est-social

Courir c’est… Bon !

Car si faire du sport est généralement bon pour la santé, c’est tout particulièrement vrai du running qui offre une vraie relation avec soi dans la dimension physique mais aussi psychique.

Sur le plan corporel, courir incite sans forcer à une meilleure hygiène de vie sur le plan alimentaire (bon pour la silhouette), fait réfléchir sur les bienfaits du tabac (surtout lorsqu’une toux bien glaireuse vous fauche en plein entraînement) et fait secréter, à partir d’un certain effort, de l’endorphine : un runner régulier ressent du plaisir lorsqu’il court et se sent en manque s’il est privé de sorties pendant plusieurs jours d’affilée. En courant, on travaille ses muscles et son souffle et par la transpiration, on évacue les toxines. Sur le plan symbolique, la métaphore fonctionne aussi : même si on court en groupe, courir c’est d’abord « un moment à soi, assure Antoine de Wilde.

On réfléchit à plein de choses, sur le plan professionnel ou privé. » Courir est aussi un défi que l’on se lance : car l’effort, à un certain niveau, devient exigence. Au même titre que la natation, le cyclisme ou la boxe, la course à pied est une discipline rude, où on se bat d’abord contre soi. « C’est un sport qui demande d’être rigoureux, courageux et patient, analyse le champion. Une lutte éternelle contre le doute mais aussi une bonne école de la vie : seul face à des contraintes, il faut savoir faire face. » Et, toujours à son rythme, ne jamais renoncer. Pas mal comme programme avec une simple paire de baskets, non ?

Sandrine a commencé la course à pied il y a quelques années pour accompagner son mari, grand sportif.

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Membre du Nevers Morning Footing (NMF) depuis 2011, elle apprécie le bon esprit qui y règne : « Les plus entraînés attendent ceux qui débutent… au début, on m’a beaucoup attendue. Maintenant, c’est moi qui vais chercher les autres ! » C’est que, depuis les «petites sorties de 20 minutes» de ses début, Sandrine est devenue accro : La Parisienne, le Marathon de Paris et bien sûr La Bottine… elle enchaîne les kilomètres et aime ça.

« J’apprécie ce sport qui permet de se libérer du stress quotidien. On peut le pratiquer pour soi, ou en groupe comme au NMF ce qui permet des rencontres et pour nous les femmes d’oser sortir puisqu’on n’est jamais seule. Sans oublier qu’avec de la régularité, on voir son corps se transformer, se muscler… Bien-être, plaisir et convivialité, ce serait mes mots pour le running ! »

Jean-Christophe a débuté pour assouvir un besoin de sortir et de décompresser… aujourd’hui, c’est un passionné.

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«Au départ, on se lance de petits défis, améliorer sa distance, son temps… puis on élabore des stratégies pour y parvenir.» Pour cela, rien ne vaut la course à plusieurs ! «Courir c’est un sport solitaire mais que l’on ne peut pratiquer seul, analyse-t-il en reprenant la formule du coureur Jacky Belin. On court avec ses propres sensations, mais la seule façon de progresser, c’est avec les autres.»

Licencié à l’Amicale omnisports nivernaise (AON), Jean-Christophe a commencé avec les épreuves classiques sur route, des Foulées de Nevers au marathon – «c’est attirant et finir une telle épreuve est émouvant» – mais privilégie aujourd’hui les courses en pleine nature, notamment en montagne où l’obsession du chrono est moindre. En vacances, lui et son épouse Aurélie prennent plaisir à découvrir de nouvelles régions par le biais de la course.

Les conseils de l’expert

David Padaré, diététicien nutritionniste diplômé d’Etat à Fourchambault et coureur (triathlon notamment) est spécialisé dans les conseils aux sportifs. On lui a posé LA question…

La course à pied fait-elle maigrir ?

David Padaré : Le sport ne fait pas maigrir, certes, mais il y contribue! Quelle que soit l’intensité de l’activité pratiquée, l’exercice physique augmente la dépense de calories. Pour alimenter ce besoin énergétique de circonstance, votre organisme puise dans ses ressources, ce qui vous allège effectivement de quelques grammes ou centaines de grammes, suivant la durée de l’exercice. Et oui, c’est lent ! Imaginez que 100 grammes de graisses fournissent à eux seuls déjà 900 kcal, l’équivalent d’une bonne heure et demie de footing à allure modérée !

Ce qui est plus rapide, en revanche, ce sont les pertes d’eau corporelle. En fait, elles représentent la quasi-totalité du poids perdu sur la balance. Mais ne désespérez pas, les petites ruisseaux font les grandes rivières (c’est le cas de le dire, NDLR). Dans ce domaine, la régularité paie. C’est en pratiquant régulièrement que progressivement les bénéfices se matérialiseront sur la balance.

A commencer par un amincissement certain, reflet d’une meilleure tonicité musculaire et d’une amélioration du rapport muscles/graisse. Autre point important à souligner: votre organisme continue à brûler des calories même après l’effort, ce qui vous gratifie d’une bonne demi-heure de rab à chaque séance ! Attention également, l’effort ouvre l’appétit : donc la règle est de ne pas surcompenser après une course par un excès de féculent ou des aliments plaisir.

votre organisme continue à brûler des calories même après l’effort

Quelle alimentation conseilleriez-vous ?

Avant l’effort, pour un meilleur confort, notamment digestif, il vaut mieux être léger et à son aise. Des repas normaux avant l’activité suffisent (au déjeuner : crudités, poisson ou viande blanche, légumes verts et féculents ou pain, produit laitier maigre et fruit frais), éventuellement relayés, en l’absence de féculents ou de pain par une barre de céréales, un fruit ou une compote sans sucre ajouté en collation au goûter. Ne pas oublier de bien s’hydrater dans les heures précédant l’activité.

Pendant l’effort : selon les cas, de l’eau plate ou une boisson énergétique très diluée si l’activité se prolonge au-delà d’1h (privilégier les boissons spécifiques riches en minéraux). Prévoyez toujours une barre de céréales en cas de coup de pompe.

Après l’effort : dans la pratique loisir ou de bien-être, le repas dit « de récupération » vise essentiellement à désacidifier l’organisme, réhydrater, reminéraliser et régénérer la fibre musculaire. On recherchera les aliments alcalins : légumes, pomme de terre, quinoa, marrons, huile vierge (olive, noix), laitages et préparations à base d’oeuf (flans de légumes, quiches aux légumes…), préparations à base de soja, fruits doux, eau gazeuse, thé vert et infusions à base de plantes… en limitant les aliments acidifiants : viandes, céréales, sodas, sucre…

Retrouvez les conseils de David Padaré sur diverses revues spécialisées et sur son site : www.nuteoconsult.com

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