A le voir devant un piano, la clef d’accordage en main, Stéphane Martinet rappelle un peu le Chaplin des “Temps Modernes”. Depuis 22 ans, et toujours avec passion, le dernier accordeur de la Nièvre tire sur la corde pour faire chanter les pianos.

D’une maman violoniste et d’une enfance passée devant les blanches et les noires, Stéphane Martinet garde le souvenir du travail que l’accordeur faisait chez ses parents : « Je restais à côté et j’étais passionné. Puis je suis allé traîner dans son atelier à Auxerre ». Destiné à une carrière de prof de piano, il intègre finalement l’école d’accordeur du Mans et se met au diapason.

Comment travaille t-on ?

Avec son oreille et un diapason pour obtenir un bel accord qui tient et qui est harmonieux. Il faut du temps, apprendre à connaître la corde, à la placer correctement  pour qu’elle reste dans la position qui convient. Quand tu commences dans ce métier, tu peux mettre une journée pour accorder un instrument. Tu sais que ça ne va pas mais tu ne sais pas pourquoi. Il faut être patient et surtout très passionné. Aujourd’hui, je fais parfois 5 accords par jour.

Dernier dinosaure ?

Il y a des accordeurs formés mais il y a de moins en moins de pianos. On a perdu toute la clientèle des pianistes débutants parce que les parents se dirigent vers le numérique. Je travaille de moins en moins avec les particuliers, et je vais de plus en plus loin. Cet après-midi, je vais accorder un piano pour Barbara Hendricks.

La relation entre pianiste et accordeur ?

Un accordeur disait que le caprice est inversement proportionnel au talent. J’ai travaillé avec les plus grands et je n’ai jamais eu une seule remarque. Inversement, un jour, un pianiste m’a dit que le piano était trop bas : je lui ai conseillé de régler son siège… D’une manière générale, on peut avoir des demandes, sur le toucher par exemple, qui peuvent être indispensables pour le confort du musicien et tout à fait justifiées. Mais un vrai pianiste reconnaît tout de suite si un piano est bien accordé ou pas.

Qu’est ce qui te passionne encore dans ce métier ?

Le résultat final. Le bel accord. C’est un travail à la chaîne d’accorder 220 cordes mais il y a toujours l’objectif du bel accord, quel que soit le piano.

Le dernier accordeur de la Nièvre