Si vous ne pouvez pas aller aux services publics, les services publics iront à vous. Face à la désertification en zone rurale, l’entreprise solidaire Ville à joie a eu l’idée de concevoir des événements à travers la France permettant de regrouper le temps d’une journée les services faisant défaut aux villageois dans une ambiance de guinguette. Et depuis peu, l’équipe, basée dans la Nièvre, a lancé un programme pour accompagner les jeunes souhaitant créer leur entreprise dans le département. Ce dont nous parlent Marius Drigny, le fondateur du concept, et Mariann Retailleau, responsable de tournées, alors que le prochain événement a lieu à Champlemy le 12 décembre, village de 300 habitants entre Clamecy et La Charité.
Quel est le constat à l’origine de la création de Ville à Joie ?
Marius Drigny : Ma famille vient de Côte-d’Or et ma grand-mère vit encore dans un petit village qui a perdu en vingt ans son bar, son épicerie et sa boulangerie. Elle voit très peu de monde au quotidien. Et en discutant autour de moi, je me suis rendu compte que cette dévitalisation et l’isolement, touchaient énormément de villages en France. À l’été 2020, juste après la première vague de Covid, je me suis lancé.
Comment fonctionne le concept ?
Marius Drigny : Le but est d’apporter des services là où il n’y en a pas à travers des tournées itinérantes et festives. Concrètement, on transforme la place du village en guinguette et on fait venir par exemple un opticien pour tester la vue, France Services pour faciliter les démarches administratives ou encore France Rénov’ pour informer sur les aides à la rénovation.
Et comment choisissez-vous les structures invitées ?
Marius Drigny : On part des besoins que les habitants ou les maires nous remontent. On essaie toujours de couvrir trois grands thèmes à savoir la santé, l’habitat et l’administratif. Mais tout le monde est le bienvenu, les associations locales comme les clubs de sport ou les lieux culturels.
Quel est votre mode de financement ?
Marius Drigny : Nous sommes une entreprise solidaire financée à 20 % par les collectivités et à 80% par des financeurs divers comme l’Ademe, le Fonds vert pour la réduction des déplacements ou encore des partenaires privés. Aucun financeur ne dépasse un quart du budget total.
Comment se passent les tournées ?
Marius Drigny : En moyenne, nous rassemblons une soixantaine de personnes par date. Dans des villages qui comptent souvent en moyenne 500 habitants, c’est une bonne proportion. Au début, le concept intrigue, car ce n’est ni un forum des associations ni une simple caravane. Mais la jeunesse de l’équipe joue beaucoup. Les habitants apprécient de voir des jeunes s’engager en faveur de la vitalité des villages. Et puis il y a le quiz musical de fin de journée… Les gens se prennent au jeu et nous remercient quand on part !
Votre prochaine date dans la Nièvre aura lieu à Champlemy le 12 décembre…
Marius Drigny : Ce sera une date en intérieur puisque c’est l’hiver. La restauration sera assurée par Fabio Pizza et la buvette sera tenue par l’association de sauvegarde du vieux château de Champlemy, ce qui lui permettra ainsi de récolter des fonds. Côté services, nous aurons la présence entre autres de la Chambre d’agriculture de la Nièvre et de France Services.
En plus des tournées, vous proposez désormais un service d’accompagnement pour les jeunes créateurs d’entreprise dans la Nièvre…
Mariann Retailleau : Effectivement, on lance pour la première fois une expérimentation, « Le rebond rural », qui a pour but d’accompagner les jeunes souhaitant créer leur activité dans le département. Les critères ont été définis avec l’Agence pour l’emploi des cadres (Apec) et le programme s’adresse aux 18 / 30 ans titulaires d’un bac +3. Il est complètement gratuit et va durer jusqu’à fin mars 2026. Le but est d’offrir les clés pour lancer son projet d’entreprise. C’est un accompagnement qui mêle séances collectives et accompagnement individuel en fonction des besoins de chacun.
Combien de jeunes vont pouvoir bénéficier de cet accompagnement ?
Mariann Retailleau : Ils seront huit et nous avons déjà reçu cinq candidatures (au 20 novembre, Ndlr). Ce sont souvent des jeunes qui souhaitent quitter leurs études et changer de trajectoire pour venir s’installer en zone rurale. Mais quand on ne connaît personne sur un territoire, c’est un peu dur de franchir le pas. Or chez Ville à Joie, la Nièvre est le département que l’on connaît le mieux. Nous y sommes installés depuis cinq ans et on travaille avec une centaine de mairies. On souhaite en faire profiter les jeunes.
Infos pratiques : plus d’infos sur villeajoie.fr
Propos recueillis par Rémi Belot







































