Depuis longtemps, les voitures-restaurants ont disparu pour laisser place aux sandwichs sous plastique. Dans l’Yonne, une équipe de passionnés a ressuscité le concept dans un matériel de 1954. Koikispass a pris place à bord pour un voyage aller-retour entre Toucy et Villiers-Saint-Benoît.
L’autorail n’est pas l’Orient-Express (voir page 23). Les tables et chaises ne sont pas en marqueterie. Et on déjeune sur des banquettes. « Le véhicule servait et sert toujours à la fois pour le transport et la restauration. Quand on le transforme en restaurant, on déplie des tables, on met des nappes, des lampes et on dresse », explique Pascal Caugant. Celui qui est à l’origine de la résurrection de la ligne en 2014 est également patron du restaurant Le Blé d’or à Château-Renard (Loiret) et conducteur bénévole.
C’est donc à bord du RGP2 (rames à grand parcours à deux moteurs) que nous prenons place dans la même ambiance qu’il y a 70 ans : « On a juste adapté la cuisine », explique Pascal. Au menu : kir, jambon persillé, sauté de canard, tiramisu et café, le tout accompagné d’un pinot noir des Côtes d’Auxerre. Un menu traiteur dans une voiture de 1re classe !
Le train-restaurant : voyage dans le temps et l’imaginaire
Au départ de Toucy (Yonne), tout commence par une visite du musée. Dans la gare, les objets souvenirs se partagent l’espace avec les reliques de guichetier. Comme tout ce qui vient de cette époque, ça a de l’allure. Sur les rails, deux monstres : le X 3814, construit par Renault, avec son emblématique poste de pilotage au-dessus. « C’est ce qui a donné son nom : le Picasso, parce que les cheminots trouvaient que ça ressemblait à une toile du peintre ! »
De l’autre côté, l’ancien fourgon postal, qui nous téléporte dans Le Cerveau de Gérard Oury avec Belmondo et Bourvil, film inspiré de l’attaque du train postal Glasgow-Londres en 1963. Aux parois blindées pendent encore les sacs postaux, et les casiers du centre de tri mobile portent toujours les étiquettes des destinataires : « Pendant le trajet, les facteurs continuaient de trier le courrier », explique Serge, conducteur et bénévole depuis la création de l’AATY (l’Association des autorails touristiques de l’Yonne) en 1988. On y trouve aussi des casquettes ainsi que du matériel ferroviaire et publicitaire.
2 h 30 loin du monde
Quand vient l’heure du départ de la voiture-restaurant, aucun risque de faire tomber son verre. On avance à 15 km/h pour « admirer le paysage », explique Serge. À bord du convoi : 88 convives. « On fait toujours le plein à chaque voyage ! » Le repas dure deux heures et demie pour parcourir les 20 km aller-retour jusqu’à Villiers-Saint-Benoît (Yonne). Une initiative qui repose sur la passion de bénévoles qui entretiennent les voies ainsi que les machines. Outre le train-restaurant, l’association propose également des parcours en draisine (véhicule utilisé pour l’inspection des voies) ainsi que des trains spéciaux comme les trains d’Halloween ou le train du Père Noël. De quoi briser le train-train quotidien.
Antoine Gavory
Infos pratiques : train-restaurant touristique du Pays de Puisaye Forterre, avenue de la Gare, Toucy (89). Tarifs du train-restaurant : 49,40 € (adultes), 36,50 € (enfants jusqu’à 14 ans). Tél. : 03 86 44 05 58. Infos et réservations sur train-de-puisaye.com





































