Pour Alphonse de Lamartine, les musées étaient les « cimetières des arts ». Histoire de faire mentir ce bon vieil Al, Koikispass vous invite à découvrir des musées bien vivants, où les histoires intimes sont au moins aussi importantes que les œuvres exposées. Confidentiels, insolites, méconnus, non-officiels, ils sont avant tout des « temples des muses » : des lieux aussi chargés d’histoire que de la passion de ceux qui les ont créés.

Des poilus à l’Indochine
Petit Musée sur la guerre, de Prémery

Franchissez la porte cochère du 27 de la Grande Rue et écoutez les flonflons et les accordéons. Bienvenue au “Bistrot”, un estaminet qui jouxte d’anciens bâtiments des usines Lambiotte. Au milieu de la cour, une enseigne Bistro de Paris (dégotée par Julien Cohen, de l’émission Affaire Conclue, un autre Prémerycois) un Dodge 1942 et une ancienne grange transformée en petit Musée par Eric Boubin. “Quand j’étais enfant, je vivais en Normandie et quand les gens allaient à la pêche à la crevette, j’allais à la pêche aux balles!”.

Une immersion dans l’histoire

Le musée d’Eric Boubin n’est pas un musée militaire mais de l’Histoire. La scénographie entraîne les visiteurs dans des tranchées où se dresse un Poilu en tenue jusqu’à la Libération avec des Américains et une jeep Ford de la Navy tout droit venue du débarquement, en passant par la Résistance et de nombreux accessoires, affiches, drapeaux et armes des deux guerres : « J’ai aussi un costume de la milice. C’est une pièce très rare ».

On aime : La mise en scène d’une trentaine de mannequins qui rend le Musée étrangement vivant. Et les enchères animées par Julien Cohen (vu à la TV dans Affaires conclues) qui réunissent 250 personnes un samedi sur 2.

L’ombre d’Albert Graillot

Sur le Musée plane l’ombre et les uniformes d’Albert Graillot. Décédé au début de l’année, celui à qui Eric Boubin a consacré un livre* était le plus jeune du Maquis Mariaux. à 15 ans il emmène les militaires traverser la Loire à Imphy. Repéré par M. de Saint-Phalle, propriétaire du château de Saint-Benin-d’Azy, il rejoint la Résistance. Son courage le mènera à devenir gendarme, jusqu’à la garde présidentielle auprès du Général de Gaulle…

*Albert Graillot, un enfant de la Nièvre, un fils de France libre, disponible chez l’auteur.

Le Bistrot : 27, Grande Rue – 58700 Prémery – Entrée gratuite – ouvert de 9h à 21h

Immersion dans la Belle-époque
Maison Mantin de Moulins

Elle n’est pas dans la Nièvre mais son caractère exceptionnel en fait un lieu à ne pas rater ! Construite entre 1894 et 1897, la maison Mantin, du nom de son commanditaire Louis Mantin, est un témoin exceptionnel de ce qu’étaient les maisons bourgeoises au début du 20e siècle. Et pour cause, elle fut endormie durant près d’un demi-siècle…

Sortie d’un long coma

Louis Mantin, riche bourgeois, qui avait fait le tour du monde est mort en 1905 à l’âge de 54 ans. La légende veut qu’il ait légué sa maison à la ville de Moulins pour « témoigner du mode de vie d’un bourgeois à la fin du 19e siècle » en ordonnant qu’elle soit fermée durant 100 ans. La réalité est tout autre. Ouverte une première fois en 1910, elle a exposé durant près de 20 ans des collections et des antiquités exceptionnelles. En mauvais état, elle est fermée aux visites peu avant 1940, et ne rouvre qu’en 2010, après 70 ans de silence et trois années de restauration par le Conseil départemental de l’Allier.

On aime : Une plongée exceptionnelle dans le temps et l’ambiance étrange qui se dégage de cette maison figée dans son époque.

Un lieu hanté

Outre l’aménagement clairement ostentatoire à l’image de son propriétaire composé de stucs, de dorures et de sculptures, la maison Mantin recèle une quantité impressionnante de livres, tableaux, tapisseries et objets de collection ramenés de tous ses voyages. Mais, au-delà des objets témoignant de l’histoire, c’est aussi la vie de son propriétaire qui se dévoile au fil des pièces : l’érudit, l’amateur d’art mais également un homme passionné par le progrès (la maison est entièrement équipée en électricité, luxe exceptionnel à cette époque !). D’aucuns disent d’ailleurs que Louis Mantin, plus de 115 ans après sa mort hanterait encore les couloirs de la surprenante demeure…

La Maison Mantin : Place du Colonel Laussedat – 03000 Moulins
Visites sur rendez-vous (nombre de places limitées) sur www.mab.fr

Elève Janine Bardonnet, au tableau !
Ma p’tite école de Montsauche les Settons

Lorsqu’en 1987 la classe unique du Lac des Settons ferme ses portes après 59 ans d’activité, Janine Bardonnet, 88 ans aujourd’hui, a un coup de nostalgie. Mais lorsque, au début des années 2000, la mairie s’apprête à la raser pour laisser place à un parking pour touristes, elle s’échauffe : « Mon sang n’a fait qu’un tour. J’ai fait le tour de tous les anciens élèves et nous avons monté une association ».

Ancienne élève

C’est que Janine Bardonnet, qui assure aujourd’hui la visite du Musée est une rencontre assez exceptionnelle. Professeur de Philosophie, elle fut élève de l’école de 1936 à 1944 : « à cette place là, sur cette table ! ». Du temps où le poêle à bois chauffait encore les hivers froids et où « on apprenait à nager sur un tabouret car nous n’avions pas le droit d’aller nous baigner dans le lac »… pourtant juste sous les fenêtres et où « ma grand-mère voulait absolument que je passe le certificat d’études. Quand j’ai obtenu mon agrégation, pour elle, c’était moins important ».

On aime : Le calme et la sérénité qui se dégagent d’un lieu qui nous replonge en enfance.

Un lieu de transmission

Grâce au travail de Janine et des bénévoles, la Petite école est aujourd’hui devenue un musée : « Le bureau est celui de mon institutrice, le pupitre date de l’époque de Jules Ferry et les gens qui viennent nous apportent des objets qui leur ont appartenu. Puis nous avons fouillé les greniers d’autres écoles… ». Le résultat est là : une plongée dans l’école de Ferry à l’avant-guerre où l’on apprenait aux enfants à tirer à balles réelles pour venger la guerre de 1870, où l’on « savait former les enseignants » : « Mais nous ne voulons pas que ce soit un lieu de nostalgie, ajoute Janine Bardonnet. C’est avant tout un lieu de transmission ! ».

Ma p’tite Ecole : Les Settons – 58230 Montsauche-Les-Settons
Tarif 2€ / Ouvert du 14 juillet au 15 août : 10/12h et 15/18h du 16 au 31 août : tous les jours de 15h à 18h

Un cabinet de curiosités
Musée de la chirurgie du Professeur Cabrol, de Myennes

C’est un musée insolite que l’on ne s’attend pas à trouver dans la Nièvre : le Musée de la chirurgie du Professeur Cabrol s’est installé à Myennes il y a 5 ans, venu de Paris, dans la maison de Nathalie Domalain, Présidente de l’association et de son mari, Jean-Louis, directeur scientifique en médecine chargé des collections.

La chirurgie depuis l’homme préhistorique

Quand on sait que l’anesthésie fut inventée au 19e siècle mais que le musée possède deux “bistouris” du néolithique, on a l’épine dorsale qui frémit. Retraçant l’histoire de la chirurgie de ses origines jusqu’à nos jours, le musée consacre notamment deux personnalités : Ambroise Paré (1510-1590) qui, devant le développement des armes à feu et de nouvelles blessures, révolutionne la chirurgie en inventant, entre autres, la ligature des artères (alors qu’on les cautérisait au fer rouge !) et le Professeur Christian Cabrol (1925-2017), qui réalisa la première greffe cardiaque au monde en avril 1968.

Une collection unique au monde

Parmi les collections, quelques objets uniques : un oxygénateur Gibbon qui a permis la première circulation sanguine extra-corporelle ou encore LA collection de matériel médical des premières expéditions Paul-Emile Victor venant de Terre-Adélie et offerte par Claude Bachelard, médecin des terres antarctiques françaises.

On aime : Les pièces anatomiques (morceaux de corps, parties de squelettes et de musculature) conservées depuis le 19e siècle dans la salle d’anatomie aux allures de cabinet de curiosité.

Musée de la chirurgie du Pr. Cabrol : 24, route de Paris – 58440 Myennes
Ouvert du 9 juillet au 23 août les mardis, jeudis, vendredis et dimanches à 14h30.
6€ par pers. / 4€ pour les 15/18 ans. Réservations auprès de l’OT de Cosne.

Quand le drame est aussi une histoire
Musée des nourrices et des enfants de l’Assistance Publique d’Alligny-en-Morvan

Derrière le cliché bucolique des nourrices morvandelles qui montaient à Paris se dresse une autre histoire que le musée raconte : celui d’une évolution de la société, de la législation et d’enfants placés au gré des familles (dont un certain Jean Genet) qui justifie que cet écomusée s’installe à Alligny-en-Morvan.

Histoires d’Hommes

Ici peu d’objets : « nous sommes avant tout un centre d’interprétation, explique Marion Blanc, animatrice culturelle de la Comcom, où l’histoire de chacun constitue la richesse du témoignage ». Ce témoignage c’est celui de l’adoption : depuis Vincent de Paul quand 80 % des enfants abandonnés mouraient, à l’Aide Sociale à l’Enfance d’aujourd’hui. Plusieurs siècles de combat, d’une organisation drastique, parfois dérangeante comme les numéros attribués aux enfants et gravés sur des chaînettes serties à leur cou. Un marquage qui rappelle d’autres heures de l’Histoire.

On aime : La scénographie dépouillée qui illustre une histoire parfois honteuse et qui trouve enfin le lieu de ses origines.

Une réalité loin du folklore

Malgré la dureté du propos, l’émotion des témoignages, il y a dans cette plongée au cœur de l’adoption, une grande espérance : « ceux qui viennent et qui ont été abandonnés découvrent finalement qu’ils font partie d’une histoire, qui n’est pas familiale mais qui leur reste commune ». Il y aussi la réalité des nourrices du Morvan, bien logées, bien nourries et très bien payées dans les appartements haussmanniens mais qui en contrepartie abandonnent toute intimité et toute maternité. On est loin de l’aspect folklorique d’aujourd’hui…

Musée des nourrices et des enfants de l’Assistance Publique : Le Bourg – 58230 Alligny-en-Morvan
Mercredi à dimanche (sauf samedi matin) de 14h à 18h. Tous les jours sauf le mardi en été.
Tarifs : 6€ – Gratuit pour les -8 ans – www. museedesnourrices.fr

La + importante collection en France
Musée du grès ancien, de Prémery

C’est sans conteste le musée le plus étonnant de la Nièvre. Derrière une porte aussi discrète que ses propriétaires, Thierry et Annick Leproust, le Musée du Grès ancien se dresse, sur 3 étages, présentant 1 200 pièces de la collection la plus importante de France.

Collectionneur compulsif

Depuis 1975, Thierry Leproust, architecte, scénographe et chef décorateur au cinéma, est un collectionneur « obsessionnel » (dixit) des grès de Puisaye, du Berry et du Bas-Berry du 16e au 20e siècle, exposés dans ce musée ouvert en 2005 dont une salle consacrée à l’école de Carriès (1856-1894). Le propriétaire a lui-même imaginé, créé, financé (sans aucune aide publique) et exécuté une scénographie digne des plus grands musées du monde.

On aime : La scénographie, entièrement réalisée par Thierry Leproust et la variété des collections qui donnent à découvrir un art(isanat) parfois boudé.

Des pièces uniques au monde

Au premier étage, deux salles : la première consacrée à l’imagerie populaire du Berry : bouteilles, moules à terrines, fontaines dont la plus grande connue et, chose exceptionnelle, réalisée par une femme, Marie Talbot à une époque où les femmes étaient « anseuses » (ne travaillaient que les anses). Une imagerie souvent consacrée aux militaires et aux prélats. La seconde salle regroupe la plus grande collection de gourdes en grès (il en reste une trentaine en France) mais aussi des pièces exceptionnelles de grès bleu de Puisaye de la Renaissance, vite détrôné par l’arrivée de la faïence de Nevers. Autre curiosité, un pot chimérique, dont seuls deux exemplaires existent au monde. Enfin la salle haute réunit une collection impressionnante de saloirs et de pièces du quotidien : plats, bouteilles à huile, pour le vin…

Musée du grès ancien de Prémery : 3, Grande Rue – 58700 Prémery
Ouvert les Week-ends de juillet et d’août de 14h30 à 18h30, et toute l’année sur rendez-vous. Entrée 5€.

D’autres musées à découvrir

100 ans de coiffure

Le Petit musée de la coiffure à Donzy

A Donzy, la famille Ricard est une véritable institution : coiffeurs de pères en fille depuis le début du XXe siècle, Patrice a ouvert un “petit musée de la coiffure” pour dit-il “meubler la rue” et réunir tous les objets qu’il récupère.

On aime : les outils (parfois effrayants) mais souvent très design, au milieu des portraits de la famille.

Ouvert tous les jours.

 

Au coeur de l’occupation

Musée de la Résistance en Morvan, Parc du Morvan

Haut-lieu de la Résistance, le Musée ouvert en 1983, retrace l’histoire de l’Occupation, la Résistance et la Libération sans oublier le travail de mémoire au travers d’une galerie numérique plongeant le visiteur dans le quotidien des maquis.

On aime : le concours annuel Lettre de maquisard en Morvan destiné aux scolaires pour imaginer ce qu’aurait pu écrire un maquisard du Morvan.

www.museeresistancemorvan.fr

L’élégance à Château-Chinon

Musée du costume

5 000 pièces évoquant la mode du 18e au 20e siècle, mettant notamment en avant la mode féminine, les vêtements d’enfants mais aussi les accessoires propres aux nourrices du Morvan.

On aime : se dire qu’autrefois, l’élégance était une politesse

Ouvert tous les jours 10-13h / 14-19h jusqu’au 31 août.

 

La mémoire des Gueules Noires

Musée de la Mine de La Machine

Symbole de 200 ans d’histoire industrielle, le Musée de la mine, créé par d’anciens mineurs en 1983 après la fermeture, retrace le quotidien des ouvriers des “Houillères”.

On aime : la visite du puits des Glénons et la découverte des techniques d’extraction.

Ouvert jusqu’au 15 septembre de 14h à 19h . Infos : Tél : 03 86 50 91 08 – www.mairie-la-machine.fr

Retour vers le futur

Musée de la Louise, Vielmanay

Partis d’un projet d’une enseignante, Lydie Crégut, en 2005, les Musée de l’école et Musée du lavoir font revivre à Vielmanay le quotidien de l’institutrice et des lavandières des années 1930

On aime : Un projet monté avec des élèves de CE1 et CE2

Infos : www.memoiredantan.fr

 

Le Musée où vous êtes l’artiste

Musée des Mondes imaginaires, Marigny-sur-Yonne, Nièvre

Imaginez un musée qui conserve tous les imaginaires. Celui de ses concepteurs (Alain Fraval et l’association Alter Ego) et celui des visiteurs appelés à trouver un sens dans le non-sens…

On aime : les expositions d’artistes multiples (peintres, conteurs, chanteurs, auteurs…) qui prennent vie autour du ReFeRe.

Visites sur RDV au 06 83 71 99 10

Là où les guides officiels en dénombrent 11 dans la Nièvre, nous avons recensé pas loin de 35 musées. Ils n’ont pas toujours de conservateur, ne sont pas forcément labellisés Musées de France, mais ont un point commun : au lieu de déambuler devant “des œuvres devenues des objets” (André Malraux), vous sillonnez une partie de l’histoire de leur propriétaire… ce qui est autrement plus passionnant, surtout avec les enfants !