Jacky Rigaud : l’esthète des vignes.

Elevé sous la mère dans le vignoble de Pouilly, Jacky Rigaud a accompagné le renouveau du vignoble bourguignon depuis la fin des années 80. Véritable érudit du vin, il instille dans la dégustation une intime connaissance des terroirs et des vignerons, tout autant qu’une éthique face à ceux qui font « pisser la vigne ».

Né à Donzy, Jacky Rigaud grandit non loin des cuves. Son grand-père maternel, agriculteur, a aussi un peu de vignes à Saint-Andelain, cœur du vignoble de Pouilly. « Mes copains c’était des fils de vignerons et les Parisiens qui venaient dans la cambrousse d’origine de leurs parents. A 14 ans j’ai bu mon premier canon avec mon père dans la cave d’un de ses copains vignerons. » Etudes supérieures à Dijon : psychologie, physiologie et formation en psycho-pathologie, thèse sur Freud et Kierkegaard… et le vin toujours. « Mes copains fils de vignerons m’ont dit : comme tu vas à Dijon va donc chez untel et untel, leurs copains du lycée viticole. Du coup pendant toutes mes études j’ai fréquenté des fils de vignerons. »

DEUX CHERS AMIS DISPARUS
En 1976, Jacky Rigaud est embarqué dans les débuts des études d’œnologie à l’Université. Jacky Rigaud créé des diplômes en formation continue. Il fait deux rencontres fondamentales. Deux amis aujourd’hui disparus auxquels il rend hommage. Henri Jayer d’abord, le pape des bonnes pratiques viticoles « considéré comme un ringard alors qu’il était visionnaire parce qu’il chaptalisait pas, il acidifiait pas, il mettait pas de potasse, il piochait sa vigne… La première fois que je suis allé le voir c’était en 79. Il sort la pipette, il me fait goûter un bourgogne, un Vosne-Romanée, on poursuit par le Richebourg et je pensais que c’était fini. Et il me dit il y en a encore un et il me fait goûter son Cros Parantoux.
La vigne était plantée depuis les années 50 mais il avait attendu 1978 pour le revendiquer. Il estimait qu’une vigne était intéressante à la quarantaine. » Le vin (aujourd’hui une valeur rare et recherchée) est sublime et Jacky Rigaud, écologue de la première heure – il a rencontré René Dumont dès 68 – amène chez Jayer « tous les jeunes dont j’estimais qu’ils avaient un énorme potentiel : il y avait Marc Kreydenweiss, Nadi Foucault… » Et bien sûr, l’autre ami, Didier Dagueneau. « Didier était un génie du vin. Avec toutes les questions qu’il posait, j’en ai appris plus que si j’avais fait un doctorat d’œnologie ! » En 1987, Dagueneau persuade d’ailleurs Rigaud de faire un tour en Californie. De Santa Barbara à Sonoma, ils goûtent tout, même Opus One alors le vin le plus cher du monde. Et rentrent avec la certitude qu’il y a tout à refaire en Bourgogne, du respect des terroirs jusqu’à la dégustation. « A l’époque on dégustait dans des verres à moutarde à Pouilly-Sancerre, en Côte-d’Or on était avec le verre à cognac, personne n’avait de salle dédiée… »
SANCERRE EN BONNE VOIE !
S’il est attristé par ceux qui font « pisser la vigne » à coup de chimie, Jacky Rigaud se réjouit de la « bonne voie » du Sancerre « grâce notamment aux fils Vacheron qui ont lancé la bio-dynamie. A Pouilly un peu moins, Didier n’a pas été prophète en son pays. » L’avenir, martèle-t-il, est dans la viticulture bio ! « Bio, biodynamie, permaculture, agro-foresterie : il faut réintroduire de la bio-diversité… Le vin fait partie de cette réflexion de fond parce c’est une création culturelle faite pour le plaisir. » Le vin serait-il philosophique ? Et comment ! répond Rigaud. Il est même éthique : « On n’est pas sur Terre pour fonctionner, on est sur Terre pour vivre. Et vivre, personne ne sait exactement d’où ça vient mais ça se révèle dans ce que l’homme est capable de faire de meilleur. Le vin en fait partie, depuis les libations antiques jusqu’aux Bénédictins à l’origine de ce que l’on appelle les terroirs aujourd’hui. Le vin est une question d’éthique et d’esthétique. Ce qui nous rend joyeux comme dit Spinoza c’est la beauté. Et le vin est beauté. Pour être éthique, il faut donc produire du mieux qu’on peut. Et boire le mieux qu’on peut ! »

A lire :
Jacky Rigaud, Pouilly fumé, perle de la Loire
Jacky Rigaud, La dégustation géo-sensorielle, aux Editions Terres en Vues

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération. Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé – www.mangerbouger.fr

Par Antoine Gavory

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