L’AFFAIRE DES ARCHIVES SECRÈTES DE LA CHARITÉ-SUR-LOIRE

Gérard Oury, réalisateur de la Grande Vadrouille n’aurait pas osé imaginer un tel quiproquo. Et pourtant, l’affaire de La Charité-sur-Loire aurait bien pu tourner au fiasco sans un chauffeur analphabète et s’avérer une opération réussie sans les légendaires retards de la SNCF.

16 juin 1940. En France, c’est la débâcle. Les troupes allemandes prennent possession de La Charité-sur-Loire. Le 17, Pétain
demandera à cesser le combat. Le 18, Charles de Gaulle appellera à résister. En attendant, le gouvernement se hâte d’expédier à Vichy tous les documents compromettant au milieu de cargaisons de nourriture et de vin.

SNCF, TOUT EST POSSIBLE !
A Gien, le train qui transporte une partie des archives du Grand Quartier Général doit partir à 0H10. Mais une panne retarde son départ à 7H45 et se retrouve bloqué à La Charité par les bombardements à 15H. A cette même heure, le lieutenant allemand Runzer est bloqué en voiture sur le pont de La Charité qui vient d’être bombardé et constate qu’il est à court de carburant. Il envoie son chauffeur, le caporal Kranzer à la recherche d’une station. Faisant le tour de la ville sans trouver de pompe à essence, Kranzer remarque un convoi arrêté sur le quai de la gare et se dit qu’il pourra trouver son bonheur. Il ouvre les wagons et dégotte effectivement des bidons d’essence. Attiré par des bouteilles de vin, il remarque quelques papiers entassés à la va-vite et attrape trois dossiers. Comme il ne parle pas un mot de Français, il ne déchiffre pas l’inscription à la craie : « Grand Quartier Général – Top secret », retourne clopin-clopant vers la voiture, remplit le réservoir, donne les trois dossiers à son chef qui les remet à son état-major sans même mentionner leur provenance.

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Ce n’est que trois jours plus tard que le Major Erwin Kaffke, arrivé à Clamecy le 16 juin prend connaissance de ces dossiers et se rend à La Charité. Au milieu des cartons, du vin, les soldats découvrent des papiers portant les signatures de Churchill, Pétain, Chamberlain « souillés de moutarde » mais aussi quelques documents « sans grande importance » selon le major-général Ulrich LISS, qui centralise les renseignements pour le Haut Commandement de l’Armée allemande (O.K.H.), en dehors d’un accord signé en 1936 entre la Suisse et la France qui prévoyait le renfort de l’armée française en cas d’invasion par le IIIe Reich. Si en réalité, seul cet accord servira à Hitler pour tenter de prouver que, dès 1936, la France avait l’intention d’engager la guerre et faire pression sur la Suisse, les journaux collaborationnistes français et la propagande de Goebbels en font leurs choux gras. Goebbels fait distribuer un livre de 400 pages contenant de prétendus fac-similés de documents de la plus haute importance dont une fausse liste d’agents secrets français chargés en Roumanie de détruire les installations de ravitaillement du IIIe Reich. Les radios allemandes programment des émissions sur le sujet et Goebbels gagne son pari… En France, les Français hurlent aux traîtres de Vichy… Et la SNCF est toujours en retard…

Sources :
Henri KOCH-KENT, Amicale des anciens des services spéciaux de la défense nationale. Entretien avec le Colonel Erwin Kaffke.
Documents diplomatiques français : 1940, tome II, volume 4 publié par Ministère des Affaires étrangères.

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