Réintroduire des vignes dans le Morvan, tel est le projet porté par Sylvain Mathieu, le président du Parc naturel régional du Morvan. Pour mieux comprendre comment faire revivre un vignoble oublié, Koikispass est parti à la rencontre des vignerons de la Colline Éternelle de Vézelay, pionniers couronnés aujourd’hui de succès.
Des vignobles au milieu des charolaises ? Si cela peut en faire rire certains, d’autres prennent cette idée très au sérieux, comme Sylvain Mathieu, président du Parc naturel régional du Morvan à l’origine de ce projet. Et depuis le lancement de la cabrache, le premier fromage 100 % Morvan, et du label porc plein air, l’homme a démontré sa pugnacité. Relancer la viticulture pourrait selon lui permettre de renouer avec l’histoire viticole du territoire mais aussi aider les agriculteurs morvandiaux à se diversifier. « Il existait de nombreuses vignes dans le Morvan avant que le Phylloxera ne détruise tout à la fin du XIXe siècle », note le conseiller régional chargé notamment de l’agriculture et du tourisme.
Depuis, si l’on met de côté Vézelay et quelques côteaux isolés, la majorité du Morvan reste vierge de vignes. « En 2012 déjà, Pierre Hervé, vigneron à Villiers-sur-Yonne, m’avait soufflé l’idée de relancer le vignoble de Saint-Péreuse. Une petite légende disait qu’il aurait même été le vin préféré du roi Louis XI ! », s’amuse Sylvain Mathieu. Tout s’est accéléré il y a deux ans : « Lors d’une rencontre agricole, j’ai échangé avec quelques pontes de grands vins de Bourgogne, prêts à investir dans le Morvan ».
Selon l’élu, les vignes de la Côte-d’Or pourraient être amenées à disparaître sous l’influence du réchauffement climatique. « Dans 50 ans, il pourrait ne plus y avoir de pinot noir en Bourgogne ! Par ailleurs, le bourgogne est devenu l’un des vins les plus chers du monde, vendu surtout à l’export. Or, notre objectif serait de se tourner vers la clientèle locale », précise-t-il. À en croire le conseiller régional, outre les vignerons de métier, une grande diversité de personnes seraient déjà intéressées par son projet.
Vézelay, les pionniers du vin dans le Morvan
Direction la colline de Vézelay, aux portes du Morvan, où les vignes repoussent depuis les années 1970 sous l’impulsion de Paul Flandin, un autre président du Parc. En cette fin septembre, les vendangeurs sont à l’œuvre. Au vu de sa popularité, le vignoble du Vézelien est la preuve qu’il est possible de réintroduire de la vigne sur des côteaux oubliés. Dans la coopérative des vignerons de la Colline Éternelle, de grandes et rutilantes cuves sont prêtes à accueillir la récolte. « Pour notre petite coopérative qui couvre 20 hectares de vignes, une bonne année peut donner 130 000 bouteilles », indique Isabelle Garnier, présidente de la coopérative.
Depuis 1985, ce sont 330 hectares répartis sur les communes de Saint-Père, Asquins, Tharoiseau et Vézelay qui peuvent prétendre à l’appellation régionale bourgogne pour les cépages chardonnay et pinot noir. « Sur 330 hectares, seuls 130 hectares sont aujourd’hui cultivés. Nous sommes loin des 5 000 hectares de Chablis ! Nous n’avons pas la prétention de devenir un grand vignoble et ce n’est pas ce qu’on recherche. Mais il reste de la place pour qui veut se lancer », souligne la vigneronne.

Ensemble, c’est mieux
Issue d’une famille de vignerons, Isabelle Garnier balaye les problématiques d’acidité du sol et regarde le projet de Sylvain Mathieu d’un œil très pragmatique : « Pourquoi pas du vin dans le Morvan ? C’est en tentant l’expérience que nous saurons. À Vézelay, comme ailleurs, il a fallu d’abord planter une vigne témoin et attendre 4 ans pour avoir une première récolte. Pour mettre en place un vignoble, il faut du temps. Quand on a débuté ici, certains n’y croyaient pas et maintenant, de nombreux jeunes se sont installés ! Le succès de nos vins ne se dément pas ».
La dernière marche pour le Parc du Morvan ? La reconnaissance de l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité) pour obtenir une appellation Bourgogne. Pour Sylvain Mathieu, c’est une autre paire de manches. Du côté d’Isabelle Garnier, l’important reste de s’y mettre ensemble. Elle rappelle au passage que le restaurateur star de Vézelay, feu Marc Meneau, avait, en son temps, insufflé une véritable dynamique en ce sens, tout comme les communes. « Il ne faut pas avoir peur ! Comme on dit à la coopérative : tout seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin ». Le coeur a ses raisins que la raison ignore.
Virginie Jannière
Infos pratiques : plus d’infos sur colline-eternelle.com et parcdumorvan.org







































